Fous volants

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                            Les mots ne pourront jamais traduire la puissance subversive et jouissive des images de The American way (USA), d'un certain Maurice Phillips, Prix spécial du jury et de la critique du film fantastique d'Avoriaz 1986. Faisons court, donc. Dix ans ont passé depuis la fin de la Guerre du Vietnam. Une bande de dégénérés -emmenés par un Denis Hopper, au sommet de son art-, vétérans du conflit (ils étaient spécialistes de la propagande psychologique), pirate les émissions de télévision nationales et fait trembler le Pentagone, à bord d'une forteresse volante. Leur dernier combat, avant une retraite bien méritée : abattre Mrs westinghouse, une canditate à la Maison Blanche, réac et belliqueuse. Nos pirates ne peuvent supporter d'assister au dévoiement de la puissance américaine (au dire du capitaine du vaisseau). Ils auront sa peau, juste avant les élections présidentielles -dé-nichons l'imposture, lance un des protagonistes... Nous n'en dirons pas plus : c'est un film à rebondissements! Les Américains prouvent une nouvelle fois qu'ils n'ont besoin de personne pour porter un regard critique sur leur histoire récente (le traumatisme de la Guerre au Vietnam, le reaganisme tromphant et sa rhétorique agressive). The American way est un film engagé, mais pas militant. Blasphémateur, irrévérentieux, ironique, caustique, souvent égrillard, dénonciateur des injustices, critique à l'égard de la communication télévisuelle, oui, il l'est ! Mais il part trop en vrille, est trop allumé, drôle comme rarement, bref, politiquement incorrect, pour être récupéré par qui (ou quoi) que ce soit -une folie corrosive qui rappelle le 1941 de Steven Spielberg. Il ébranle le système, instille le doute, secoue les consciences, ce qui, déjà, n'est pas si mal. Chacun en prend pour son grade : les conservateurs (au passage Ronald Reagan, Président à l'époque), les télés-évangélistes, l'armée, les médias (à cet égard, la forteresse est truffée d'écrans sur lesquels défilent les images de la sauvagerie du monde et l'hypocrisie de ceux qui l'exploitent ; un montage qui ressemble étrangement aux collages récents de Godard). Un candidat est un produit, utilisons en conséquence les méthodes du marketing pour la (le?) faire triompher, jette un conseiller à sa patronne. En plein sarkoland, le propos est d'actualité, non?. Que l'antiaméricanisme gaullo-progressiste ne s'excite pas toutefois outre mesure : les personnages joués par Hopper et ses acolytes (une troupe de fous furieux, vraiment) ne souhaitent en aucune façon devenir des clones de Castro ou Chavez. Ils assument leurs fantasmes petits-bourgeois : prendre des vacances au Mexique, s'éclater, acheter un restaurant, s'envoyer en l'air (si l'on peut dire...). Rien de bien révolutionnaire là-dedans ; il ne s'agit pas de sauver le monde. The American way décevra les altermondialistes patentés, les cryptomarxistes, lesquels prennent le cinéma pour une arme de combat. Il ravira ceux qui en attendent simplement un regard différent sur le monde comme il va (ou pas). Mission accomplie ! of
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Publié dans pickachu

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