Croix gommée (Del (fiel) de Ton)

Publié le par facquet

Delfeil de Ton, chroniqueur au Nouvel Observateur, dans la publication de cette semaine, parvient à faire la publicité d'un DVD à la gloire de Louis-Ferdinand Céline (titre de l'article :"Céline, bête d'écran" ; bête à cran, plutôt !), sans dire un mot des écrits antisémites du génial écrivain (le génie n'autorise pas le crime), des années 40 du siècle dernier (Bagatelles pour un massacre et L'Ecole des cadavres) ; rien non plus sur sa fuite en Allemagne en cie de Pétain, quelques mois après le débarquement américain du 6 juin 1944. C'est son combat. Trois fois dix-neuf minutes, génériques compris : trois entretiens télés -intelligence des plans, aux dires de plumitif- avec les journalistes Pierre Dumayet, André Parinaud et Louis Pauwels (sic)... Hors champ : 6 millions de juifs européens exterminés par la racaille nazie, secondée par des collaborateurs tel que L.F.C. (titre du DVD :"Céline vivant" ; tant mieux pour lui, quant aux autres...). Pas un mot, aucune allusion, le vide : "la Shoah, connais pas". Delfeil de Ton (on se permet de le mettre en boîte) conclut toute honte bue : "Comment ne pas être attiré par un bonhomme pareil, n'avoir pas envie d'aller y jeter un oeil, dans ses livres qui suscitent pareils intérêts ? ". La nausée (quand on pense à tout ce qui se dit de fangeux sur le brave Sartre, il y a de quoi entrer dans les ordres...). Idem pour l'écrivain (talentueux et puant) cinéaste (bof...) Jean Genet (enchâssement narratif, polyphonie et hitlerophilie insidieuse dans Pompes funèbres, le relire pour voir) : des expositions en son honneur un peu partout en France, dans lesquelles les dérapages antisémites sont systématiquement occultés ; malheur à celui ou celle qui ose lever le lièvre : il souffrira l'opprobre. Un mauvais coucheur, un rabat-joie, disent-ils. De l'art pour l'art, pauvre béotien rancunier ; trouble-fête frustre. Une allégorie expiatoire, triste sire. Contentez-vous de lapider G.W.Bush : pas touche à nos grands littérateurs, l'honneur de notre beau et vieux pays ! Une commerçante de la région a joliment décoré sa vitrine : le DVD vantant la gloire de l'auteur d'Un Chateau l'autre (ses pérégrinations pétainistes outre-Rhin) y figure en bonne place ; "j'aurais fait la même chose pour un produit recueillant les discours de De Gaulle" lance-t-elle couroucée au client interdit (la FNAC présente en outre l'objet dans son catalogue de fin d'année comme un présent incontournable). La lettre de Guy Môquet, aussi, pendant qu'on y est ! En un mot : De Gaulle et Céline sur un pied d'égalité ; les discours de l'Homme du 18 juin considérés comme un produit lambda... Robert Brasillach (fusillé, le Général ayant refusé de le gracier ; personne n'a oublié son "surtout, n'oubliez pas les enfants", au sujet des gamins juifs bientôt gazés, dans l'abject Je suis partout) et Lucien Rebatet (emprisonné après la guerre, Les Décombres, à gerber) bientôt au Panthéon ? Ne pas oublier d'envoyer une invitation au chro-niqueur du Nouvel Obs (Il est partout). En cas d'oubli, il en serait fort marri : chez ces gens-là, on a de l'éducation ; on apprécie les cérémonies et les bonnes manières, monsieur -pas comme ces cheminots privilégiés, voire ces étudiants mal rasés. Ces deux-là avaient une si bonne plume, ma chère amie. Des auteurs racés, mon bon. La barbarie a de nouveau le champ libre : un nouveau tour de piste de la haine tous azimuts ? "Plus les talents d'un homme sont grands, plus il a le pouvoir de fourvoyer les autres" a écrit un jour Aldous Huxley, une fois encore il parlait d'or. A vos amours. Bises. of
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Publié dans pickachu

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