Cannes Loach
Malgré quelques
libertés prises avec l'Histoire (pourquoi pas ; le jusqu'au-boutisme patriotique irlanlandais, par exemple, ne fut qu'accessoirement socialiste) et du sentimental convenu (Abel et Caïn
dans les landes irlandaises), Le Vent se lève de Ken Loach, Palme d'Or à Cannes cette année, est finalement convainquant. Nous sommes au début des années 20 du XX°siècle, en Irlande près
de Cork, au Sud de l'île : les nationalistes s'organisent militairement pour chasser l'occupant britannique (la liberté a donc bien un prix, n'en déplaise aux pacifistes
bêlants). Quoi qu'il en dise, le film témoigne du goût de Ken Loach pour le cinéma classique hollywoodien et de ses deux attributs, le genre (ici la fresque historique) et la mise en scène (coupes,
raccords ou déplacement des corps dans l'espace). Un classicisme d'une rigueur totale qui ne tourne pourtant pas à la vaine démonstration d'un savoir-faire pleinement maîtrisé : Le Vent se
lève n'est pas un exercice de style. Il faudrait peut-être parler à son sujet de postclassicisme, tant le souci documentaire vient aérer, et en fin de compte maintenir en vie, ce trop bel
édifice (de l'Eire!). Ken Loach est en outre solidaire de ses personnages (qui mieux que Loach sait filmer sobrement la fraternité?), toujours en situation, jamais de pures abstractions (tout
sauf un cinéaste démiurge). Le film saute de la politique à l'éthique continuellement ; sans cesser une seconde de rester humaniste, au sens où aucun des protagonistes (consistants) n'est
jamais une entité désincarnée, un pion qu'on déplace à l'envie, au gré des humeurs idéologiques du cinéaste (le fameux et encombrant message à faire passer à tout prix) ; bien que pris,
comme tout un chacun et à tout moment, dans les rêts de l'histoire en train de s'écrire. Dans Land of freedom (1995), le paysan espagnol catalan dépossédé de ses terres,
pour cause de collectivisation forcée, se voyait offrir la possibilité de défendre son bout de gras. Principe renoirien : chacun a ses raisons, au spectateur de se faire une idée. Dans Le Vent
se lève, chaque acteur du drame a son mot à dire. Ken Loach est un démocrate ; son cinéma éminement démocratique. Rien n'est imposé, tout est proposé, ou presque. Belle leçon de mise en
scène ; respect de soi-même, de son art et du spectateur ; rigueur morale exemplaire. Mickael Moore et Hubert Sauper peuvent en prendre de la graine. of
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