Y.K.F. Impératrice : soleil touchant. Un film de Kenji Mizoguchi (1955)

Publié le par O.facquet

 

 

 

 

Mizoguchi Kenji, cinéaste japonais (1898/1956) de génie. A l'image de Naruse, Kurosawa ou Ozu, les plus talentueux de cette génération de réalisateurs de cinéma nippons. Mizoguchi tourne dans les années 50 ses plus beaux films, Les contes de la lune vague après la pluie (1953), bien sûr, son chef-d'oeuvre, mais aussi La rue de la honte ou Mademoiselle Oyu, en passant par Le destin de Madame Yuki (1950) et La Dame de Musashino (1951). Rien à jeter. Sans oublier l'inclassable Impératrice Yang Kwei Fei sorti en 1955. Nul n'a su mieux que Mizoguchi utiliser la couleur au cinéma. Le film est en outre empreint d'une noble douceur peu commune. C'est entre autres choses une méditation sur la vanité des richesses et des pouvoirs, une photographie des passions humaines, de leurs tumultes, des désordres qu'elles peuvent provoquer. Un chant composé en l'honneur du renoncement et de la fidélité. On y trouve tout l'univers de l'artiste, les sentiments et les situations de toujours : sacrifice et courage, désespoir et folie. Lucidité transgressive des femmes, Mizoguchi était à leurs côtés, bassesses des hommes -Yang Kwei Fei pousse l'Empereur à sortir de son palais afin de participer dans l'anonymat à une fête populaire. Une réussite. Comprendre ce qui lie les hommes entre eux, le désir, l'argent, le pouvoir ou la filiation, fut l'obsession du cinéaste.

L'Impératrice Yang Kwei-Fei (Yokihi, Kenji Mizoguchi, 1955)

L'Impératrice Y.K.F. peut évoquer la Bérénice de Racine, Cinna et Nicomède de Corneille, voire le Richard II de Shakespeare. Mourir pour sauver l'autre aimé, c'est déjà le thème d'Alceste. Tout a déjà été dit ou écrit à ce sujet depuis beau temps.

Et le synopsis dans tout ça ?

Nous sommes en Chine au VIII°siècle. L'Empereur Hsuan Tsung passe les derniers jours de sa vie, loin du pouvoir, dans une solitude inconsolable proche de la folie. Il tente d'échapper dans la musique à la mélancolie qui le ronge et vit dans le souvenir de sa belle Impératrice. Jadis, pour sauver la vie et l'honneur de l'Empereur, Yang Kwei Fei a mis fin à ses jours.

L'impératrice Yang Kwei-Fei, Kenji Mizoguchi, 1955

Chez Mizoguchi, le mouvement du corps, celui de la caméra et de la musique sont souvent harmonieusement synchrones. En ce cas, s'impose un fragile équilibre entre violence et sérénité. L'érotisme vient sans bruit le malmener, briser la rigidité du code social sino-japonais, en particulier ces manières pudibondes exagérées, adoucir le dressage des corps (et des coeurs) : l'Impératrice Y.K.F. défaille, son entourage entrouve le haut de son kimono, laissant apparaître l'esquisse d'une poitrine prometteuse ; dans Les contes de la lune vague après la pluie, la Princesse Wakasa se dévêt derrière un paravent transparent, une ombre avenante se cambre (Jacques Demy s'en souviendra dans Les Demoiselles de Rochefort en 1967) ; enfin, dans La rue de la honte, des geishas prennent un bain en commun, histoire d'eau, quelques corps nus et graciles sont furtivement entraperçus.

Cette discrète dissonance, subversive pourtant, contexte oblige, est la signature du maître.

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Princess Yang Kwei Fei (楊貴妃) 1955 on English Online 

 

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Publié dans pickachu

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