Samia (2001) : un désir enchaîné sous le tranchant de la lumière

Publié le par O.facquet

 

Samia (Philippe Faucon, 1999) - La Cinémathèque française

 

  Lynda Benahouda

 

 

Un danger guette l'art en général, le cinéma en particulier : le politiquement correct et ses conséquences, le manichéisme rassurant, la sitcomisation généralisée du réel. Au mieux, cela donne Le goût des autres, au pire, Un long fleuve tranquille, et son progressisme rance et captieux.

 

Samia se démarque de tout ce ciné-tract avec un subtil sens de l'ambiguïté qui parcoure le film de bout en bout et le rend in fine bouleversant.

Samia (Lynda Benahouda, parfaite) n'est pas un film prétexte pour ciné-clubs en mal de problèmes sociétaux, un prélude klinex, vite oublié, à tous les ça se discute du Service public, là où on s'écoute sans jamais être entendu, là où ça communique dans le vide, sans rien transmettre.

 

Samia (rien à voir avec le personnage de Plus belle la vie) est belle comme une fille de prophète, n'appartient à aucune communauté, ne prie pas, sa souffrance n'est d'aucun temps, d'aucune époque. Elle pourrait vivre en Palestine sans patrie, dans une famille juive en Cisjordanie au coeur d'une colonie en sursis, dans une cave à Tripoli, victime d'un psychopathe autrefois entretenu, à Saint-Paterne-Racan chez des fous furieux, à Damas dans l'attente de la chute du tyran, voire dans un clan écossais protestant borné du XVIII° siècle (en fait, elle vit à la périphérie de Marseille, sixième d'une famille de huit enfants d'origine algérienne traditionaliste, mais quelle importance ?). La liste n'étant pas exhaustive. 

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Samia sollicite tout simplement un surplus de liberté, une revendication qui, aujourd'hui comme hier, est une idée neuve, ici et ailleurs. Et s'il n'existe qu'une seule Samia, rien n'interdit au cinéaste Philippe Faucon d'en faire une fiction. Là se situe son profond humanisme. 

 

Samia ne fait le jeu de personne, sinon celui de l'extrême centre. Comme tout bon film, il est en avance et en retard sur tout le monde, c'est-à-dire à l'heure pour manger ici du cliché. Oublions, si vous le voulez bien, un instant, le "pourquoi dire" au profit d'un "comment dire" pour changer un peu. Précisons que le père est presque absent (malade grave). Le frère omniprésent et envahissant (psychorigide sévère). Les soeurs (sympas, jeunes et jolies) partent ou attendent leur heure. La mère -un très beau personnage- bonne pâte, dépassée par les événements familiaux, limite la casse, en attendant des jours meilleurs.

Samia | 2001

 

Et Samia dans tout ça ? Elle drague, s'habille et cause comme les filles de son âge. Son avenir, comme le leur, est incertain. Samia bout, boude parfois, étouffe dans cet univers étriqué, un brin hystérique. Une forme d'enfermement domestique l'assèche, l'irrite, puis finit par la révolter.

 

Voyez comme la caméra la pourchasse, la traque au plus près, l'enserre fébrilement dans cet appartement scandaleusement exigu. Regardez ce corps-symptôme qui n'attend qu'un signe pour exulter, un corps qui se heurte aux murs aveugles et sourds de son cachot. La jolie Samia cherche soudain à repousser les limites étroites de ce petit monde qu'elle ne peut plus encadrer, d'où une rare et troublante érotisation du cadre/écran.

 Photo du film Samia - Photo 2 sur 5 - AlloCiné

Samia fait d'un coup voler en éclats le cadre confiné de sa cellule. La caméra prend du champ, se pose, laisse la sensualité innocente de ce corps gracile encore épargné par le temps s'épanouir librement, au mieux pour quelques heures (voir la torride scène de baignade, c'est chaud les amis). Philippe Faucon filme avec délicatesse ce bonheur presque muet, même furtif, en d'autres termes, le passage rapide de l'intérieur vers l'extérieur et vice et versa.

 

Un des thèmes du film est en effet le rapport antagonique entre l'extérieur et l'intérieur. Samia est dans sa chambre, ou bien dans le salon. Un pan de mur est baigné par le soleil. Son regard se pose devant une fenêtre. La scène entière est inondée d'une lumière irréelle, diffuse. Samia se laisse chauffer par les rayons du soleil. Elle s'avance sur le balcon qui donne sur une kyrielle de balcons de même facture. Les spectateurs ignorent ce qu'elle regarde, si elle regarde quelque chose. Ils sont tenus à distance, simples observateurs : seule une partie de ce qui se passe leur est accessible. Une connexion se crée entre l'intérieur et l'extérieur. Les voix du dehors servant de médiateur entre les deux espaces.

 

Samia reste figée en une sorte d'enroulement dans l'absence figurant une solitude profonde et inquiète. Dans ce regard ainsi porté, apparaissent la menace contre laquelle elle se cabre et le désir sous-jacent qui vient réclamer son dû. Un désir absolu qui veut s'approprier le monde. Alors ? "Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible" (Roland Barthes). Bonne route Samia. Le cinéma : un art indispensable. Merci Philippe Faucon. Plus belle la vie ! Bien à vous.

 of 

 Samia (Film) • Programme TV & Replay

 

 

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Publié dans pickachu

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