Ma parole, quelle histoire !

Publié le par facquet

griffith.jpgUn critique de cinéma parisien faisant autorité, salarié dans un news papier glacé, déplorait récemment dans un ouvrage à succès, qu'aujourd'hui la majorité des cinéphiles ne fût plus en capacité de nommer un film muet notoire, moins encore un maître de la période. Passez le périphérique : bienvenu dans la savanne ; une fois en province : la jungle, la vraie. En un mot : honte à vous cinéphages béotiens sans mémoire. Quel mépris ! Quelle arrogance ! Quelle fatuité ! Le parisianisme rive gauche dans toute sa splendeur.
Cette semaine, les Cinémas Studio à Tours donnent un inédit de Ernst Lubitsch, L'Eventail de Lady Windermere (1925) : une merveille. Marivaudage traditionnel, entrelacs de malentendus, rebondissements multiples ; bien sûr : un happy end en bonne et due forme. Du grand art. Reconnaissons aux jeunes générations que la fréquentation du cinéma muet requiert un certain effort (facilement surmontable) ; le résultat en vaut toutefois la chandelle, tant le cinéma des trente premières années du 20e siècle recèle de perles en tous genres.
Prenez Le Lys brisé de D.W. Griffith (Broken Blossoms, 1919, 1h28), d'après une histoire de Thomas Burke, avec la belle et talentuense Lillian Gish, égérie (encore) du cinéaste américain (réalisateur inspiré des incontournables Intolérance et Naissance d'une nation). Lucy, tout juste 15 ans, vit seule à Londres avec son père, un boxeur coléreux, une brute épaisse ; un tyran domestique à la main leste. Un point c'est tout. Un jour Lucy s'enfuit pour trouver refuge chez un marchand chinois accueillant... La suite vous appartient, si vous le souhaitez. Raciste (la rumeur), D.W. Griffith ? Ce n'est pas en tout cas ce que dit le film, bien au contraire. La mise en scène est fluide, transparente, loin des tripatouillages géniaux des Soviétiques. Le jeu des acteurs reste sobre (pas de théâtralité excessive, ni postures surjouées), quelques gros plans renversants, et un montage inventif d'une grande modernité, illustration de l'apport immense du cinéaste à l'élaboration de la grammaire cinématographique.
Le Lys brisé nous laisse cul par dessus tête. Sans voix. Un chef-d'oeuvre d'une violence inouïe (disponible chez Bach/films). Génie du cinéma américain. of
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Publié dans pickachu

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