Divagations

Publié le par facquet

 

 

 

 

 

 

 

La vague (2008) de Dennis Gansel, une adaptation du roman éponyme de Tod Strasser (1981), se veut une réflexion cinématographique sur le totalitarisme. De nos jours, en Allemagne, un professeur d’histoire se voit charger dans un lycée d’un cours sur l’autocratie, le tout dans le cadre d’un atelier (celui sur l’anarchie lui est passé devant le nez). Il engage, plus qu’il ne propose, ses élèves dans une expérience visant à leur faire découvrir les origines, le fonctionnement, puis les conséquences d’un régime totalitaire. Un jeu de rôle grandeur nature à haut risque. Petit à petit, à quelques exceptions près, les élèves jouent le jeu (les réticents, voire les opposants,  sont invités à quitter le groupe). Le prof crée petit à petit  un mouvement expérimental dans lequel règnent la discipline, l’union, l’entraide, le dépassement des différences naturelles ou sociales, l’abandon du libre arbitre, donc l’uniformité : une chemise blanche pour tout le monde et un salut de ralliement. Ils se donnent enfin un emblème : la vague. Le lycée devient un microcosme totalitaire. La démonstration va s’avérer tragique. La mort rôde. Le film, honnête dans l’ensemble, bien joué, soutenu par un montage efficace, un brin démago, souffre toutefois, et ce n’est pas rien, d’évoquer davantage et maladroitement l’Allemagne post-nazie que le totalitarisme en général (tel est pris qui croyait prendre).  Le prof, habillé comme ses élèves (rien de grave), ne cache pas sa jeunesse gauchiste (pourquoi pas) ; surtout, le film durant, et ici le bât blesse, affleure la souffrance supposée d’une jeunesse en manque de repères, interdite parfois devant le manque de retenue des parents (une mère se tape même le copain de son fils), quelquefois révoltée face à la permissivité qui règne à la maison. On tutoie les enseignants, on grignote en cours, les bavardages sont de rigueur : il faut expier les fautes du Troisième Reich. Une éducation laxiste est la bienvenue. C’est là précisément que ça coince aux entournures. Le mécanisme totalitaire est plutôt bien déconstruit par le réalisateur (quoique survolé, sans parler des anarchistes bêtement caricaturés), d’accord, mais laisser accroire qu’une certaine jeunesse, pour laquelle le martinet n’existe que dans les livres d’Histoire, serait tentée par un pouvoir fort afin d’y trouver la rigueur que ni la famille, moins encore l’école n’ont pu leur fournir, l’argument ne tient pas la route, présente même un côté réac nauséabond. Le professeur est lui-même totalement pris par son personnage. Sans doute a-t-il des choses à régler avec lui-même, cela ne nous regarde pas.  Ne pas faire d’un cas une généralité. Le Ruban blanc se voulait une dénonciation du rigorisme éducatif prussien du début du XX° siècle, La Vague interpelle des parents allemands prétendument trop larges d’esprit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les deux cas la dictature guette : les films vont trop vite en besogne et  passent à côté de l’essentiel. Le ventre est toujours fécond. Soit. La bête immonde prête à bondir, comme toujours ; l’éducation libérale outre-Rhin, quoi qu’il arrive, ne sera responsable de rien. Le chômage, les inégalités sociales ou régionales, le contexte historique, bien plus, incontestablement. En Allemagne, ou ailleurs…

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Publié dans pickachu

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