Retiens l'ennui

Publié le par O.facquet

 

Résultat de recherche d'images pour "johnny hallyday au grand journal"

 

La mort de Johnny Hallyday a fait causer quelques plumitifs et autres intellectuels en manque d'inspiration, au moment où s'accélère la circulation des signifiants, l'effacement des signifiés et la flottaison des référents, qui en laissent plus d'un complètement cois. D'aucuns parlent d'une pensée faible. D'autres se sont tus (ou presque), dont votre serviteur (un fan pourtant), sachant la partie perdue (les bobos sont trop forts), sachant ce qu'ils perdaient, ce qu'ils avaient aimé des années durant. Philippe Lançon a eu tort de s'en prendre au chanteur récemment dans les colonnes de Charlie Hebdo (embarrassé par l'événement). Ringard et sans talent a-t-il écrit, et de moquer au passage un ami philosophe (un autre fan) qui est allé chercher Schopenhauer pour parler du rocker dans Libération -avec bonheur. D'autant que comme l'a dit un jour Serge Daney : a star is a star is a star is a star... Le charisme, un peu de talent au départ, beaucoup de travail, de la chance aussi, quelque chose comme ça peut-être, d'indéfinissable. Sans oublier sa voix toujours mise en danger : combinaison d'un médium à la fois charnu et profond, dans le lequel s'est introduit une saturation harmonique qui colore le timbre. 

Au départ il s'agissait de dire deux trois mots sur le film de Laurent Tuel, Jean-Philippe sorti en 2006, où Johnny et Fabrice Luchini jouent des coudes. Un bon film au demeurant : Fabrice un cadre moyen se réveille un jour à l'hôpital dans un monde où l' « idole des jeunes » n'existe pas. Le cauchemar. Écrire en hommage au héros de notre temps (au dire du Président Macron) parti chanter la souffrance de vivre sous d'autres cieux.                                                                              Avant finalement de se raviser. Johnny c'est un truc intime -la bande son de la vie plusieurs générations, quand même. Ne pas participer à ce grand déballage (débat large).

Résultat de recherche d'images pour "johnny hallyday au grand journal"

Reste qu'on ne peut définitivement pas se quitter comme ça. Johnny n'était pas uniquement plein aux as, prisonnier de la tentation récurrente de l'exil fiscal le plus rémunérateur : il était surtout plein de solitude à en crever. Entre autres. Venons-en aux faits (fêtes). Nous sommes un soir de 2016 sur le plateau du Grand journal de Canal+. Hallyday chante Te manquer (écrite par Jeanne Cherhal, son ami Yodélice a composé la musique), en direct comme si sa vie en dépendait -ce qui était certainement vrai.

La chanson est construite en un long crescendo ; Johnny hiératique (distanciation brechtienne ?) en impose comme d'habitude, nulle danse de saint Guy ne vient disloquer les mouvements de caméra qui restent bien sages. Le public est respectueusement debout comme à la messe. Rien de nouveau sous le soleil, donc. Un sourire fugace du chanteur, toutefois, à la toute fin.

Résultat de recherche d'images pour "maitena biraben avec johnny grand journal"

Alors quoi ? Un plan d'à peine une seconde : le regard fixe perdu nulle part de l'animatrice Maïtena Biraben, littéralement bouche bée, interdite, ailleurs. C'est à quoi se résume en définitive le phénomène Johnny Hallyday. Un état passager de sidération. Pas grand-chose et tout un monde à la fois. La vidéo est disponible sur Youtube (pub). Pour mémoire. Salut l'artiste !

 

of

 

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :