Addiction fictionnelle : génie de la création sérielle israélienne

Publié le par O.facquet

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Il n'y a pas grand chose désormais à (re)dire sur la place qu'ont prise les séries télévisées depuis une vingtaine d'années dans nos vies d'imagophage. Nous nous en sommes fait l'écho ici même, déplorant récemment au passage l'effacement relatif du cinéma au profit (presque) impérialiste des fictions sérielles (à considérer qu'elle n'en sont pas, sans jugement de valeur), nonobstant l'indéniable qualité de nombre d'entre elles, sur laquelle il n'y a également pas grand chose à ajouter : Urgences, Friends, Six Feet Under, Les Soprano, The Wire, Breaking Bad, À la Maison Blanche, Engrenages, The Slap, Le Bureau des Légendes, Deadwood, Twin Peaks (2), Tchernobyl, The New Pope, entre autres, et dans le désordre.

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Le Bureau des Légendes

Parmi la farandole de fictions sérielles, celles venues d'Israël méritent une attention particulière, par leurs qualités intrinsèques et virales : prenez En Analyse (In Treatment, USA, 2008/2010, diffusée sur HBO), il s'agit d'un remake de la série israélienne BeTipul de Hagai Levi, quant à Homeland (2011/2020, diffusée sur Showtime), c'est une série télévisée américaine créée par Howard Gordon et Alex Gans, d'après la série israélienne Hatufim (« Enlevés » en hébreu) créée par Gideon Raff, dont nous avions dit à plusieurs reprises le plus grand bien voici quelques années (deux saisons à couper le souffle, vraiment).

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Hatufim

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Fauda

Il arrive aussi parfois que les créateurs de fictions sérielles s'inspirent à Tel Aviv de séries américaines : c'est le cas avec Fauda (« Chaos » en arabe), créée par Lior Raz et Avi Issacharoff (diffusée sur Yes et Netflix en 2015 et 2016), qui lorgne du côté de 24H Chrono, laquelle bat tous les records d'audience en Israël et en Palestine : sous couverture, une unité d'élite israélienne opère en Palestine (Naplouse) et élimine « La Panthère », un dangereux terroriste palestinien. Quelques années après sa neutralisation, les services de renseignements de l'État hébreu apprennent son retour inattendu. La traque reprend dans les territoires occupés. Fauda a suscité la controverse. Force est de reconnaître en effet que les protagonistes palestiniens sont dans l'ensemble par trop caricaturaux, c'est-à-dire souvent fourbes et sans pitié. Toutefois, Fauda montre avec justesse que ce conflit est une guerre civile, une haine incestueuse qui aura une fin : dans l'épisode cinq un agent du Shin Beth (sécurité intérieure d'Israël), Doron, lequel se fait passer pour un Arabe, serre la main d'un activiste palestinien toujours pris pour un Juif dans son propre camp, de par son apparence physique ; c'est ainsi en tout cas qu'on le lui présente. Sourires crispés : une séquence pertinente qui en dit plus long sans doute que bien des bavardages géopolitiques (force de la fiction, quelquefois). Un mot encore. Tout suggère la claustrophobie dans Fauda : des murs, des pièces exiguës, à foison, des entrepôts borgnes désaffectés, des rues à l'horizon bouché, peu de plans d'ensemble, une couleur jaunâtre, oui, un malaise d'enfermement nous étreint, reflet de l'affrontement entre deux peuples entrelacés, que tout éloigne et rapproche à la fois, dans un territoire grand comme deux départements français. Une des réussites formelles de la série, tout de même.

  Résultat de recherche d'images pour "false flag" False Flag

Sutout il y a False Flag (« Kfulim » en hébreu, fausse bannière en français), la claque récente : un drame d'espionnage, créé par Amit Cohen et Maria Felman, diffusé sur Aroutz 2 (2015) et Canal+ (2016). Des citoyens israéliens apparemment ordinaires (ils sont cinq) se retrouvent impliqués dans une affaire d'espionnage international (une professeure d'anglais, une institutrice, une future mariée, un chimiste, un bellâtre joueur de guitare vaguement baba-cool). Ils sont mis en cause dans l'enlèvement du Ministre de la Défense iranien de passage incognito à Moscou. Ils protestent tous de leur bonne foi, personne cependant ne les croit. Leurs visages s'affichent à la une de tous les médias, en Israël et ailleurs. Le gouvernement israélien et le Mossad (services secrets israéliens à l'international, particulièrement efficaces) nient d'une même voix toute implication dans cette disparition et les désignent comme suspects potentiels. Leurs proches doutent de leur sincérité. Le piège se referme : qui sont-ils vraiment ? Que sont-ils précisément ?

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False Flag

Le scénario est diabolique, d'une subtilité démoniaque, d'une justesse époustouflante, mêlant avec un rare équilibre : psychologie individuelle et collective, et considérations géopolitiques, voire mafieuses. Du grand art. Un bémol : la fin paraît quelque peu bâclée, donc confuse. N'importe ! Le manque de moyens financiers a encouragé les créateurs à travailler plus encore les personnages, à soigner avec précaution la mise en scène, les dialogues, puisque les agitations interplanétaires, les courses poursuites et autres rodéos urbains leur sont interdits, entre autres, car trop onéreux. Mission accomplie. Sans tomber dans le psychologisme bavard, ni raffiner inutilement la forme, au risque de la préciosité, False Flag (saison 1) touche à l'universel, en dit beaucoup sur nous-mêmes, le monde qui nous est donné d'habiter, ses machines (drones, smartphones, ordinateurs, satellites, caméras de surveillance), notre rapport aux autres, nos amours, sans prêches définitifs et coups de menton qui se voudraient impressionnants. L'ombre et la lumière s'entremêlent, dans une fiction qui à la fois divertit et interroge, avec humilité et savoir-faire. Dans les deux derniers épisodes, le récit semble s'aventurer dans le western le plus traditionnel ; rien que pour cela la série vaut le détour. Un culot payant. L'aventure continue. Une deuxième saison est en cours. Quant aux Shtisel (Une Famille à Jérusalem) nous en parlerons bientôt. Shalom.

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Publié dans pickachu

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