D'une Maryline l'autre (Maryline de Guillaume Galienne)

Publié le par O.facquet

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Maryline quitte seule le théâtre où elle vient de remplir son rôle. Elle fait quelques pas dans rues de Paris puis s'assied dans son restaurant italien préféré où Maryline a depuis de longue date ses habitudes. A peine servie, une troupe de théâtre entre à son tour, s'installe, les comédiens la reconnaissent, ils la dévisagent avec respect et affection. Au risque de l'emphase, disons que ce qui se passe entre eux jusqu'aux premières notes de Cette blessure (Léo Ferré) interprétée élégamment par Vanessa Paradis, avant que le film ne se clot, est un moment de grâce cinématographique plutôt rare ces temps-ci sur les écrans.

Maryline, le second film de Guillaume Galienne bouleverse, laisse sens dessus dessous, pour moult raisons, et pas des moindres.

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La belle Maryline (Adeline d'Hermy) est un bloc d'affects, une feuille portée par les vents de-ci de-là, cahin caha, l'innocence incarnée, la gentillesse en bandoulière, la bonté comme étendard, taiseuse et fragile, éponge mais résiliente, l'empathie à portée de main, une humilité jamais prise en défaut, la généreuse Maryline offre un visage qui prend continûment la forme de ses sentiments, c'est dire s'il est changeant. Si le désespoir souvent, la joie parfois, s'y inscrivent, la haine ou la méchanceté n'y trouvent jamais leur place (même face à un cinéaste tyrannique qui l'humilie). L'humanité en fête. En fait : l'humanité. Maryline est irréductible à tous les attendus socio-psychologiques de rigueur (ici une mère neurasthénique -ta mère-, un père suicidé, ambiance) : les journalistes en sont ici ou là fort marris, par où commencer en effet mon papier ? N'importe : une grande actrice est née. Une étoile. Une de plus au firmament du cinéma. Adeline D'Hermy était déjà une comédienne reconnue. Quel talent.

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Maryline est un grand et beau film, un de ceux qui nous regardent vieillir. Ils ne sont pas si nombreux tout compte fait. Le parcours de la jeune actrice venue à vingt ans tenter sa chance à Paris est erratique, d'où les reproches faits au film de ne pas avoir de ligne directrice. Comme s'il en fallait une après tout ; Maryline se perd, c'est vrai, se retrouve, oui, oui, recouvre ses esprits, un temps, repart de plus belle, fait une pause, plonge, revient à la surface, le tout deux heures durant. Du grand art. Le cinéma, cet art du temps, donc du montage. La France des années 1970 est parfaitement reconstituée. Même les décors du premier film dans lequel joue Maryline à son arrivée dans la capitale sont beaux sans faire toc, Galienne ne tombe pas dans le piège des belles images : voyez ces femmes du temps jadis qui lavent ensemble leur linge au lavoir municipal. Frissons. Il y a beau temps qu'on n'avait pas enregistré une telle explosion de gentillesse (pas la bienveillance démago qu'on laissera aux pédagos hystériques d'hier), filmé un altruisme aussi pur, sans tomber dans la mièvrerie : un collègue de Maryline prend sa défense face à un petit chef agressif, il contrôle ses abus d'alcool (Maryline est alcoolique), sans rien attendre en retour ; Jeanne Desmarais (Vanessa Paradis, parfaite) sa partenaire dans un film, la prend sous son aile, simple solidarité féminine entre actrices face à la violence du monde (vague parfum saphique) ; touchante aussi la complicité qu'elle noue avec un acteur plus tout jeune la première fois que Maryline monte sur les planches ; les coiffeuses, les maquilleuses, les accessoiristes, tous les artisans du cinéma, jusqu'au cinéaste Michel Roche (Xavier Beauvois, idoine) à un moment ou un autre lui tendent la main, posent sur elle un regard tendre, sans trop en faire. Il faudrait aussi évoquer sa famille (surprenante scène d'introduction : il fallait oser), les retrouvailles au mitan du film. Tout sonne juste dans Maryline. Chemin faisant, l'ensemble est une déclaration d'amour au Septième art. Un fantôme hante Maryline : François Truffaut, celui de La Nuit américaine (1973) et du Dernier métro (1980). Le principe de mise en abîme, le film dans le film, le théâtre dans le film, permet de superposer l'évocation des contingences matérielles et des aléas de la préparation d'un film ou d'un spectacle, à l'exaltation de l'esprit de troupe (de groupe), sans oublier la notion de rôle dans la vie comme un art. Des préoccupations truffaldiennes.

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Guillaume Galienne reste fidèle aux thèmes de prédilection du réalisateur des Quatre Cents Coups comme l'idée d'interchangeabilité des masques en société ou en scène. À cet égard, Galienne termine son film comme Truffaut le fit dans Le Dernier métro : théâtre et cinéma, la vie comme mise en scène, les apparences trompeuses : il n'y a pas de hasard. Comme disait l'autre : la vie est un théâtre où chacun joue son rôle. Un même humanisme plane sur leur œuvre. La passion de l'art et de la création absorbe les existences. Le tout est de rester à la hauteur de ce qui nous fait tenir debout. Maryline nous y aide. Merci.

 

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Publié dans pickachu

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