Alyiah hollywoodienne (cinéastes juifs en Amérique, 1930-1965)

Paul Newman et Otto Preminger
à Yvette Ferrand
Autrichien, il est né à Vienne en 1906, allemand en 1919 après la Première Guerre mondiale, naturalisé américain en 1935, le cinéaste de génie Fritz Lang fuit l'Allemagne pour les États-Unis d'Amérique en 1934 : il fuit tout ensemble le régime hitlérien qui le courtise et sa femme qui soutient le projet nazi, alors que la mère du réalisateur de Metropolis est d'ascendance juive. Les conjectures quant aux motivations réelles de son exil sont légion, celles susmentionnées sont souvent évoquées.
Fritz Lang
L'antisémitisme virulent qui sévit en Europe de l'Est durant la deuxième moitié du XIX° siècle, la montée du cancer nazi en Allemagne dans les années 1920, l'accession au pouvoir en janvier 1933 d'Adolf Hitler, vont pousser de nombreux Juifs à fuir la vieille Europe pour s'installer en Amérique. Et offrir au passage aux États-Unis quelques-uns des cinéastes les plus originaux, les plus novateurs, donc les plus doués de la première moitié du XX° siècle.
Grace Kelly et Gary Cooper dans High Noon de Fred Zinneman
Billy Wilder (Certains l'aiment chaud en 1959, avec Marlyn Monroe, Tony Curtis et Jack Lemmon) est issu d'une famille juive autrichienne. Il naît le 22 juin 1906 dans une petite ville de l'empire austro-hongrois qui appartient aujourd'hui à la Pologne. Après s'être établi à Berlin, l'arrivée au pourvoir d'Adolf Hitler le contraint à l'exil. Joseph Leo Mankiewicz (La Comtesse aux pieds nus en 1954, avec Ava Gardner et Humphrey Bogart) est né le 11 février 1909 en Pennsylvanie. Il est le fils cadet de Franz Mankievicz et de Johanna Blumenau, immigrés juifs venus d'Allemagne.
Otto Preminger (Rivière sans retour en 1954, avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum) naît à Wiznit en 1905 dans une famille juive de la Galicie austro-hongroise. Il débarque à New York le 26 octobre 1935.
Rivière sans retour de Otto Preminger
George Cukor (Une étoile est née en 1954, avec Judy Garland) est né à Manhattan en 1899 dans une famille d'immigrés juifs hongrois.
Fred Zinneman (Le Train sifflera trois fois en 1952, avec Grace Kelly et Gary Cooper) naît à Vienne en 1907 dans l'ancien empire austro-hongrois. Il est le fils d'Oscar Zinneman et d'Anna Feivel Zinneman de confession juive. Il part pour Hollywood en 1929.
Ernst Lubitsch (Ninotchka en 1939, avec Greta Garbo) naît à Berlin dans une famille juive. Il émigre aux Etats-Unis en 1922. En 1935, le régime nazi le déchoit de la nationalité allemande.
Robert Siomak (Les Tueurs en 1946, avec Ava Gardner et Burt Lancaster) est né à Dresde en 1900 dans une famille d'origine polonaise juive. La montée en puissance du nazisme au début des années 1930 pousse Robert Siodmak à l'exil. Il se rend tout d'abord à Paris avant de s'envoler vers Los Angeles.
Douglas Sirk (Tout ce que le ciel permet en 1955, avec Jane Wyman et Rock Hudson) est né à Hambourg en 1897. Il est marié en seconde noce avec Hilde Jary d'origine juive. Il fuit le nazisme en 1937.

Douglas Sirk à droite
Jules Dassin (Les Bas-Fonds de Frisco en 1949, avec Valentina Cortese et Richard Conte), né en 1911, le père de Joe, est l'un des huit enfants d'un coiffeur juif émigré d'Ukraine aux Etats-Unis, Samuel Dassin, et de Berthe Vogel.

Jules Dassin
William Wyller est né en 1902 dans une famille juive à Mulhouse, en Alsace, une région faisant alors partie de l'Empire allemand. Il part travailler en 1922 aux Etats-Unis et devient citoyen américain en 1928. Nous lui devons Les Hauts de Hurlevent en 1939, Vacances romaines en 1953 avec Audrey Hepburn et Gregory Peck, La Maison des otages avec Humphrey Bogart en 1955, ou Ben Hur en 1959 avec Charlton Heston.

William Wyler et Audrey Hepburn
Hormis Douglas Sirk et Robert Siodmak, sans oublier J.L.Mankiewicz et Jules Dassin tous deux nés américains, tous deviendront citoyens de la République des États-Unis d'Amérique.

Robert Siodmak
Bien que Juifs ou d'origine juive, ces artistes ne partagent pas les mêmes opinions (Jules Dassin restera un homme de gauche toute sa vie, d'autres penchent plus à droite), ils ne portent pas un regard identique sur la vie comme elle va, leurs points de vue diffèrent, une sensibilité protéiforme les oppose parfois. Une chose les rapproche toutefois et pas des moindres : le besoin impérieux qu'ils ont ressenti à un moment de leur carrière cinématographique de se coltiner à un aspect de la Seconde guerre mondiale ou de ses conséquences. Être juif n'induit nul déterminisme intellectuel, artistique ou esthétique. En revanche, prendre de front le nazisme semble avoir été pour ces cinéastes une figure imposée incontournable.

