Ce qui reste

Publié le par facquet

belle-devos.jpgQuand au siècle prochain, un sociologue se penchera sur l'état de la solitude au début du nôtre, on lui recommandera pour se redresser de visionner Ceux qui restent, le beau film de l'actrice /réalisatrice Anne Le Ny. Un homme et une femme se rencontrent dans l'hôpital où est soigné leur compagnon, malade du cancer (la cinéaste parvient à dépeindre les choses les plus lourdes de la façon la plus légère).
Dans l'immédiat, un piège nous est tendu : le psychologisme bavard, le pathos tire-larmes -la maladie, la mort, le ressentiment, la haine de soi, le sexe, le deuil, la culpabilité, les familles recomposées, la maturité, l'adolescence, tout ça et bien d'autres choses encore. Nous importe simplement comment Ceux qui restent procède pour en parler. D'entrée, une indication : la réalisatrice ne prendra pas son sujet de haut. Une plongée sur un solitaire attablé. La caméra amorce rapidement une progression descendante pour se placer à hauteur d'homme (ou de femme...). Une position qu'elle ne quittera plus. Le film, et c'est sa force, est un manifeste humaniste, au sens où il n'exige pas des personnages plus qu'ils ne peuvent offrir. Disons avec Vercors que "l'humanité n'est pas un état à subir, c'est une dignité à conquérir". Ce qui souvent, pour tout un chacun, n'est pas gagné d'avance. Equivoque, maladroit, paumé, parfois égoiste, le petit monde de Ceux qui restent s'en sort dignement dans l'ensemble. Bertrand (Vincent Lindon, un de ses plus beaux rôles, une interprétation épurée) fixe le cap : "chacun fait comme il peut !", lance-t-il excédé au mitan du film.
Enfin, lorsque Lorraine (Emmanuelle Devos, on oublie quelquefois combien ellle est belle et douée, et inversement), estomaquée, blême, le souffle court, prend de la hauteur sur le toît d'une clinique francilienne, afin de recouvrer ses esprits, il semble soudain que le poids du monde est en train de l'écraser. Générique de fin (ouverte, donc déroutante : beaucoup de questions, pas de réponse ferme et certaine). On aimerait pouvoir lui tendre la main, pour l'aider un peu. Un rabibochage sincère et graduel avec un certain cinéma français (le moins racoleur), délesté de ses boursouflures récentes. Des retrouvailles, allez, oui, osons l'avouer, presque inespérées. L'aventure continue, donc.   of
Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article