Godard : artiste et mots dits

Publié le par facquet

 

 

 

 

  Artiste au travail ou figure de l'autisme ?                             

 

 

Il y a ceux qui ont définitivement renoncé, désormais sans culpabilité aucune, d’autres en revanche s’entêtent, de peur peut-être de passer à côté d’un futur classique, ou tout bonnement  par goût pour l’œuvre du cinéaste. Total respect.  Sans oublier les incorrigibles curieux. Il en faudra toujours. Ils dénichent parfois des perles. Les exemples sont légion. Faiseur de talent, phraseur impénitent ou génie novateur ? Le débat autour du travail de Jean-Luc Godard n’est pas prêt de s’éteindre, et même si à présent les joutes critiques se font à fleurets mouchetés, le feu couve encore, certaines lèvres brûlent toujours d’invectives mal rentrées.  Sa manière de bousculer les vieilles techniques, sa passion ésotérique pour la vidéo et ses couleurs criardes, les apophtegmes à foison, tous ces intertitres abscons, rendent bavard les uns, suscitent aujourd’hui l’indifférence presque générale, au grand regret des nostalgiques des règlements de comptes cinématographiques de jadis, par revues interposées et articles au vitriol. Film Socialisme, donc. Le dernier en date du réalisateur suisse (présenté à Cannes cette année dans la Quinzaine des réalisateurs). Comment commencer ? Qu’en dire ? Par quel bout le prendre ? Avouer ne rien avoir pigé du premier au dernier plan (peut-on encore user ici de ce mot ?), c’est risquer de passer pour un béotien indécrottable aux yeux de la cinéphilie érudite ; en dire du mal plus que de raison, c’est aggraver son cas, faire figure de populiste ; l’encenser, c’est prendre le risque de parler non pas du film, mais sur le film. Nuance importante. S’ouvre alors un redoutable débat sans fin où l’esthétique et le copinage se mêlent sans fin à la politique, la philosophie et l’Histoire en général, de l’art en particulier. Du solide, du lourd. Du genre : « Godard est le bouffon de notre époque. Son cinéma nous révèle un monde décadent, mais il le fait par le biais de l’humour. Car, même si le sujet profond est la mort, il fait rire. Et ce beau film à résonnance métaphysique n’est pas désespéré car, nous dit Godard : « la mort est le chemin vers la lumière » », un texte lumineux, un tantinet ampoulé, écrit par un certain C.B.M., au sujet de Soigne ta droite (1987), dans le Guide des films de Jean Tulard. Du sérieux. Y aller avec des pincettes de peur prendre un pain. C’est à rendre fou Pierrot, on en sort à bout de souffle. For ever Godard. Une adolescente lycéenne plutôt futée fournit le mode d’emploi pour contourner le piège que nous tend l’œuvre de Godard depuis quelques décennies. Profiter de la liberté d’expression en vigueur dans nos démocraties pour dire simplement ne rien avoir à dire et redire de Film Socialisme. L’aphasie totale, désolé, une fringale terrible : le vide sidérale.  Passer son chemin, poliment, saluer chacun, puis retrouver ses pénates. Lire un jour ou l’autre la récente biographie d’Antoine de Baecque consacrée à Jean-Luc Godard pour ne pas mourir idiot. On ne sait jamais. Un déblocage est envisageable. A bientôt pour Bande à part, du même cinéaste, tourné à une époque que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Une époque où il ne jouait pas les incompris acariâtres à qui la postérité rendra un jour justice. Bande à part, un film qui ne laisse pas sans voix. Bien à vous. A la revoyure.

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Publié dans pickachu

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