Un bijou : Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Publié le par O.facquet

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Pour son 38e long-métrage Clint Eastwood s'arrête sur Le Cas Richard Jewell.

En 1996 les Jeux Olympiques modernes, dont c'est le centenaire, se déroulent à Atlanta aux États-Unis d'Amérique. Richard Jewell (Paul Walter Hauser, excellent), 33 ans, célibataire, vit chez sa mère (Kathy Bates, au top) dans un petit appartement au cœur de la Géorgie. Il traîne sa carcasse en surpoids de job en job, avec un respect suspect pour l'ordre et l'autorité -un respect au dessus de la moyenne-, d'où son incapacité à conserver un emploi dans la police, comme dans la sécurité plus généralement, son zèle pour le moins maladroit lui jouant régulièrement des tours.

Il parvient toutefois à se faire embaucher dans l'équipe chargée de la sécurité des Jeux. Un soir de concert pop près des installations sportives olympiques, il est le premier à alerter de la présence d'une bombe planquée dans un sac, partant à sauver de nombreuses vies grâce à son courage : il devient pour quelques heures un héros de la nation américaine venu de nulle part. Pour la plus grande fierté de sa mère. Clint Eastwood plante le décor en une vingtaine de minutes plutôt paresseuses, pour le moins. L'ennui gagne vite du terrain. À ce rythme la projection risque d'être pénible. Pour ne pas dire plus.

Résultat de recherche d'images pour "le cas richard jewell" Richard avant l'attentat

Petit à petit, sans avoir l'air d'y toucher, Clint Eastwood renverse la situation, et le film prend une tout autre dimension : la forme progressivement épousant la fond. Le FBI tout à son souhait pressant de trouver sans délai un coupable, suspecte de terrorisme Richard Jewell, que tout semble en apparence accuser : pour les enquêteurs, ce lourdaud primesautier un brin primaire et sans diplôme, hors sexe et presque asocial, en un mot quelqu'un d'insaisissable, fait un coupable idéal à portée de main. En quelques heures et quelques coups de boutoir médiatiques, Richard Jewell passe du statut de héros typiquement américain (un écho à son film 15h17 pour Paris de 2018), à celui d'homme le plus traqué de l'État, au mieux, le plus détesté du pays : au pire. Sans dévier d'un iota d'un cinéma classique dans sa confection, il faut toute la dextérité du cinéaste pour esquiver l'ensemble des écueils que ce genre de films charrie dans son élan : ne pas caricaturer les personnages, donc ne pas faire par exemple de Richard, soit un abruti rédimé par la fiction, soit un intello masqué que le scénario serait chargé de révéler ; ne pas ridiculiser, en les chargeant à outrance, journalistes, politiques et policiers (Olivia Wilde et Jon Hamm, du lourd), bêtement empressés d'en finir au risque de l'erreur judiciaire qui pourrait s'en suivre ; s'efforcer de faire fi d'un esprit de sérieux qui condamnerait le film à n'être qu'un immense pensum engagé ; laisser l'ambiguïté porter les personnages, auxquels il faut toujours donner au moins une chance, puisque personne n'est jamais constitué d'un bloc ; enfin, par le jeu conjugué des dialogues, du montage et de la mise en scène, permettre aux spectateurs de trouver leur place dans un récit pourtant bien balisé, au destin tout tracé.

Résultat de recherche d'images pour "le cas richard jewell" Richard

Via le personnage de l'avocat joué par Sam Rockwell (le bien nommé, très bon), le film est en outre souvent très drôle dans sa dernière partie : l'homme de loi perd patience plus qu'à son tour devant l'incontinence verbale maladroite de son client qui échoue à tenir sa langue devant des enquêteurs qui en redemandent à l'envi. Clint Eastwood veut-il signifier de la sorte que tout ce tintamarre est bien ridicule, voire pathétique, en d'autres termes dé-placé, comparé aux souffrances occasionnées par l'attentat (des morts et des blessés) ? Sans doute. La séquence où, droit dans ses rangers, Richard, avant le passage du FBI, expose toutes ses armes étendues sur son lit, vaut son pesant de mirabelles. Sans oublier l'insistance empotée de Richard à prouver qu'il n'est pas homosexuel, sans pour autant professer une quelconque homophobie. C'est en tout cas ce que nous montre Eastwood.

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Richard et sa mère

Quoi qu'il en soit, Le Cas Richard Jewell est de nouveau l'occasion pour le cinéaste d'exprimer sa fidélité à l'idéologie populiste américaine, aux idéaux mis en valeur par celui-ci, à travers le principal protagoniste, sa mère et l'avocat (une fidélité tout bonnement aux valeurs américaines ancestrales, celles qui se trouvent sur le blason du FBI sur lequel la caméra s'attarde à la fin du film : Intégrité/Fidélité/Bravoure). Ils appartiennent à la classe moyenne qui toujours pratique la gentillesse (le dévouement de Richard , l'humilité de l'avocat) et le bon voisinage protégé par le respect des règles communes (dura lex sed lex pour Richard, partisan de la peine de mort). Une petite classe moyenne qui fait montre d'une simplicité qui confine à la naïveté (Richard ne peut se résoudre à l'idée qu'on puisse le suspecter, tout à son innocence), exalte l'amour de la patrie, tout en jetant un œil méfiant sur les intellectuels qui la dirigent (l'avocat reproche à l'accorte journaliste son arrogance condescendante), et promeut le travail bien fait (trop), le goût de l'effort (Richard trouve toujours du travail), la foi en les capacités de l'individu, l'amour de la famille (Richard et sa mère ; papa où t'es ?) et le sens de la communauté (l'affection qui lie rapidement le suspect, sa génitrice, le juriste et sa secrétaire). Le tout témoigne en somme d'un populisme typiquement américain qu'il ne faut sans doute pas confondre intégralement avec le trumpisme triomphant qui n'en est qu'une forme dégradée, voire frelatée (qui parle avec honnêteté de cette Amérique-là, si ce n'est Frederick Wiseman dans son Monravia, Indiana en 2018).

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Richard et son avocat

Sans démagogie dialoguée, ni grosses ficelles scénaristiques -le film n'est pas militant-, Clint Eastwood rend hommage dans La Cas Richard Jawell à cette Amérique des oubliés (blanche, modeste, protestante, hétéronormée sans être xénophobe), qu'on moque souvent sans retenue jusque dans les salons progressistes : le journal local titre au milieu du film : « Un beauf suspect ». Tout un programme en forme de mépris pour les gens de peu qui parfois se rappellent au bon souvenir des cuistres, lesquels railleront sûrement le tableau accroché dans le salon familial, où Richard en uniforme, savamment coiffé, nous dévisage impassible.

Du grand Eastwood, dont personne toutefois ne doit se sentir obligé de partager l'ensemble des engagements. Mais ceci est une autre histoire. Un mot encore : trois mois après le début de l'affaire, Richard Jewell est innocenté. Sa réputation ne sera jamais entièrement rétablie. Il mourra en 2007 d'une crise cardiaque. 

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Clint Eastwood

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Publié dans pickachu

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