Un cygne à terre (à propos de Black Swan de Darren Aronofsky)

Publié le par O.facquet

 

 

 

Dans le Lac des Cygnes Tchaïkovski livre toute son âme slave. Véritable épopée musicale romantique, ce ballet garde intact le mystère de la légende . Bien sûr la quête identitaire est présente. Se trouver soi même dans le reflet de l’autre, être enfin révélé , la femme fée -enfant- oiseau , Odette et Odile, le cygne blanc- le cygne noir ; le prince et son idéal qu’il ne peut pas retenir ; l’amour impossible destructeur jusqu’au crescendo libérateur.

Le drame musical sublime tous les tourments de l’âme. Nul doute que Tchaïkovski y livre une part de sa douleur intime mais elle est d’autant plus remarquable que le message reste sensoriel, l’auditeur le laisse résonner ou non, s’y projette ou pas.

Les chorégraphes successifs se sont emparés de cette part de mystère : Reisinger ne saisit pas le drame musical. Petipa en 1895 donne son envol au ballet mais la partition de Tchaïkovski est trop remaniée par R.Drigo. Grigorovitch du Bolchoï se conforme aux indications du compositeur : fin tragique pour Siegfried, le prince devient le héros du ballet qui retrouve son unité dramatique. En 84 Noureev livre sa version psychanalytique du drame en renforçant les rôles masculins du prince, Wolfgang et Robarth. L’enfermement maternel est appréhendé, tuer symboliquement le père pour s’échapper du monde clos vers des « ailleurs » ; Odile et Odette deviennent fantasmatiques ( Freud, Lacan ?).

Quel que soit le point de vue du chorégraphe, le mystère de l’âme reste entier. Le respect des codes du ballet romantique est garant de cette distance. Sublimée par la musique, transfigurée par la danse, la douleur d'accoucher de soi-même reste symbolique ; juste inspirée, insufflée par les interprètes.

Et patatras. Dans Black Swan Aronofsky fait son cinéma, plaque ses images. Le manichéisme délirant dévoile le mythe, viole l’essence de l’œuvre. Bien sûr Nathalie Portman est sublime ( en lecture solfégique une blanche = deux noires). Vincent Cassel possède parfaitement toutes les gammes de la séduction ( les diatoniques et les chromatiques).

Garder son inconscient collectif à une œuvre d’art, ne pas la réduire en y transposant sa propre histoire. En recauser.

 

S.Bougeard

 

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Publié dans pickachu

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