S. Eisenstein : Vol au-dessus d'un nid de cocos ( a tribute to Jean Zay, Cannes 1939 à Orléans en novembre, suite)

Publié le par O.facquet

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski""

 

Alexandre Nevski (1938), N&B, durée 1h42, de Sergueï Eisenstein, scénario de Piotr Pavlenko et Sergueï Eisenstein, musique de Sergueï Prokofiev, avec Nikolaï Tcherkassov, Nikolaï Okhlopov, Alexander Abrikosov.

 

Synopsis

Au treizième siècle, la Russie vient de repousser les armées mongoles. Elle doit désormais contrer l'invasion de son territoire par les chevaliers Teutoniques, si terribles qu'ils jettent, paraît-il, les enfants au feu. Le peuple de Novgorod demande au prince Alexandre, déjà vainqueur des Suédois et retiré au bord de la mer, flanqué de sa garde de pêcheurs, de défendre leur ville. Alexandre accepte et prépare la bataille en recrutant tous ceux qui le souhaitent, hommes et femmes, tout à la fois. Le prince élabore une stratégie d'encerclement des Teutons. La bataille décisive se déroule sur le lac gelé Lagoda, aux abords de Saint-Petersbourg. D'abord incertain, le combat tourne à l'avantage des Rus (les Russes primitifs). Le lac leur vient en aide. Sa couche de glace se brise sous le poids des armures teutonnes. Un fil narratif annexe suit les hésitations d'Olga entre deux hommes qu'elle envoie combattre pour pouvoir choisir le plus valeureux.

 

Quelques pistes pour une exploitation pédagogique en classe de terminale (programmes pour l'année 2020/2021). Les totalitarismes : l'URSS de Staline et l'Allemagne nazie avant les accords germano-soviétiques de 1939.

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski bataille dans la glace""

Présenter en premier lieu aux élèves le contexte historique au moment où le film est tourné puis projeté (1938).

A un moment où les purges staliniennes commencent leur œuvre de mort, il devient indispensable que le cinéaste soviétique Sergueï Eisenstein tourne un film susceptible de satisfaire le régime stalinien (trois proches du réalisateur allaient laisser la vie dans ces purges : Vsevolod Meyerhold, le maître, Isaac Babel, l'ami de longue date et le scénariste du Pré de Bejine (1937), et Sergueï Trétiakov, le compagnon des années du Proletkult). Alexandre Nevski devient ce film : une œuvre épique de propagande contre l'expansionisme nazie. Sergueï Eisenstein, le cinéaste soviétique le plus en vue (La Grève en 1924, Le Cuirassé Potemkine en 1925 ou Octobre en 1927), se voit imposer par le régime communiste un coscénariste parfaitement orthodoxe, afin d'éviter tout dérapage idéologique (Piotr Pavlenko). Partant, le cinéaste s'est surtout laissé aller dans ce film à déployer les fastes d'une puissance formelle idéologiquement moins dangereuse que dans ces œuvres précédentes (évoquer rapidement le typage-cinéma et le montage intellectuel). Sergueï Eisenstein a été très surveillé pendant le tournage et les acteurs sont des membres du PCUS. Il fait parti de ces immenses cinéastes qui auront au XIX° entretenu avec la chose politique, ou le pouvoir, un dialogue parfois dramatique.

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski""

 

La bataille, qui est le grand moment du film, sera projetée à la classe. Les élèves devront rendre une production écrite rédigée à la maison. Deux items leur seront proposés quelques jours avant la projection. Ils devront entreprendre une analyse précise et rigoureuse de l'extrait pour chacun d'entre eux.

