Le champ du départ

Publié le par facquet

lopez.jpgOn peut ne pas souscrire aux propos de Manuel Poirier sans pour autant dénier à son dernier film, La maison, des qualités formelles surprenantes. Surprenantes au regard des critiques négatives qui ont accompagné sa sortie.

A telle enseigne que le visionner relève du miracle, de l'exploit ou du hasard. Injuste !

Revenons tout d'abord sur ce qui ne passe toujours pas : une fiévreuse appétence pour les trèfles à quatre feuilles. L'espace vert taquine manuel Poirier (sic), et ce n'est pas nouveau (A la campagne en 1995). La maison touche à sa fin ; arrêt sur image : une gamine regarde par la fenêtre dans un train qui la ramène à Paris. Elle vient de demander à sa mère pourquoi ils ne vivraient pas en famille à la campagne. Fin du film et générique. Le bonheur est-il dans le pré ? Là est la question. Sans réponse. Le désir d'enracinement du cinéaste, cette nécessité d'être de quelque part, ne s'inscrivent pas dans une rhétorique réactionnaire cryptopétainiste. La ville n'est pas chez lui un pandémonium à fuir d'urgence. C'est là que La maison nous touche, comme A la campagne était poignant. Il règne dans chacun de ces films une mélancolie douloureuse (très belle scène : un père raccompagne ses enfants chez son ex-épouse ; lui ne franchit pas la porte...). Une mise en scène éthérée et un montage en appesanteur renforcent ce sentiment de désarroi. Sergi Lopez en est cette fois l'incarnation toute en retenue (c'est l'histoire de Malo, père de trois enfants et en instance de divorce, qui découvre, par hasard, avec un ami, une maison qui doit être vendue aux enchères). Vivre fatigue ; le poids des ans, le fardeau des déceptions accumulées, le tout à en perdre le nord. D'où la forte tentation de se mettre au vert. Pour penser ses plaies loin du tumulte urbain. Cruelle illusion. On emporte toujours ses névroses à la semelle de ses chaussures. Le personnage joué par Benoît Sergent dans A la campagne en sait quelque chose. Malo (Sergi Lopez), quant à lui, cherche moins à se poser qu'à prendre la fuite. On ne laisse rien derrière soi qui ne nous rattrape un jour ou l'autre. La maison ne tranche pas. Y-a-t-il de toute façon quoi que ce soit à trancher ? Nous attendons le prochain travail de Manuel Poirier avec impatience. Une chose est sûre : son oeuvre suscite toute notre attention  comme elle habite régulièrement nos pensées. of

 

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Publié dans pickachu

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