Salles/manies

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                                                                       Les cinéphiles, comme tout un chacun, ont leurs rituels, leurs rites, et autres tics et toc. Celui-là, par exemple, attendra une semaine avant de se prononcer définitivement sur un film vu il y a quelques minutes seulement : il avouera les jours suivants regretter son emballement premier pour, au hasard, Non ma fille tu n'iras pas danser, le dernier film de Christophe Honoré (Les chansons d'amour et La belle personne, ça tenait la route, pourtant) ; quelques plans, une ou deux scènes, des images déjà évanescentes, la prestation de Chiara Mastroianni, plus que son personnage, et l'assurance qu'un certain cinéma français se laisse piéger par de mauvaises habitudes (les névroses familiales en ébullition autour d'un repas dans de splendides maisons bourgeoises, parfois au bord de la mer, souvent au fin fond de notre campagne provinciale, ça énerve à la longue).
Celle-là tremble à l'idée de visionner un film au sujet imposant, dont tout le monde dit du bien d'un air très sérieux alentour. Un prophète de Jacques Audiard appartient à cette catégorie. Que faire, que dire si in fine l'on sort déçu de la projection ? Elle patientera. Une fois en compagnie d'un ou d'une amie large d'esprit, notre cinéphile à contre-courant se lâchera enfin : " je me suis vite ennuyée, le scénario est complaisant, voire poussif, la mise en scène lourdingue, sans imagination, ni originalité, prétentieuse même, en un mot comme en cent, ça me semble surfait, comme souvent avec Audiard -De battre mon coeur s'est arrêté, quel pensum !-, qu'on veut à tout prix au forceps auteurisé. Voilà c'est fait, c'est dit : à vous de jouer, la balle est dans votre camp. Une pierre dans votre jardin. Près du nain. Au passage, vous constaterez à nouveau que les bons sentiments ne font pas souvent les bons films de gauche, à l'image de l'insupportable Rien de personnel". Le débat peut s'engager. Laissons-les débattre.
Un autre, une fois n'est pas coutume, fait une infidélité à Robert Guédiguian, préfère un poème d'Aragon à Son Armée du crime, de peur d'être le complice voyeur de cette manie commémorative, qui est le chemin le plus court pour empêcher toute réactivation féconde d'un événement. Une dernière, enfin, qui sait où elle met les yeux, retourne une énième fois se plonger dans Inglourious Basterds de Tarentino. On la comprend sans peine. Elle sort à nouveau de la salle en lâchant : "Putain, quel talent !". Le gros mot est pardonné. A la revoyure.

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PS (le parti installé à la Triche-sur-Mer) : le cinéma Les Studio à Tours donne quelques films précités. Il est vivement conseillé,bien sûr, de se faire une idée par soi-même ; ça va mieux en le disant...). A plus.

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Publié dans pickachu

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