La veuve poignante (rétrovision)

Publié le par facquet





Au mitan du XIX° siècle, à Saint-Pierre-et-Miquelon (un archipel français de la côte méridionale de Terre-Neuve dans l'océan Atlantique), Neel (Emir Kusturica, réalisateur serbe), un assassin, est condamné à la décapitation. Seulement voilà, sur l'Île Saint-Pierre, nulle trace de guillotine. La métropole, bonne fille, envoie une "veuve" par bateau. Dans l'intervalle, la surveillance de Neel est confiée au Capitaine (Daniel Auteuil, ce talent...). Madame La (Juliette Binoche, qu'elle est belle !), sa femme, ébranlée par le destin du détenu, le prend sans penser à mal sous sa coupe (contrepéterie), avec l'assentiment muet de son militaire de mari (ils sont fous amoureux), engagé, à sa façon, jusqu'au cou. Neel exécute des travaux ici et là pour les habitants, ce qui le rend vite populaire et indispensable. Il parvient même à convoler en justes noces (avec une veuve...).
Lorsque la guillotine arrive à bon port, le peuple des îles cherche violemment à empêcher la mise à mort, tout comme le Capitaine, qui sera fusillé pour insubordination (l'épouse se retrouve veuve). Neel est finalement exécuté (la jeune mariée, par deux fois veuve).
La Veuve de Saint-Pierre (2000) est un film réussi, et n'en déplaise à une certaine critique qui n'a jamais ménagé le cinéaste d'origine tourangelle, après Ridicule (très bien) et La Fille sur le pont (itou), Patrice Leconte a tourné ici une fresque humaniste convaincante (inspirée d'un fait réel). A bien des égards. La Veuve de Saint-Pierre, avant tout, ne fait pas partie de ces films qui mettent une heure environ à planter le décor, et une autre heure à y loger une histoire extraordinaire pour faire oublier la toile de fond. Pas de succession de belles images touristiques (chromos qui figent la mise en scène) dans lesquelles viendront se fondre, c'est-à-dire se perdre, les acteurs, marionnettes d'un scénario tyrannique( de l'air !). Au choix : la relation ambiguë entre les trois personnages, souverains dans leur mutisme obtus dans un cinéma français où ça cause beaucoup (trop ?), ces regards qui en disent long ou trop peu, des attitudes qui deviennent formes, le caractère presque film-documentaire du récit, la beauté des paysages, entre autres choses, le contraste de lumière et d'ombre, une inquiétante étrangeté, aussi, l'insondable océan de douleur du veuvage, enfin, font de La Veuve de Saint-Pierre une oeuvre honorable à redécouvrir. On en sort tout chose. Ce n'est pas si fréquent, non ?


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Publié dans pickachu

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