Exception française (2)

Publié le par facquet

7-cie.jpgEnième diffusion hier au soir sur TF1 de l'inoxydable Mais où est donc passée la septième compagnie ? Les tribulations de trois héros de la Seconde Guerre mondiale : le sergent-chef Chaudard (Pierre Mondy),  les soldats Pitivier (Jean Lefebvre) et Tassin (Aldo Maccione). 1940 : l'armée allemande avance inexorablement. C'est l'exode. Le film : un inconscient collectif à ciel ouvert. La France gaullienne de 1973 se tend un miroir avantageux via le cinéma. Nos trois gaillards incarnent la belle histoire que certains Français se racontent depuis la fin du conflit : vaincus, froussards, lâches et benêts, mais débrouillards, futés, sympathiques (pas collabos, tout de même), guère soucieux de la hiérarchie, épicuriens (la bonne bouffe, du pinard) et pacifistes -par dessus tout. Nos trois troufions bivouaquent comme des scouts boutonneux dans les bois, à la belle étoile. On braconne (le Français aime prendre des libertés avec la loi, alors que les Allemands, ils sont d'un rigide...) : un lapin en fait les frais. La guerre, c'est un dimanche entre hommes à la campagne. Ils reconnaissent eux-mêmes combien  paisible est la vie loin des bonnes femmes qui vous gâchent l'existence. De là à dire qu'ils sont misogynes, n'exagérons rien...  La guerre, ça change les idées, aussi ; on y oublie les soucis du quotidien (la quincaillerie n'est pas une bonne affaire, le quincailler Chaudard s'inquiète). On est loin de chez soi, de la routine qui ronge. Et puis, un petit pique-nique dans un paisible cimetière champêtre bien de chez nous, loin des combats, ça vaut tout l'or du monde, non? Ce vieux fond campagnard franchouillard, fondement incontournable de la francité, n'est-il pas séduisant? Il s'en suit un roadmovie revigorant sur un véhicule chipé aux Allemands, en deux temps trois mouvements ; que du bonheur ! Hitler ? Connaissent pas. L'antisémitisme, qu'est-ce que c'est ? Le nazi crie fort, semble autoritaire et directif ; à part ça, c'est un ennemi comme un autre. L'éternel autisme de la France. Seule au monde. La paix, on vous dit. La paix ! Il existe toujours des solutions politiques à tous les problèmes. Mieux vaut Hitler que Blum, disait-on à l'époque, dans tous les rangs -ou presque- de l'échiquier politique. Hitler, ils finiront, d'une manière ou d'une autre, par faire sa connaissance. Il sera trop tard pour regretter Blum. Voilà ce que nous dit Robert Lamoureux en 1973 dans le premier épisode de sa saga. Souscrire à son propos n'est pas une obligation. Tant s'en faut (les historiens affiment par exemple que les soldats français ont fait preuve de beaucoup de courage en juin-juilet 1940). Reconnaissons que le film n'est pas dénué d'humour (un rire malsain parfois). Ce qui n'excuse rien (en particulier cette propension hautaine à dégrader publiquement des personnages auxquels nulle chance n'est laissée ; sans oublier le clin d'oeil complice lancé aux spectateurs pris en otages). Un petit jeu pour finir : combien de fois Tassin et Pitivier prononcent-ils le mot chef ? Assez pontifié. A la revoyure. of
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Publié dans pickachu

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