American Dream : welcome mister Capra (a tribute to Jean Zay, Cannes 1939 à Orléans du 12 au 17 novembre à Orléans, suite)

Fiche pédagogique : Festival de Cannes 1939
Classe de troisième : épreuve orale d'histoire des arts au Brevet des collèges.
Analyse d'un extrait d'une œuvre de fiction cinématographique : MR. Smith au Sénat, un film de Frank Capra sorti en 1939.
Choix de la séquence à analyser.
Suite au décès de l'un des deux sénateurs d'un État de l'Ouest, la machine politique de cet État, entièrement soumise à la volonté d'un homme d'affaires puissant et peu scrupuleux, Jim Taylor, choisit un homme de paille, Jefferson Smith, chef de file des Boys Rangers, pour aider un autre sénateur à faire passer dans la chambre haute du Congrès un projet de barrage qui s'annonce des plus lucratifs. Jefferson Smith arrive à Washington et choisit de visiter les hauts lieux de la démocratie américaine avant de prendre ses fonctions.

Rendu de l'élève le jour de la soutenance orale.
Introduction : présentation du film.
Nature de l'oeuvre : MR. Smith au Sénat est une fable politique tournée par Frank Capra, un cinéaste américain d'origine italienne. Le film, d'une durée de 130 minutes, sorti en 1939, a été produit par la Columbia, un studio hollywoodien. Le scénario a été écrit par Stanley Buchman d'après l'histoire The Gentleman from Montana de Lewis R.Foster. Les principaux interprètes sont James Stewart et Jean Arthur. Son œuvre est déjà saluée à la fin des années 1930 pour sa générosité, son pouvoir d'émotion et sa profonde originalité.

Contexte de production :
Dans un contexte de crise économique et sociale, Franklin Delano Roosevelt est président des États-Unis depuis 1933 ; il applique son programme : le New Deal. Le nombre de chômeurs demeure toutefois élevé en 1939 : 12 millions de sans-emplois. En Europe, les régimes totalitaires sont une menace pour la paix sur l'ensemble du continent et du monde. Au Japon, le régime militariste occupe une partie de la Chine et souhaite poursuivre son expansion territoriale sur une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Quand le film sort, le 17 octobre 1939 aux États-Unis, le 19 janvier en France, la guerre sévit déjà en Europe depuis le 1er septembre.
Synopsis : Un jeune homme naïf et idéaliste, Jefferson Smith, dont la simplicité n'est jamais prise en défaut, est élu sénateur des États-Unis sous la houlette du gouverneur Hopper, un homme rompu à toutes les combines politiques. Jefferson Smith découvre les non-dits, les corruptions et les compromissions des politiques, partant refuse de devenir l'homme de pailles des affairistes.
Première partie : description et analyse d'un extrait du film.
Situer la séquence, la décrire et l'expliquer.
La séquence se situe au début du film. Hubert Hopper, gouverneur d'un État des États-Unis, dont le nom n'est jamais précisé dans le film, doit choisir un nouveau sénateur pour remplacer Sam Foley, récemment décédé. Jim Taylor fait pression sur Hopper afin qu'il choisisse un faire-valoir, alors que les comités populaires exigent un réformateur. Les enfants du gouverneur voudraient quant à eux qu'il choisisse Jefferson Smith, alors à la tête des Boy Rangers, un mouvement scout très actif (à travers les enfants, les États-Unis préservent leur innocence et perçoivent l'avenir avec optimisme). Hubert Hopper tombe par hasard sur un article de presse vantant les mérites de J.Smith. Il le choisit donc. Jefferson Smith se présente devant les comités où il est chaleureusement acclamé. Lors de son arrivée à Washington, il est captivé par la vue du Capitole. Il fait faux bond à ses partenaires pour prendre un bus touristique afin de visiter la ville. Jefferson Smith descend notamment au West Patomac Park où il est particulièrement fasciné par le Lincoln Memorial et les textes inscrits sur le mur -« Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Avant de prêter serment, il est l'objet de quelques turpitudes médiatiques et au passage la risée de certains de ses collègues.
La séquence permet de présenter les enjeux du film, les motivations et le tempérament de chacun des protagonistes impliqués dans l'intrigue.

Seconde partie : l'interprétation de la séquence.
Présenter le message véhiculé par le film tout comme les moyens utilisés par le cinéaste pour le faire passer.
Frank Capra fait l'éloge à travers Jefferson Smith du patriotisme américain et de la poursuite du bonheur comme quintessence de la vie américaine. Jefferson Smith est un patriote convaincu, délirant de joie à la vue de tous les monuments célèbres de la capitale politique des Etats-Unis. Il croit dans les vertus de l'individualisme et son projet de camp de vacances ne requiert aucune aide gouvernementale. C'est un idéaliste qui a confiance dans les braves gens, dans le peuple, dans l'aide mutuelle, dans l'amour du prochain, en un mot, dans le populisme -celui de Jefferson et de Jackson : l'égalité des chances pour tous (1800-1840). Jefferson Smith est un de ces citoyens qui consacrent leur existence à la défense de la démocratie, qui croient à la liberté individuelle et à la politique du bon voisinage. Un citoyen prêt à se lever face à ceux -groupes d'intérêt politique et/ou économique- qui veulent porter atteinte à la valeur morale du système gouvernemental américain. D'où le prénom que Frank Capra ajoute au patronyme de son personnage central -Jefferson- afin de mieux signifier sa croyance profonde dans les idéaux américains des premiers temps. En revanche, l'image de la presse dans l'extrait est ambivalente : elle est à l'affût du moindre scandale et prête à tout pour détruire la réputation d'un homme public (Jefferson Smith en fait les frais).
Le style de MR. Smith au Sénat est encore plus achevé que celui de ses films précédents. Utilisant plusieurs caméras dans le décor du Sénat reconstitué (le décorateur artistique Lionel Banks), Capra obtient une rare spontanéité dans le jeu de ses multiples interprètes, laquelle est rendue possible par le simple fait que tous les acteurs jouaient et étaient filmés en même temps, de la sorte le réalisateur n'avait plus qu'à choisir les meilleures prises, pour ensuite les structurer et les rythmer sur la table de montage avec son monteur attitré du moment : Gene Havlick. La séquence offre la gamme complète de tout ce qui constitue le style de Frank Capra : la perfection des raccords, l'accélération du jeu des acteurs, le variété des angles, les longs plans qui alternent avec un montage plus rapide, la priorité donnée aux plans moyens larges sur les plans rapprochés (un cadrage démocratique), les ellipses, la narration raccourcie obtenue au moyen des « montages effects », celui en particulier de la visiste de Washington par Smith au moment de son arrivée dans la capitale.

Conclusion : la portée du film, le(s) but(s) du réalisateur, la représentation de l'histoire apportée par Frank Capra.
En 1939, le cinéaste est conscient de l'évolution idéologique qui déstabilise la vie démocratique en Europe, cette partie du monde dont il est originaire (la Sicile). La démocratie est en effet mortellement attaquée dans le Vieux monde. L'Amérique a besoin de tous ses Smith pour résister. Frank Capra avait à cette époque une foi aveugle en les fondements démocratiques gouvernementaux de son pays d'adoption (le rêve américain). Il tenait à l'affirmer sans honte publiquement et cinématographiquement.
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Bibliographie : Michel Cieutat, Frank Capra, Rivages/Cinéma, 1988
