Sage comme une image ?
Bien vu Steven !
Lécher, lâcher, lyncher : une tenace tradition française, en particulier chez les plumitifs : Barack Obama, sinon adulé, du moins respecté dans nos contrées, il y a encore quelques jours, récemment vomi en revanche par beaucoup en partie à l'heure du thé dans son propre pays, risque de connaître les mêmes déconvenues au royaume du fromage de chèvre.
Quelques lapsus en disent long : combien de journalistes (Pujadas cette semaine avec ses zones d'ombre -ah ! La dictature de la transparence- en incrédule ridicule, on l'aimerait plus combatif face aux princes qui nous gouvernent), depuis l'élimination de Ben Laden (machine délavée), ont senti leur langue fourcher et appeler le Président des Etats-Unis d'Amérique par le nom de l'odieux terroriste. Abjecte inversion bavarde. Ben Laden à deux doigts de devenir un martyr dans les médias. La nausée. Continuons.
Avant tout, une fois encore, remercier Caroline Forest, pour son billet dans Le Monde daté du samedi 7 mai. Les conspirationnistes en prennent pour leur grade. Tant mieux, ça fait du bien. Il est vrai que le gang informe des complotistes gagne du terrain. Force est surtout de constater qu'une contre-offensive solidaire s'impose désormais, rigoureuse et organisée. Dans tout groupe humain, il existe un minimum de choses au sujet duquel, même les pires ennemis doivent s'accorder.
Les conspirationnistes profitent de la chambre d'écho sans pareille que sont les réseaux sociaux, fourriers de leurs miasmes nauséabonds. Avec succès. Y revenir. Les théories du complot (l'extrême droite apprécie XFiles) les plus délirantes sur le 11 septembre 2011 (aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone, Bush a organisé les attentats en faisant placer de la dynamite dans les deux tours jumelles, les Juifs ont été prévenus une heure avant la catastrophe par le Mossad, etc), sur le faux alunissage du 21 juillet 1969 (film tourné par Stanley Kubrick dans les studios d'Hollywood), la liste n'est pas exhaustive, font autorité ici ou là. Avec vigueur.
Les Lumières (l'ami Diderot), Jules Ferry, l'Ecole de République, tant d'efforts pour en arriver là. Quel gâchis ! La raison ? le libre arbitre ? L'esprit critique galvaudé. Passons. Les pleutres n'oseront pas affronter la meute. Qu'à cela ne tienne. Osons ceci : les conspirationnistes du jour sont les enfants des négatonnistes d'hier, Dieudonné n'a pas invité par hasard sur scène Faurisson -nous étions jeunes, ses propos horrifiaient, puis vint le FN. La Shoah ? Une invention diabolique américano-sioniste pour déstabiliser le monde arabe et le Moyen Orient dirigés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la décoloniation par des humanistes altruistes patentés. Ecoutons ensemble aujourd'hui le silence assourdissant de la gauche depuis le début du Printemps d'Afrique du Nord et moyen oriental.
Revenons à nos moutons. Ben Laden est mort. Al-Qaïda le reconnaît. N'empêche ! Après dix années de conspirationnisme aigu, qui aurait pu imaginer qu'un tel scepticisme rance envahisse notre pays, celui de Voltaire, en dépit de l'admiration que suscite en Europe Barack Hussein Obama. "Nous voulons une photographie de Ben Laden défiguré pour y croire !", entend-on alentour (dictature de l'instantanéité, objet d'étude de Paul Virilio). Hypocrisie ignominieuse, vacuité intellectuelle (déficit de forme, laideur de fond) : aucune photo n'a immortalisé les traites négrières, pourtant, qui oserait nier ce massacre multiséculaire arabo-occidental ; des films et des monceaux de photos des camps de la mort sont à la disposition de tout un chacun, cela n'a jamais empêché les négationnistes de mener leur sale besogne. L'allocution de Barack Obama à peine terminée, le Web se mit à fourmiller de rumeurs les plus extravagantes. Or, chose rare dans le petit cercle des grands de ce monde, Obama est unanimement reconnu comme étant un honnête homme (un philosophe dans les colonnes de Libération l'a presque quand même comparé à un shérif). Reste l'honnêteté intellectuelle de chacun. Vaste programme... Tant qu'à faire, il est possible d'envisager que Spielberg a photographié Obama, Madame Clinton et toute leur équipe le soir de l'opération, tous de bons acteurs, c'est indéniable (voir ci-dessus : un photogramme d'une série télévisée ?).
Et cette antienne : "Donnez-nous une photo, sinon rien !". En désespoir de cause, citer Godard : "Ce ne sont pas des images justes, juste des images". Alors quoi ? Allez ! Toujours et encore ce vieil anti-américanisme franchouillard, transclassiste, les Etats-Unis : un repoussoir facile pour l'ensemble du panel politique français. Un bouc émissaire offert en partage, cataliseur de nos peurs, de nos insuffisances, de nos jalousies, voire de nos complexes. S'ils n'existaient pas, il faudrait les inventer (les Yankees).
Une photographie : amis américains démocrates, offrez-leur en une, truquée surtout. Ils sont légion depuis beau temps à savoir les manipuler. De toute façon, cela ne calmera pas les conspirationnistes. Rien ne les arrêtera, ils n'en démordront pas. Pourquoi ? Laissons ça à un anthropologue futé. Chacun à sa place, parfois. Disons toutefois que si tout est relatif, le cannibalisme est une affaire de goût.
Un combat salutaire s'annonce, donc. Une prophylaxie de l'entendement. Avis aux iconologues. Chacun va devoir fourbir ses armes, intellectuelles bien sûr. Obama 2012. He got him. Aller combattre les conspirationnistes partout où ils se trouvent. Keep calm and carry on...
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