Fantaisies funéraires (hommage à Alain Bashung)

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                       Le kabylo-alsacien Alain Bashung croise le juif franco-askhénaze Boris Bergman à la fin des seventies à Paris. Ils pondent en 1980 un truc qui marche : Gaby oh Gaby. Le rock français chavire, prend le large, tourné vers les grands espaces, le long de golfes loin d'être clairs. Pas la peine d'insister. Du cosmopolite (il est un des premiers potes à la petite main). C'est assez. Beaucoup de métaphores marines ; Jean-Marie fantasme des voyages en Asie, tandis que madama rêve de formes oblongues, et que Gisèle clappe dehors, le long du canal Saint Martin. Cool, cool. Engagé (enragé ?), à sa façon. Le roi de France ? "L'attitude d'un petit voyou sans envergure" (lu dans le Libération du lundi 16 mars 2009).  "Un âne se pavanne au bras d'une courtisane" chante-t-il en 1994. Prémonitoire ? Carlita "Tu m'as conquis/j't'adore". Point barre.
"Sommes-nous les eaux troubles/sommes-nous le souvenir", allez savoir. Bien sûr, "Bijou, bijou, le temps ça pourrit tout". Jamais la grosse tête, inutile de lui faire porter le chapeau. Simple comme bonjour. "A l'arrrière des Dauphines, je suis le roi des scélérats, à qui sourit la vie", gobeurs de stock-options, surtout. Pas son genre, ni son truc. Un prince (sans rire !). Une élégance à toute épreuve.  La Suisse, c'est où ça ? Pourtant sa petite entreprise n'a jamais connu la crise. Des moments de débauche. Avec Gainsbourg et compagnie. "Des ombres s'échinent à me chercher des noises" : torturé le rocker (coeur). Inquiétantes ombres chinoises. Bashung a aussi fait l'acteur. Telle Joséphine, il a osé. Pas seulement les jours fériés. Vertige du grand écran.
On l'a vu dans le Vercors, lanceur à l'élastique, voleur d'amphores, au fond des criques ; dans la belle séquence d'ouverture du film de Patrice Leconte Félix et Lola, où il campe un crooner las et ailleurs, dans un club interlope ; dans Le Cimetière des voitures, de Fernando Arrabal, dans lequel il est, benoîtement, à 33 ans, un "Jésus rock'n'roll", sans oublier L'ombre du doute (1992) d'Aline Issermann, où il incarne un père soupçonné d'attouchements sur sa fille de douze ans. Sa meilleure prestation. S'en suivront quelques seconds rôles plus anecdotiques. Il voulait nous chanter la mer, à en oublier le crabe. On sent comme un vide, "Des tristesses surannées, des malheurs qu'on oublie, des ongles un peu noircis". Il sera toujours cet étranger au regard sombre, un rebelle de nos villes de contraste. S'organiser désormais différemment. Ecouter Novice (nos vices ?) en boucle d'oreille. A celle qu'on aime: "Rendez-vous sur la lande, à l'endroit où l'on s'est épris", où résonne encore ton echo, où subsiste encore mon égo. "J'ai longé ton corps/épousé ses méandres", oh ! que oui. Souviens-toi. SOS à mort : "Plus rien ne s'oppose à la nuit". Est-il bien arrivé ? Amitiés.

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Publié dans pickachu

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