Plein de vides (génie de Yasujiro Ozu, 1903-1963)

Publié le par O.facquet

Il était un père en DVD : Il était un père - AlloCiné  

Il était un père 

 

Voir Il était un père -c'est un inédit de 1942, la copie est de mauvaise tenue- du cinéaste nippon Yasujiro Ozu, se perdre à nouveau dans l'oeuvre du metteur en scène de Voyage à Tokyo (1953), c'est aller au devant d'un amour éloigné qui refuse de s'éteindre, ne s'éteindra plus, se ravive au contraire à la première occasion. Ozu occupe une place particulière dans notre panthéon. Le cinéphile est parfois oublieux à ses heures. Il s'agit ici de réparer cette négligence coupable. Redire en somme son importance. Colossale.

 

   Ozu

 

Ozu ou l'art pour l'art comme exercice jubilatoire et finalement provocateur : les célèbres plans désertés de la dernière période par exemple (1949-1962) par exemple.

 

Ces fameux plans fixes urbains et/ou industriels déshumanisés (que l'on retrouve à peu près à la même époque dans la peinture précisionniste nord- américaine). Apparaissent ainsi, au tout début du Goût du saké (1962), dans le cadre d'une fenêtre ouverte, des toits d'usines et leurs cheminées crachant une fumée délétère. Dans d'autres films de la période, le passage d'une scène à l'autre, se déroule à l'aide de couloirs totalement vides de présence humaine. Ce peut être aussi des rues dépeuplées, armés d'innombrables fils électriques qui zèbrent le ciel, entre autres. Des plans qui permettent l'exposition d'inextricables réseaux de lignes orthogonales et procurent surtout au film un étrange réalisme à la fois froid et rigide. Des instants suspendus.

Dans Il était un père, ce jeu gratuit de formes géométriques subit une discrète maturation. Sylvain Coumoul remarque à cet égard que "tout est déjà mis en place, à commencer par les fameux plans de la dernière période ; c'est juste que leur vide n'a pas encore gagné en autonomie, il n'est pour l'heure donné que par surcroît. Les façades d'immeubles de bureaux, identiques à celles des films ultérieurs, restent justifiables par la simple transition narrative, une mutation professionnelle ayant conduit le personnage à un poste à un poste administratif" (Cahiers du Cinéma de juillet-août 2005).

L'art et la manière de Yasujirô Ozu | CNC

Ozu nest pas seulement ce cinéaste japonais qui met sa caméra en position basse pour filmer la dissolution de la famille niponne traditionnelle. Le vide suscite dans son cinéma une sensation rare de plénitude. C'est peut-être aussi une façon crâne d'exprimer la nature somme toute irréductible de l'art, ce qui fait d'Ozu un artiste au style d'emblée identifiable ; répétons-le au risque d'agacer : osez Ozu ! 

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Les instants suspendus du cinéma d'Ozu / Pen ペン

 

 

 

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Publié dans pickachu

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