Ave Césars !

Publié le par O.facquet

Césars 2022 : nominations, date, présentation, diffusion... tout savoir sur  la 47e cérémonie - midilibre.fr

          C'est avec des hochets qu'on mène les hommes

                                                           Napoléon

 

Ça sentait le coup fourré, comme d’hab’, pas un complot, non, uniquement  l'inconscient collectif en action des professionnels de la profession. Les larmes de crocodile de Maïwenn (à la peau lisse), découvertes en différé, sont compréhensibles et justifiées. Les Césars : ce voyage au bout de l’ennui, comme l’a si bien dit récemment l’animateur de cette arnaque soft et légale, Antoine de Caunes.

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Un été brûlant de Philippe Garrel, avec Louis Garrel et Monica Bellucci

 Pendant ce temps, mieux valait dans l’attente des résultats, revoir un des films les plus novateurs de ces dernières années, New Rose Hotel (1998), d’Abel Ferrara, un truc incroyable. Un coup d’œil tardif sur LCI : victoire incontestée, mais ô combien contestable, de The Artist (2011), de Michel Hazanavicius (bien joué l’astuce victimaire, genre « au départ, personne ne voulait de mon film, etc ». Comme s’il était le seul cinéaste à qui arrivent ces mésaventures. Le film se laisse voir. Les acteurs et le chien sont agréables à voir bouger : les attrayantes facéties de Jean Dujardin et de Bérénice Béjo, entre autres. Une simple et roublarde performance bavarde, vaguement réussie, comme nous l’a soufflé mon jeune neveu Samuel. Soit. Quelques mots encore. La critique consciencieuse, snobant The Artist, s’acharne depuis des mois sur Intouchables, de Eric Tolenado et Olivier Nakache, trop consensuel, trop rassembleur, démago, trop popu, trop grand public ?, un écran de fumée capitaliste pour cacher la lutte des classes, la fracture sociale, une œuvre pour faire du fric sur le dos de nos contradictions savamment occultées, disent-ils. Sans rire ; et le reste est à l’avenant. Des arguments convenus et paresseux. Tout ce qui est excessif est insignifiant pensait le fidèle Talleyrand. Intouchables nous a en tout cas bien fait rire. On est toujours l’idiot de quelqu’un, de toute façon. Assumer, donc, là aussi. Au risque du ridicule, avouons qu’Intouchables sait aussi être émouvant plus qu’à son tour (en outre, une bonne soirée entre amis).  

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Les larmes de la cinéaste Maïwenn

 Ce n’est pas l’injustice fluctuante des Césars qui pose problème, ni son fonctionnement obscur -lire à ce sujet le dernier numéro des Inrocks-, mais sa simple et encombrante inutilité. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour voir que The Artist ne tient pas la route face à Polisse de Maïwenn, Un été brûlant de Philippe Garrel, Donoma de Djinn Carrenard, L’Apollonide de Bertrand Bonello, Un amour de Jeunesse de Mia Hansen-Love, Hors Satan de Bruno Dumont ou La Guerre est déclarée (le plus petit budget de la soirée) de Valérie Donzelli, voire L’Exercice de l’Etat de Pierre Shoeller ou 17 filles de Muriel et Delphine Coulin. Le tout dans le désordre le plus complet. Chacun ira y chercher son chat. Bien sûr, Intouchables ne méritait sans doute pas un tel engouement, un emballement si tapageur, ni, soyons honnêtes, une telle curée venue d’une certaine critique aveugle au caractère rance et cabot de The Artist et au lobbying bulldozer/rouleau compresseur dont il a bénéficié. Audrey Pulvar, dans son billet quotidien sur France Inter du mercredi 22 février, Un Français à Hollywood, démontre, dans un texte dense et percutant (de surcroît culoté, tant le film paraît intouchable, auréolé d’un unanimisme trouble), que le succès de The Artist s’explique moins par ses qualités intrinsèques, que par l’activation, via rétribution, de réseaux actifs d’un riche et influent parrain états-unien (co-fondateur de la maison Miramax). Autre article fouillé à ce sujet : celui de Télérama (cette semaine). Nous ajouterons qu’en France, le talent de Thomas Langmann (le nouveau nabab du cinéma français, voir dans les pages web du Monde), le producteur, un type bien, au vaste entregent, n’est certainement pas étranger à la réussite de The Artist. Même muet, ça parle à sa place. Le regard dans le rétroviseur, prisonnière d’un présent sans horizon, c’est une France repliée sur elle-même, nostalgique d’un âge d’or fantasmé, incapable de se regarder en face et de se projeter dans l’avenir -des vieux et des hommes-, une France aphasique, qui n’a plus rien à dire, pas grand chose à proposer, que The Artist donne à voir. Ça sent le rancis, une odeur de naphtaline, un goût de resucé, le remugle nauséabond d’un pays frileux vieillissant, attachée à de vieilles recettes, fermée à la novation : "Maurice Chevalier est de retour" a-t-on pu entendre à la radio à propos de Jean Dujardin. La France est devenue un musée en admiration devant les vieilleries, d'où qu'elles viennent. En un mot, ça empeste le renfermé. Les Américains sont tombés sous le charme : le film est un miroir flatteur pour Hollywood -qui plus est, inutile de traduire le titre, ni les dialogues. Chapeau l'artiste ! Le vote des happy few du Septième art s’est hier fait l’écho de ce « cours camarade, le vieux monde est devant toi ». Dans un pays qui se targue d’avoir un cinéma engagé en phase avec les vicissitudes de la vie économique et sociale du moment, on est loin du compte. Intouchables, à côté de The Artist, passerait presque pour une oeuvre marxiste-léniniste, à tout le moins un brulot social-démocrate. Bon. Un peu de calme. Cette cérémonie est un symptôme (un phalène). Inquiétant, certes, mais nous ne sommes pas en Syrie (pas grand monde dans les rue pour soutenir les victimes de Bachar al-Assad l’assassin, chacun attend la prochaine intervention israélienne pour fouler le bitume…), ni en Iran. Ouf ! Personne n'interdit à qui que ce soit de (re)voir les films français susmentionnés, de les défendre autant que faire se peut. De les aimer. Ils existent, c’est déjà ça d’pris, comme disait ma grand-mère. D’autre part, Karin Viard et Marina Foïs sont deux actrices talentueuses. Bien dans leur époque. Dire cela en passant. A bon entendeur, salut et fraternité. Merci enfin aux cinémas d’art et d’essai. Ne pas toutefois passer à côté d’Intouchables

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Publié dans pickachu

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