Le louche (2)

Publié le par facquet

lelouch.jpgA l'égard de Claude Lelouch, la cinéphilie consciencieuse a souvent péché par une sévérité excessive, et, disons-le, trop injuste. Certes, Lelouch est un cinéaste prolixe mais inégal. Soit. N'empêche ! Il y a toujours quelque chose à sauver dans son travail, et deux ou trois de ses films sont très bons.
Or, reconnaissons que par chez nous l'affaire n'a jamais été très claire (à cet égard, personne ne sait que faire de son dernier opus, Roman de gare, excellent paraît-il). Par ailleurs, est-ce si important, direz-vous ? Sans doute un peu, quand même. Lelouch est un artisan honorable, parfois honoré (Un homme et une femme, Palme d'Or au Festival de Cannes 1966). Il reste, quoi qu'on en pense, un réalisateur ambitieux qui s'est continuellement fait une certaine idée de son art. C'est en outre un type bien. Il aime les femmes ; elles le lui rendent au centuple. Bien sûr, il est de bon ton, dans le petit monde du Septième art hexagonal, de moquer son style, plus précisément ses afféteries de style (l'agitation circulaire du caméraman autour des acteurs, par exemple), pour certains (les plus hargneux) son absence totale de style. Ce terrain fangeux ne sera pas le nôtre. Claude Lelouch tourne son premier film en 1960 (il est né en 1937) : Le propre de l'homme (un comble pour un cinéaste qui n'a d'yeux que pour la gente féminine). L'Amour avec des si (1962) est son second long métrage (un psychopathe s'évade de la prison de la Santé ; sur les routes enneigées du Pas-de-Calais, un homme prend une jeune femme en stop). Après La femme spectacle (1963), il réalise Une fille et des fusils en 1964 (quatre ouvriers ne supportent plus leur condition ; ils se convertissent au crime. Un gangster doit maîtriser un certain savoir-faire : ils improvisent donc cours magistraux et travaux pratiques, avant de se lancer pour de vrai. Après quelques coups sans problème, nos Pieds Nikelés dérapent...). L'Amour avec des si et La Fille et des fusils sont deux films plaisants, astucieux, bien chantournés, et vraiment drôles. Jusque-là tout va bien. Non, ce qui surprend, agace aussi, c'est cette volonté naïve mais têtue de faire Nouvelle Vague. Le plagiat saute aux yeux : anticonformisme étudiée, attirance prononcée pour la série B américaine, collage d'images et de sons (leurs discordances), vision quasi documentaire de la capitale, montage heurté, faux raccords à foison, grands mouvements de caméra, tournage en plein air loin des studios, désinvolture des scénarios, interprétation naturelle, choix de faire surgir la poésie d'un univers prosaïque ; la liste, bien entendu, n'est pas exhaustive. A cet instant, aucun doute n'est permis : à l'orée des années 60, le metteur en scène d'Edith et Marcel (1983) ambitionne de faire partie du clan Nouvelle Vague, coûte que coûte. La maladresse du procédé excuse la grossière contrefaçon. Une carrière durant, Claude Lelouch va traîner comme un boulet le désir obstiné d'être reconnu par les professionnels de la profession (Godard) comme un auteur à part entière -un cinéma à la première personne. En vain. L'ensemble le rend somme toute touchant, donc précieux. D'autre part, rien ne dit que son oeuvre ne laissera pas une trace. Rien qu'une (à nous de dire laquelle -le film choral ?), pour faire taire (un temps soit peu) les méchants. of
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Publié dans pickachu

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