Besson, Luc, pas Eric.

Publié le par O.facquet

 

La Nouvelle République titre ce matin en Une : « L’apothéose ! ». On se dit : ça y’est, le camarade François Hollande a été élu. Erreur grave. Ne pas revenir sur l’entourloupe The Artist, le quotidien Libération fait ça très bien ce mardi 28 février –Gérard Lefort, subtile et sarcastique, tout à la fois. Juste un mot, quand même. Force est de constater que nous assistons depuis deux jours à un agaçant unanimisme chauvin à la soviétique. Le come back de la Pravda. Haro sur le rabat-joie : silence et dors ! De la propagande en bon uniforme, du bourrage de crâne, et du lourd, qui en dit long sur le monde médiatique hexagonal. L’ennui naît pourtant de l’uniformité. Pour la nostalgie, on est en droit de préférer le superbe Hugu Cabret de Martin Scorsese. Passons.

S’il y en a un qui ne fait pas l’unanimité, c’est bien Luc Besson. Combien ont osé avouer avoir aimé Le Grand bleu en 1988 ? Qu’est-ce qu’il s’est pris dans la figure, en trente années de carrière, celui-là. Ses seuls prix : le César et l’Oscar du punching-ball cinématographique à chacune des sorties de ses films. Mai 1985 : un post-ado sort étourdi d’une projection, étreint par une émotion mal contenue, sonné par ce qu’il vient de voir ; il devine que le cinéma le regardera vieillir (même émotion avec Nikita, quelques années plus tard (1990), et Buffet froid (sorti en 1979), de Bertrand Blier, découvert à la télévision ; Besson et Blier, deux auteurs maudits). Le quidam erre quelques minutes avant de recouvrer ses esprits. Il jure de toujours ménager (malgré quelques déceptions…) le cinéaste capable/coupable d’une telle audace. Il tiendra parole, même s’il mettra du temps à écrire à son sujet. C’est fait ce jour avec Subway.

 

 

Après avoir dérobé des documents encombrants, un homme, Fred (Christophe Lambert, encore présentable), se réfugie dans l’univers interlope des arrière-cours du métro parisien. Il y côtoie de drôles de citoyens, rassemblés dans un univers rendu fascinant par Luc Besson : des musiciens (le batteur : Jean Reno), un fleuriste à la gouaille intarissable (Richard Bohringer, parfait), un pickpocket monté sur des rollers, d’où son surnom Roller (Jean-Hugues Anglade, le tourangeau), Michel Galabru et Jean-Pierre Bacri, dit Batman, en policiers irascibles. Une mention spéciale pour Jean Bouise, en chef de station, et pour Gros Bill. Le couple incarné par Lambert et Adjani devait être initialement interprété par Charlotte Rampling et Sting. Pas de regret. Pour aller plus loin, faut aller plus prêt : Fred et Helena dansent un slow élégant, en compagnie de Rickie Lee Jones et de son Lucky guy. Frissons. Une chasse à l’homme sans merci s’organise, au cours de laquelle des liens très affectueux se nouent entre la victime, Helena (Isabelle Adjani, au sommet de son art et de sa beauté), et le chapardeur, poursuivi et par la police et par des tueurs engagés par le mari de la belle, sous le charme de la bête. La direction d’acteurs est remarquable, une qualité qu’on ne mettra d’ailleurs jamais au crédit du cinéaste. Mystère. Inoubliable Isabelle Adjani descendant les marches du métro en tenue de soirée, ou affublée d'une coupe iroquoise. Inoubliable christophe Lambert en smoking, déjanté en djedaï décoloré. Un scénario inabouti, une fin bâclée, une mise en scène tape-à-l’œil, Luc Besson, un imagier sans imagination ? Un scénario en béton ne fait pas ipso facto un bon film, à l’instar des bons sentiments (Voir l’actuel Mer à boire, trop écrit). L’épilogue n’est pas négligé, seulement ouvert (un reproche qui reviendra souvent). Clinquante, la mise en scène ? Disons qu’elle ne ressemble dans Subway à rien de connu, Luc Besson, oui, innove et surprend avec ce film, il bouscule les habitudes du cinéma français, et ça, on ne lui pardonnera jamais. Influence de l’esthétique publicitaire des années 80 ? Et alors ? Le cinéma est bien un art impur, non ? Les critiques consciencieux dissèquent la mise en scène du film avec des outils d’un autre âge. Sa mise en scène toujours un peu folle a en effet de quoi désorienter. Les dialogues sont décalés à souhait. Quoi qu’il en soit, ils ne souffrent aucune remarque. Circulez, y’a rien à voir ! Bon.

Alors, en désespoir de cause, à bout d’arguments, les contempteurs du réalisateur du Dernier combat (son premier film, sorti en 1983, avec Jean Reno, déjà), concèdent dans la douleur, du bout des stylos, qu’il est un bon imagier, point barre. Nous ne cèderons rien, presque trente ans après, sur la beauté du microcosme féérique des bas-fonds du métropolitain de Paname, un monde parallèle à nul autre pareil, un non-lieu enchanté, sorti de l’inspiration féconde de l’artiste Luc Besson. Un cinéma toujours chargé de tendresse. Quant à la musique d’Eric Serra, la chanson qui accompagne la mort de Fred à la toute fin de Subway fait désormais partie du répertoire, tout comme celle du générique final. D’autre part, Léon (1994), avec Jean Reno et la toute jeune Nathalie Portman (Mathilda), vaut définitivement le détour. Coupez ! A la revoyure.

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Publié dans pickachu

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