Va fan culo !

Publié le par O.facquet

 

 

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Ils écrivent tous deux dans le quotidien Libération, c'est vous dire s'ils pensent. Ils sont l'un et l'autre universitaires, c'est vous dire s'ils causent. Elle enseigne en Californie à Los Angeles, Madame est professeure au département d'études françaises et francophones, et directrice d'études européennes et russes à L'UCLA et chroniqueuse (pas de jeu de mots) dans le journal susmentionné (pas de jeu de mots également). Son champ d'études s'étend à l'histoire de la culture, l'histoire de la psychanalyse et aux gender studies (voir Wikipedia, non mais). Laure Murat a revu récemment Blow up, sorti en 1966, de Michelangelo Antonioni, un des grands films du cinéma moderne, du cinéma tout court. Elle le juge aujourd'hui « inacceptable » : haro donc sur cette œuvre machiste, phallocrate, misogyne et sexiste. Et cite un confrère (Régis Michel) qui doit faire autorité dans sa discipline : « L'art d'Occident ne sait parler de sexe que sur un seul mode : la violence. Il vaudrait mieux dire le viol ». Frissons. Détumescence assurée. Antonioni apologiste du crime sexuel à l'insu de son plein gré ? Rires prohibés. Lui (Thomas Clerc) enseigne la littérature à l'Université Paris-Nanterre. Il chronique lui aussi dans le journal susmentionné (comique de répétition). Il n'a pas apprécié (Libé, 23, 24, 25 décembre), mais alors pas du tout, la chronique de sa collègue (Libé, 13 décembre). Arguments ciselés à l'appui nos deux intellectuels de gauche défendent leur point de vue. L'une ne voit que la violence faite aux femmes, et nous intime de faire évoluer notre regard (elle nous dira combien on lui doit pour la consultation) ; l'autre s'agace de voir la culture dite légitime « accusée d'être machiste, hétérocentrée, coloniale, là où les splendides productions de la culture de masse sont intouchables par principe, car regardées par le peuple ». Bien dit camarade. Il a entièrement raison ; sa chronique est de qualité. Le terrorisme intellectuel d'une gauche en déroute a terrifié les Etats-Unis, dans les universités et ailleurs, tout au long des années 1980 et 1990 (un peu après aussi). Comme toujours ce qui traverse l'Atlantique met quelques années avant de toucher le Vieux continent en général, la France en particulier. Le virus sévit désormais. Le communautarisme et ses oeillères font tourner à vide la pensée, paralysent le débat d'idées. La grande affaire de Blow up est la mise en scène et le rôle du regard (mise en abîme du cinéma, comme chez son cousin Fenêtres sur cour d'Alfred Hitchcock). Enfin, force est de rappeler que le cinéma moderne n'a qu'une obsession : diluer toute forme de signification (Pour le cinéma "moderne" de Fabrice Revault d'Allonnes, ouvrage sorti en 1994).            Triste époque. Lire aussi peut-être Jean-Pierre Melville, une vie, d'Antoine de Baecque et L'Idée du socialisme d'Axel Honneth chez Gallimard, et aller de l'avant, sait-on jamais. Vive les femmes ! Oh, que je t'aime ! (RIP). D'autre part les travellings peuvent bien entendu être "affaire de morale" (Godard).

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Publié dans pickachu

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