Terre promise : Greenland (2020) de Ric Roman Waugh

A l'origine, un blockbuster est un terme du jargon théâtral américain qui qualifiait une pièce remportant un franc succès. Le terme a certainement été tiré du vocabulaire militaire : blockbuster était le nom donné par la RAF (Royal Air Force britannique) à plusieurs bombes lourdes durant la Seconde Guerre mondiale. Il est ensuite utilisé au cinéma pour qualifier les films à gros budgets, les productions exceptionnelles sur le plan financier, autant que matériel et humain.
Au fil du temps, les codes du genre se sont modifiés pour se transformer en « cinéma du chaos ».
Le film catastrophe est un genre cinématographique à suspense dont l'intrigue met en scène une catastrophe naturelle ou technologique, et les conséquences qui en résultent.
Le scénario est bâti généralement sur un schéma identique :
-L'exposition de la situation initiale et la présentation des personnages principaux et secondaires.
-La mise en place des éléments conduisant à la catastrophe.
-La catastrophe, elle-même, qui peut durer quelques minutes ou se prolonger jusqu'à la fin.
-Les conséquences et les réactions des personnages majeurs.
Greenland-Le Dernier refuge, sorti cet été, et réalisé par le cinéaste américain Ric Roman Waugh, répond à tous les critères susmentionnés -du blockbuster et du film catastrophe.

Nous sommes sur la côte Est des États-Unis d'Amérique, au cœur de la classe moyenne périurbaine.
Une famille se bat pour sa survie alors qu'une comète tueuse de planète se dirige vers la Terre. Un architecte, John Garrity (Gerard Butler), son épouse Allison (Morena Baccarin), Alli pour les intimes, flanqués de leur jeune fils Nathan, font un voyage périlleux vers le seul espoir de refuge qui leur est proposé. Au milieu de nouvelles terrifiantes venues du monde entier, où les villes sont rasées les unes après les autres par les fragments des comètes, les Garrity s'efforcent avec courage et persévérance, d'arriver à bon port.
Alors que le compte à rebours de l'apocalypse mondial approche de zéro, l'incroyable périple culmine par un vol désespéré vers un possible refuge (dans l'Arctique). Des poches de résistance se font entendre à la toute fin du film : un beau moment de cinéma. La résurrection ? Une renaissance ?
Les figures imposées passées et actuelles du film américain du genre sont légion : le pickup, le fusil rassurant, les minorités ethniques soigneusement représentées, l'équilibre femme/homme face au danger, le moralisme puritain (monsieur a trompé madame avant la catastrophe, il s'en ouvre et s'en excuse auprès de son beau père, l'excellent Scott Glenn), la violence endémique, un fragile bon voisinage, la paranoïa xénophobe (l'ennemi venu d'ailleurs qui en veut au pays phare de la liberté), les références bibliques : le Peuple élu, l'Apocalypse, l'Exode, la Terre promise ou l'Arche de Noé suite au Déluge, entre autres. Une précision : l'absence et l'incurie des pouvoirs publics sautent aux yeux. Nulle intervention télévisée du Président américain. Ce qui est rare.

Deux mots encore.
La catastrophe est d'origine naturelle (chutes de météorites), l'action des hommes sur leur environnement exonérée de toute responsabilité, le réchauffement climatique n'est pas le sujet, Greenland nous épargne donc le pensum culpabilisant, il prend des libertés avec la doxa du moment, ce millénarisme du jour -ça chauffe bande de jouisseurs inconséquents, et vous en êtes les uniques responsables. Osé et courageux. Nonobstant le titre du film, où le vert s'impose toutefois. Un pied de nez appréciable et apprécié comme il se doit -dame nature n'est pas si bonne que cela.
Enfin, comme tous les films catastrophe, le souhait d'un retour, sinon à l'ordre, du moins à la normale, étreint rapidement le spectateur rivé deux heures durant à son siège. En ce sens, comme l'a écrit un jour le regretté Serge Daney au sujet des Dents de la Mer de Spielberg, le film, quelque part, « fascise ». Moins sérieusement, une figure imposée -presque un cliché au sein du genre- irrigue l'ensemble de Greenland : un couple se retrouve après s'être presque totalement perdu, via une catastrophe inattendue : devant le courage obstiné de son homme, nous découvrons Alli baba. Somme toute, Greenland-Le Refuge déçoit sans déplaire.
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