Un jour mon prince viendra : Rêves de princesses (2017) un film de Vincent Desombre

Le troisième âge, l'amour, le temps qui passe, le sexe, la solitude, le veuvage, le divorce, les regrets, l'ennui, la famille, la maladie, les enfants, les ami(e)s, la solidarité, la fraternité générationnelle, la danse comme activité rédemptrice et la piste comme lieu de rencontres des différents protagonistes, de leurs joies, de leurs peines, voire de leurs souffrances. Un sujet casse-gueule. Vincent Desombre l'affronte de face dans son documentaire de 52 minutes Rêves de Princesses qui passe ce mardi dans la soirée sur France3 Région Centre.

Des retraités se retrouvent régulièrement chez Lulu, une guinguette située à Rochecorbon en Indre-et-Loire, ils viennent de loin parfois, la danse n'est qu'un prétexte, l'objectif est de garder une vie sociale, l'essentiel réside dans une volonté inaltérable de se sentir vivant, d'exister aux yeux du monde, de vibrer à nouveau : ne plus avoir l'âge de ses artères. Oui, casse-gueule le sujet, indéniablement. Avant toute chose, précisons que le travail de Vincent Desombre est un documentaire, un film donc, une œuvre cinématographique, à ne pas confondre avec un reportage télévisuel paresseux, avec ses clichés et autres stéréotypes attendus, autant de figures imposées sclérosantes, un reportage de plus voué à un oubli rapide et certain. Le résultat est autrement plus ambitieux. Les choix de mise en scène, l'art du montage, le travail sur le son et la lumière : c'est bien de cinéma qu'il s'agit. Le tout est de ne jamais se pencher sur son sujet mais de se mettre au contraire à sa hauteur, à son niveau, sans démagogie ni fausse complicité. D'autant qu'il était impossible de l'aborder sans se poser quelques questions préalables. Vincent Desombre ne prend jamais de haut ses danseuses et danseurs, aucune ironie malsaine, nul mépris de classe (ils ne sont pas dans le besoin mais ne roulent pas non plus sur l'or, peu ont fait de longues études), pas de clin d'oeil malsain de connivence avec le spectateur sur le dos des personnages, on n'entend jamais la voix du cinéaste, c'est-à-dire les questions qu'il pose, pas de voix off surplombante, seulement une écoute flottante féconde, bienveillante, le tout restitue des fragments de vie, des confidences courageuses, des anecdotes quelquefois croustillantes, des considérations générales pertinentes, l'ensemble est porté par un humour toujours malicieux, un pied de nez au désespoir constamment en embuscade.

Vincent Desombre a su esquiver deux pièges placés régulièrement sur la route de ceux qui s'engagent dans ce champ d'investigation : le pathos aguicheur et le souci d'exhaustivité pontifiant, en l'occurrence la dérive sociologique. Ce que dit le film, plus précisément ceux qui s'y expriment avec une désarmante sincérité (et comment ils le disent, la façon dont ils se présentent) est d'une portée universelle qui désamorce toute inclinaison condescendante. Ils parlent comme bon leur semble, dansent et chantent selon leurs goûts, bougent à leur gré, au bout du compte les voix et les corps disent des choses qui forcent chacun à se situer, à s'interroger aussi. Vincent Desombre, avec empathie et tendresse, est parvenu patiemment, avec dextérité et finesse, à enregistrer tout cela sans tomber dans une possible facilité, ce qui déjà n'est pas rien dans ce type d'exercice. V.Desombre insuffle dans Rêves de princesses un souffle de vie qui donne à tout un chacun l'envie irrépressible d'y croire encore, malgré tout. Que le réalisateur en soit amicalement et chaleureusement remercié. À quand une œuvre de fiction cher Vincent ?
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