-Tout ou presque, couleurs, formes, musiques, vient opposer terme à terme les Russes noirs et les Teutons blancs. Alexandre Nevski est le royaume des oppositions signifiantes. Réponses attendues : inversion de la symbolique des couleurs : les Allemands ne sont pas assez naturels (d'où la couleur blanche). D'un côté (les Russes), le désordre de la nature, les haillons, les couleurs de la terre, la confusion géométrique, la mélodie simple des chants ; de l'autre (les Allemands), l'ordre « légendaire » des troupes germaniques, le blanc immaculé des tenues (la pureté dangereuse), une stricte organisation harmonique de la musique (signée Prokofiev). La bataille vient mêler ce qui s'oppose, confond blancs et noirs, mélange sur la bande-son les styles musicaux de chaque camp, pour figurer par tous les moyens formels le combat : Sergueï Eisenstein met en place le contrepoint : la musique de Prokofiev fait naître des contrastes, tantôt comiques, tantôt dramatiques.

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski bataille dans la glace""

-Les clichés racistes de certains films de guerre : les Teutons ne sont pas vraiment des hommes dans Alexandre Nevski. Un détail non négligeable l'illustre, entre autres : sous la carapace de leur heaume, on ne voit jamais leurs visages, tandis que les Russes luttent à visages découverts. Pour un cinéaste aussi entièrement voué depuis l'origine à célébrer le visage humain (via le gros plan), cet effacement du visage de l'ennemi ne peut être sous-estimé. Le regard est l'enseigne de l'âme. Si les Germains ne sont pas des hommes, que sont-ils donc ? Des machines bien ordonnées, des êtres vivants déshumanisés, victimes finalement des profondeurs de la nature : la blancheur du lac Ladoga les trahira, puisqu'ils sont dépourvus de cette capacité d'anticipation propre à la nature humaine. Sous eux s'ouvre la noirceur de l'eau vive. La nature a choisi son camp.

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski""

 

Une fois les productions rendues, corrigées, puis restituées à leurs auteurs, l'enseignant pourra à son tour procéder à une analyse globale de la séquence de la bataille, à partir des pistes de recherches proposées précédemment à la classe, à l'aide également des réponses fournies par les élèves dans leurs écrits et de leur participation orale. Préciser sans doutes aux élèves, qu'à la suite des accords germano-soviétiques, le film ne sera plus projeté en Union soviétique. Il retrouvera les faveurs du pouvoir au lendemain de l'invasion allemande du 22 juin 1941 (l'opération Barbarossa), pour galvaniser l'élan patriotique contre l'attaque germanique. En outre, avec la venue du parlant, le cinéma révolutionnaire se transformera petit à petit en cinéma au service de la révolution, didactique et bientôt académique -Rencontre sur l'Elbe de Grigori Alexandro en 1949. Grossièrement, entre le dernier chef-d'oeuvre d'Eisenstein Ivan le Terrible (1945) et Stalker (1978) d'Andrei Tartovski, le cinéma soviétique, tout d'abord sous la suveillance de Jdanov, et malgré quelques œuvres majeures (Le Cheval qui pleure de Marc Donstoi en 1957), connaîtra un assoupissement profond d'une trentaine d'années.

D'autre part, une autre exploitation pédagogique du film est envisageable. Il s'agira tout d'abord d'en projeter les dix premières minutes, dans lesquelles les traits saillants d'Alexandre Nevski sont dessinés : le patriotisme échevelé, l'exaltation de l'âme russe, la mise à l'index de l'Allemand, l'ébauche d'un culte de la personnalité à travers le personnage glorifié, le peuple magnifié, l'importance de la musique. Les thèmes susmentionnés seront au préalable fournis aux élèves, sous la forme d'un tableau à compléter à l'aide de l'extrait qu'il auront analysé. La forme ne doit pas être négligée, en particulier s'agissant d'Alexandre Nevski dont l'irruption à l'écran est travaillée : contre-plongées, plans d'ensemble, raccords dans l'axe, postures signifiantes, art oratoire, place dans le paysage.

of

 

Bibliographie :

 

Stéphane Bouquet, Sergueï Eisenstein, Cahiers du Cinéma éditions, Paris, 2008.

Résultat de recherche d'images pour "alexandre nevski bataille dans la glace""

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :