And then there were three (retour sur Les Sept mercenaires)

Au XIX° siècle, au nord du Mexique, une quarantaine de bandits conduits par l’affreux Calvera (Elli Wallach, parfait) pillent régulièrement un petit village. Lassés de ces humiliations à répétition, les villageois décident d’agir pour ne plus subir passivement les exactions des pilleurs. D’autant qu’un des leurs a été froidement abattu lors du dernier passage des bandidos, partis se cacher dans la montagne pendant l’hiver avec leurs provisions afin d’échapper à la police. Le vieux sage du village –Vladimir Sokoloff, toujours un plaisir- est consulté. Après quelques palabres et moult remue-méninges, nos fermiers décident d’acheter des armes pour se défendre. Trois d’entre eux partent pour les Etats-Unis, non loin de là, avec le peu d’argent qu’ils ont pu réunir. Ils croisent dans la première ville dans laquelle ils s’arrêtent Chris Adams (Yul Brynner, que dire ?). Le bientôt chef des sept mercenaires leur conseille de louer les services de cow-boys tueurs à gages. Ils acceptent sans broncher. Chris recrute six autres hommes : Vil Tanner, le bras droit de Chris (Steve MacQueen, génial, comme d’hab’) ; Bernardo O’Reilly, le mercenaire irlando-mexicain (Charles Bronson, impressionnant, tout en retenue pourtant) ; Britt, le mercenaire-lanceur de couteaux (James Coburn, parfait) ; Lee, le mercenaire traqué par la police (Robert Vaugh, insaisissable) ; Harry Luck, le mercenaire cupide (Brad Dexter, second rôle honorable) et Chico, le plus jeune des sept mercenaires, le dernier venu, à l’arrache (Horst Buchholz, tenace, fougueux et un peu fade). Ils cheminent vers le village. Une dreamteam réunie dans une chevauchée contre le mal, une lutte sans merci pour la justice et l’honneur. Nous sommes en 1960 : John Sturges tourne Les Sept mercenaires. Lors du départ, les cow-boys sont filmés en légère contre-plongée. Grandeur du monde libre. L’Amérique vient défendre les opprimés pour de nobles causes. Aucune motivation pécuniaire. La prime est dérisoire. Nulle mine d’or ou d’argent à l’horizon. Un simple dévouement éthique, même si chaque mercenaire a ses raisons d’être là. Le cowboy de John Sturges n’est jamais fait d’un seul bloc. Ils préparent le village et ses habitants à la bataille à venir. Une préparation militaire gratis pro deo. Cadeau des Etats-Unis d’Amérique. La liberté et la justice, rien d’autre. A une exception près. Les fermiers se privent de nourriture pour maintenir en forme leurs sauveurs. Nos mercenaires sont mis au parfum. Distribution générale de victuailles. Et généreux avec ça nos fines gâchettes. Rien à voir avec les footballeurs tricolores. Il faut voir Chris traverser le village raide comme la justice, sûr de son affaire. Les fermiers s’adressent à lui, comme les Congolais parlent à Tintin. Total respect. Le Nord au secours du monde qui souffre, l’Amérique appelée à la rescousse : la guerre froide en arrière-plan. O.T.A.N. en emporte le vent. Bernardo est suivi comme Messi par une bande de gamins. Il en mourra. Les fermiers se méfient toutefois de ses pistoleros, à telle enseigne qu’ils cachent leurs filles et leurs épouses (attention aux fins tireurs). Pas fous, nos mercenaires. Ils se doutent qu’ils ne sont pas appréciés, uniquement redoutés. Il faut écouter le jeune Chico tancer les fermiers comme des gosses au mitan du film. La soumission marquée des fermiers est trop belle pour être totalement honnête. Dans les films de Sturges, on retrouve toujours des héros dans un environnement hostile, qui doivent s'imposer physiquement contre une poignée de brutes ou de truands, pour une poignée de dollars. Un écho de la détestation, au pire, de la méfiance, au mieux, que suscitent nos amis Américains de par le monde ? On meurt pour vous, et vous crachez sur nos tombes : les dialogues ne trompent personne. On finit même par les chasser. Mieux vaut être esclaves que morts, clament certains. Une demande explicite d'assujettissement. Une servitude volontaire. Nos héros, soutenus par la minorité agissante et résistante, font un retour triomphal. La liberté et la sécurité sont des droits inaliénables. Les nouveaux maîtres se confondent en excuses et regrets. A la toute fin, Chris et Vin (les plus probres), sur le départ, une fois la mission accomplie, font le constat amer et douloureux que, quoi qu’il arrive, ils sont et seront toujours perdants. Quelques mots ambigus. De la Corée à la Libye, éternelles controverses.

Un mot encore. Quatre des sept mercenaires passent l’arme à gauche. Vin et Chris reprennent la route pour de nouvelles aventures. Chico, quant à lui, dépose les armes. Amoureux, il veut devenir fermier et épouser la jeune et jolie mexicaine rencontrée pendant son séjour -le gringo est large d'esprit. Belle allégorie d’une Amérique qui fait le deuil du farwest pour devenir une jeune nation laborieuse et apaisée où l’ordre et l'égalité règnent enfin – presque… Le film a été décrié, voire étrillé, à sa sortie. Inspiré par Les Sept samouraïs d’Akira Kurosawa, le film n’a pas à rougir de la comparaison. Ô que non ! Il lui valut même les félicitations de Kurosawa en personne, qui envoya à Sturges un sabre japonais en signe d’adoubement. Le plus grand honneur de sa carrière reconnaîtra plus tard le cinéaste américain.
of