Un air de famille (quelques mots sur Au revoir là-haut d'Albert Dupontel)

Au revoir là-haut (un officier aux sales pratiques)
Un plagiat ? Albert Dupontel : un plagiaire ? Ce n'est pas si simple. Expliquons nous. Le réalisateur d'Au revoir là-haut fait l'acteur dans Un long Dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet sorti en 2004, dans lequel il campe Célestin Poux, modèle d'Albert Maillard. Il n'y pas de malentendus seulement des malentendants disait à peu près Jacques Lacan. Albert Dupontel n'a rien oublié, tout retenu. Tout dans Au revoir là-haut, son dernier opus, fait en effet écho au film de Jeunet -et au passage à son précédent : Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001). Vraiment tout. C'en est gênant. Donnons quelques exemples : le son et les dialogues (fermer les yeux pour passer d'un film à l'autre), la forme d'humour (lourde chez Dupontel, clins d'oeil pesants aux spectateurs), conviée à tout dédramatiser imprudemment, la direction d'acteurs (mêmes tics, des pantins, et Dupontel cabotine à mort), les décors (il a seulement fallu les dépoussiérer), la musique (dispensable), le montage (stop and go répétitif), la voix off envahissante, les mouvements de caméra superflus (du copier/coller), la mise en scène (bâclée), les trucages (usés et racoleurs), la lumière (hivernale), les couleurs (ternes ; un jaune poisseux), voire la photographie (faire années 1920 à tout prix), et la liste n'est pas exhaustive, loin s'en faut. L'action se déroule dans les deux films pendant et après la Première Guerre mondiale. Le hasard n'existe pas, pas à ce point-là en tout cas.

Un long dimanche de fiançailles
Au revoir là-haut
Nous sommes confrontés dès l'entame du dernier Dupontel à des combats violents au cœur des tranchées où rien ne nous est épargné ; un jour il faudra jeter dans la salle une grenade -ainsi parlait il y a quelques années Samuel Fuller. Jeunet ne fait pas autre chose dès les premières minutes d'Un long dimanche de fiançailles. Presque une photocopie : une même utilisation roublarde du numérique. Il faut être culotté tout de même. Dupontel filme en outre l'horreur des combats comme si personne ne l'avait fait avant lui (même France 3 a fait mieux récemment avec l'adaptation télévisée de Ceux de 14 de Genevoix, une série au titre éponyme de bonne tenue, réalisée par Olivier Schatzky en 2014). Et Stanley Kubrick a presque déjà tout dit à ce sujet dans Les Sentiers de la gloire en 1957, non ? Outre le malaise que suscite son désir de singer Jeunet, le radotage guerrier de Dupontel -d'autant qu'il en fait trop- provoque un doute sur la singularité de son travail de cinéaste, donc sur son rôle d'artiste. A-t-il au moins quelque chose à dire et/ou à montrer ? Pas sûr. La vacuité du propos vient redoubler la paresse de la forme. Le costume est trop grand pour lui. Il semble découvrir le pétrole en misant sur notre supposée mauvaise mémoire cinéphilique (en 2006 Les Fragments d'Antonin de Gabriel Le Bomin, c'est quand même autrement plus fort, vraiment). De surcroît, au moment où l'on commémore le centenaire de la Der des Der, cette surexploitation qui tourne à vide frise l'indécence. Le film joue à l'épate creuse (voir l'interminable reconstitution bien vaine des Années folles).

Un Long dimanche de fiançailles (un officier détestable)
Il faudrait aussi évoquer la même nostalgie d'une France disparue forte jadis de son Empire colonial (bonjour Amélie : quand y'en a Poulain, y'en a pour l'autre) et ses paysages urbains parisiens fantasmés qui sentent bon l'eau de Javel, les mêmes personnages qui sont autant de stéréotypes ambulants dénués de consistance (dans Au revoir là-haut : l'officier sans scrupules, le capitaliste sans cœur, la femme entretenue, l'homme du peuple débonnaire, l'artiste maudit, la vérité qui sort de la bouche des enfants, le politique idiot, le mauvais père racheté in extremis), sans oublier le drame final : une amnésie incurable chez Jeunet, un suicide pour Dupontel. Chienne de vie : quelle connerie la guerre. La jeune femme va-t-elle retrouver son amoureux ? Le fils et le père vont-ils renouer ? Deux films : une quête. Décidément. Là où Jeunet finit par émouvoir à la toute fin d'Un Dimanche de fiançailles, Dupontel conclut le sien comme on précipite la fin d'un repas ennuyeux : péniblement, sans prendre son temps, à la limite de l'indélicatesse. Il n'ose même pas le tire-larmes. Une fin paresseuse : un comble.

Au revoir là-haut

Les masques dans Au revoir là-haut
Dans Au Revoir là-haut un personnage campe une gueule cassée qui couvre son visage de nombreux masques pour se protéger du regard de ses contemporains. Les autres protagonistes sont à son image, ils n'existent que par le truchement d'un masque dont le réalisateur les a affublés, ce qui les prive de toute épaisseur, d'où l'ennui ressenti -une pensée pour Mélanie Thierry et Emilie Dequesne ; elles méritent mieux. À cet égard, d'une façon plutôt maladroite, Dupontel demande à une gamine d'insuffler un peu de vie à son travail. À l'impossible nul n'est tenu, comme le prouve le dénouement acadabrantesque du film. En revanche, Brooklyn Yiddish de Joshua Z Weinstein vaut plus que le détour. Sans rancune.
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Un long dimanche de fiançailles

Louise, la gamine