Ernst Lubitsch
En 1942, Jules Dassin tourne Quelque part en France, avec Joan Crawford et John Wayne : au cours de l'occupation allemande en France, une jeune femme française abrite un aviateur américain. Elle en tombe amoureuse.

En 1942, Ernst Lubitsch dans To be or not To be raille la canaille nazie et ridiculise leur chef suprême.
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En 1943, dans Les Bourreaux meurent aussi, Fritz Lang met en scène l'assassinat à Prague le 4 juin 1942 du chef nazi de sinistre mémoire Heydrich. C'est l'unique scénario pour Hollywood de Bertold Brecht.

En 1944 sort aux États-Unis Wanged Victory, réalisé par George Cukor pour la 20th Century Fox et l'armée de l'air américaine.
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En 1946, Joseph Leo Mankiewicz, avec Quelque part dans La nuit, tourne un film noir où rôde la lèpre nazie.

En 1945, sort Death Mills ("Les usines de la mort"), le film est un documentaire de Billy Wilder sur la découverte des camps de mise à mort nazis par l'armée américaine en avril 1945. En 1953, avec Stalag 17, et Willam Holden dans un des principaux rôles, Billy Wilder nous plonge dans un camp de prisonniers allemand où sont emprisonnés des soldats américains. Ils tentent de débusquer un traître parmi eux et de s'évader si l'occasion se présente.
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En 1957, Robert Siodmak, dans Les SS frappent la nuit, suit le retour en 1944 d'un soldat allemand revenu du front russe. Robert Siodmak vit de nouveau en Allemagne à partir de 1951 où il va tourner plusieurs films.

La faute d'orthographe...
En 1958, Douglas Sirk filme à son tour dans Le Temps d'aimer Le temps de mourir le retour du front russe d'un soldat allemand.

En 1960, sort Exodus d'Otto Ludwig Preminger, avec Paul Newman et Eva Marie Saint, sur un scénario de Dalton Trumbo (réalisateur de Johnny Got his Gun en 1971) : en 1947, sur l'Île de Chypre, des rescapés juifs de la Shoah tentent de passer en Palestine.
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Eva Marie Saint et Paul Newman dans Exodus
Outre La Septième Croix (des prisonniers politiques allemands s'échappent en 1936 d'un camp de concentration nazi), sorti en 1944, Les Anges marqués et Acte de Violence en 1948, C'étaient des Hommes en 1950, ou Tant qu'il y aura des Hommes, sorti en 1953, avec Burt Lancaster et Deborah Kerr, Fred Zinneman tourne en 1964 Et vint le jour de la Vengeance, avec Gregory Peck (Manuel Artiguez). Le film se base sur la vie de l'anarchiste espagnol Francesc Sabaté. Un coup pied de l'âne de Fred Zinneman à Franco, ce dernier fut soutenu pendant la guerre civile (1936-1939) par le régime nazi.

Entre 1942 et 1945, William Wyler s'engage dans les forces aériennes de l'armée des Etats-Unis, avec le grade de major. Sur le conflit en cours, le cinéaste réalise eux documentaires : The Memphis Belle : A Story of a Flying Fortress (tourné dans le ciel allemand et en Angleterre en mai 1943, il sort en salles en 1947) et Thunderbolt (tourné en Corse et en Italie pendant les premiers mois de 1944, il sort en salles en 1947). William Wyler trouve le temps pendant la guerre de tourner des films de fiction évoquant le sort tragique d'individus happés par la guerre : en 1942 Madame Miniver (une famille anglaise subit les raids aériens allemands) et en 1946 : Les plus belles années de notre vie (en 1945, trois soldats américains rentrent inquiets au pays). William Wyler participe au tournage d'un documentaire de Edward Steichen, sorti en 1944, The Fighting Lady, pour lequel il n'est pas crédité au générique : il relate les exploits du porte-avions américain USS Yorktown (CV-10) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Force est de constater que ces films ancrés dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale tranchent souvent avec le reste de l'œuvre des cinéastes, dans le fond et la forme. Il leur fallait les tourner, nonobstant leur qualité intrinsèque. Précisons que nombre de cinéastes américains, juifs ou non, se sont penchés sur le second conflit mondial. Il faudrait en conséquence chercher à voir si les films américains tournés par des réalisateurs d'origine juive offrent (ou pas) une quelconque cohérence.
Un mot pour dire que Billy Wilder et Otto Preminger ne verront pas revenir des camps de mise à mort des membres de leur famille. D'autre part, dans son dernier ouvrage consacré à Billy Wilder, Gravité, paru récemment, le critique de cinéma Emmanuel Burdeau se livre entre autres à une étude de cinématographie comparée, afin d'évaluer l'apport respectif de Billy Wilder et Ernst Lubitsch à leur art de prédilection, plus précisément sur les rapports qu'entretiennent la comédie et l'Histoire. Le résultat donne le tournis : les compteurs (conteurs?) s'affolent. N'en déplaise à certain(e)s : le cinéma n'a pas dit son dernier mot. En parler aux jeunes. Shalom.
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Billy Wilder et Marilyn Monroe