Adèle aime

Publié le par facquet

ad--le-h.jpgAnna M. (2006) de Michel Spinosa et L'Histoire D'Adèle H. (1975) de François Truffaut : l'impossible rapprochement. Une insoutenable comparaison. On pardonnera ce ton un brin cassant, mais c'est de François Truffaut qu'il s'agit ici. Expliquons nous.
Anna M. est un cas clinique mis en images, un motif décoratif ; elle est taillée dans un seul bloc, rien moins qu'une femme, un pantin sous influence, aux ordres stricts d'un scénario vérouillé ; le film : une pathologie illustrée ; Adèle H., en revanche, campe un personnage de fiction d'une absolue épaisseur, composite, comme tout un chacun, tantôt équilibré, tantôt incohérent, déraisonnble aussi, voire tragiquement délirant. Psychotique et libre, libre bien que psychotique, prisonnière seulement de sa folie, telle se présente Adèle H., quand Anna M. n'est qu'une marionnette prévisible et manipulée, par de bien grosses ficelles... La chair est triste ; elle a lu tous les livres, la preuve : elle les relie. Un cinéaste doit toujours s'efforcer de donner une chance à ses personnages, les plus vulnérables comme les plus détestables (ce qui n'est pas le cas d'Anna M.). Ne pas donner le sentiment qu'on abuse (le réalisateur et les spectateurs) de leur liberté essentielle.
Isabelle Adjani incarne à 19 ans tout le cinéma truffaldien, à tombeau ouvert, recherche l'introuvable équilibre sur le fil de la passion dévorante, au dessus de l'abîme d'une irrémédiable (bolique) aliénation. Dans L'Histoire d'Adèle H., les figures de style sont dirigées par cette idée : la mise en scène d'une possession, ou, si l'on veut, d'une irréversible dépossession de soi. Des raccords qui ne séparent pas, nouent au contraire les images entre elles, tel un piège funeste. Un geste, une expression suspendus, absorbés par l'obscurité (en l'occurrence un fondu au noir). Ces surimpressions qui révèlent l'incapacité d'Adèle H. à se libérer de ses obsessions (la noyade de sa soeur Léopoldine, entre autres). Il neige. Adèle sort d'une librairie, affaiblie par sa passion pour un jeune officier britannique, un ex-amant, qui la consume. Elle perd connaissance, vacille, s'effondre de tout son long dans la rue. Restée dans la boutique, la caméra observe un moment la scène avec retenue, puis se risque enfin à sortir prendre des nouvelles de la jeune femme. Délicatesse, tendresse, tact et respect truffaldiens, comme toujours... Des choix de mise en scène (Michel Spinoza filme une scène identique -Isabelle Carré s'évanouit dans le parc d'une clinique psychiatrique- avec moins de réserve). Une maîtrise du temps. Une définition du cinéma : un cinéma de la liberté versus une forme figée de totalitarisme scénaristique. Répétons-le : l'important, pour le cinéaste, réside dans l'art et la manière de trouver les bonnes distances, les combinaisons idéales, pour que l'ensemble sonne juste au final. Il y a enfin, et surtout, cette façon de filmer trois ou quatre choses en une. Des images simples, avec leur sens immédiat, et puis, simultanément, dessous, des sens multiples qui s'ordonnent en profondeur.
Si François Truffaut suit le basculement de son héroïne dans la folie, il n'oublie jamais le versant lumineux de la vie de la fille cadette de Victor Hugo ; sa puissance créatrice, par exemple, qui la pousse à accoucher d'une oeuvre littéraire. L'Histoire d'Adèle H. n'est pas un traité aride bien filmé sur les symptômes de l'hystérie. A la fin du film, Adèle ne reconnaît même plus l'objet de sa passion. Seule l'Amour (maladif), l'aliène puis la brûle, en définitive. Truffaut n'esquive pas le problème, mais le dilue subtilement dans un ensemble plus vaste. Michel Spinosa, quant à lui, à trop vouloir montrer, ne fait que démontrer. Son film en souffre, l'art aussi. of
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Publié dans pickachu

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