Pour Solaris de S.Soderbergh (2003)

Publié le par facquet

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Seul demeure le sentiment de légèreté qui est la mort même ou,
pour le dire plus précisément,
l'instant de ma mort désormais toujours en instance.    Maurice Blanchot

                                                         

   Il y a bien sûr l'ombre envahissante de Tarkowski (le premier à avoir adapté à l'écran l'oeuvre de Stanislas Lem). Ne sont pas à négliger : le poids des préjugés (Clooney est un acteur médiocre), la force des habitudes (la sortie attractive et concomitante du dernier Chabrol -bien moyen), voire l'actuelle et tenace hystérie antiaméricaine.
   Le Solaris de Steven Soderbergh ne trouve pas son public, ici (en France) et ailleurs (Outre-Atlantique). Ce film cerveau est pourtant très beau, émouvant, audacieux, tiraillé par les tours et détours de l'inconscient qui ne cherche rien, mais calcule. Entre la roublardise chabrolienne et le tape-à-l'oeil des Soeurs Magdalene, c'est, entre autres choses, la plus belle histoire d'amour filmée depuis Titanic (James Cameron est à la poduction, ce qui d'ailleurs n'a rien à voir).
   Disons d'emblée qu'écouter George Clooney (très bon !) réciter des vers de Dylan Thomas, cela vaut à coup sûr le détour :
Et la mort n'aura pas d'empire.
Les morts nus ne feront plus qu'un                         
Avec l'homme dans le vent et la lune d'ouest.
Quand leurs os becquetés seront propres, à leur place
Ils auront des étoiles au coude et au pied.
Même s'ils deviennent fous ils seront guéris,
Même s'ils coulent à pic ils reprendront pied
Même si les amants s'égarent l'amour demeurera
Et la mort n'aura pas d'empire.

   Solaris parle de la culpabilité et du doute, de l'infernale absence, de la possibilité ou non de vivre -survivre ?- avec une illusion, du manque abrasif, de l'Autre improbable, d'un impossible deuil, de la mort dans tous ses états. De l'amour qui est peut-être un progrès sur la haine de soi, mais qui tue, lui aussi, malheureusement. De deux amants suicidaires, éperdument amoureux. De leur(s) suicide(s). Solaris est aussi l'histoire d'un homme qui passe de la neurasthénie à la nécrophilie, donc d'un grand malade. Toutefois, la beauté du film réside dans la façon dont une femme, malgré tout, ne parvient plus à exister. Natasha Mac Elhone (excellente, à jamais superbe) joue en effet le rôle d'une femme qui n'est qu'une image, la matérialisation d'un fantasme d'homme (toutes égales par ailleurs, on pense inévitablement à Kim Novak dans Vertigo).
   Il faudrait insister encore sur la qualité du jeu des acteurs (Jeremy Davis (Snow), en particulier, incroyable), la fluidité du récit, les raccords dans l'axe plutôt osés, le montage parfois culotté ; montrer en somme que Solaris prend des risques, là où l'académisme chabrolien gère un fond de commerce  rentable,  par exemple.  Steven  Soderbergh est un narrateur doublé d'un directeur d'acteurs de talent, un organisateur virtuose du temps et de l'espace (voir les quelques scènes où George Clooney et Natasha Mac Elhone se découvrent puis se jaugent, se frôlent, se domptent, finissent par se trouver enfin dans un ascenceur (jeu de mains...Et belle métaphore), un remixeur d'images et de son hors-pair (son cinéma offre une représentation épurée du réel).
   Solaris est enfin un film voluptueusement trip-hop (la musique de Cliff Martinez y est pour quelque chose), par la lenteur de ce voyage fictif en apesanteur, par son ambiance sensuelle et organique, d'une douceur faussement relaxante.
   Le cinéma américain de notre temps est à la fois passionnant, humain et novateur. Solaris le prouve avec insolence.   of,                   
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Publié dans pickachu

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