La ballade de Narayama (une soirée avec Charles Tesson)

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                                                                                Voici vingt ans, sous l'impulsion, de Jack Lang, naissait à Blois l'association Ciné'fil (merci à Martine Benchimol et Roger Maurice, qu'ils soient ici salués), la petite soeur des Studio. En 1999, le Président du moment, J.M.Genard, invita Charles Tesson, alors rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, pour débattre avec de nombreux spectateurs venus (re)voir Voyage à Tokyo de Ozu. On en parle encore aujourd'hui.
Pour la dixième édition du Festival de cinéma asiatique des cinémas Studio, Charles Tesson, désormais professeur à la Sorbonne, a accepté, ce vendredi 13 mars 2009, l'invitation de Lucie Jurvillier et de son équipe, tous soutenus par l'ensemble des salariés, afin de répondre aux questions des spectateurs, après la projection de La Ballade de Narayama, de Shoshei Imamura, Palme d'or au Festival de Cannes 1983 (dans le Japon médiéval, toute personne âgée de 70 ans se doit d'accomplir un pélerinage vers la montagne de Narayama, et y attendre la mort) . Il remettra ça en 1997 avec L'Anguille
Charles Tesson, comme à l'accoutumée, est brillant, précis, très rigoureux même, dans son exposé, d'une humanité exemplaire, et chacun aura apprécié sa modestie spontanée.  Les questions fusent, sur l'oeuvre d'Imamura, sur La Ballade de Narayama en particulier, bien sûr, sur la culture japonaise, la place du cinéaste dans le petit monde du Septième art nippon. La vieillesse ce naufrage ; la mort ce scandale. On passe du confucianisme à la religion shinto, en passant  par le bushido, le code d'honneur des samouraï, que vomissait Imamura (au contraire de Mishima, par exemple), cinéaste solitaire, antimilitariste, anticonformiste tout simplement, né à Tokyo en 1926, mort dans la même ville en 2006.
Soudain Charles Tesson ramasse son propos, laisser libre court à sa culture encyclopédique, sans effet de manche, afin de dresser un portrait exhaustif et laudatif, tout à la fois, de l'oeuvre d'Imamura : "La Ballade de Narayama présente toutes les obsessions artistiques du réalisateur de Pluie noire. Imamura est un observateur des forces enfouies qui mettent l'homme hors de lui, à cet égard, tout est tellurique dans le film que vous venez de voir. C'est un épicurien lucide autant qu'un naturaliste rigoureux. Celon lui, l'homme est un animal du besoin, un peu comme chez Bataille, il est mû par la quête de la nourriture -remarquez que son manque régit la communauté des paysans du film-, et entièrement dépendant de ses pulsions sexuelles, ce qui le ravale au rang de bête. Entomologiste des âmes, Imamura est passionné par l'étude des comportements humains. Si le regard qu'il porte sur la monstruosité de l'homme et de la société d'en haut est froid, voire glacial, il peut être en revanche chaleureux lorsqu'il se porte sur le peuple "vil" (himin), les éternels oubliés, les marginaux (le Puant dans La ballade), les minorités, ou les exploités, qui ont toute sa sympathie. Chez Imamura, enfin, la condition de l'homme est consubstantielle de celle du monde animal (et ils osnt très présents comme vous pu vous en apercevoir), de la nature plus généralement (le rythme des saisons dans le film)". Et notre invité de conclure : "Foucaldien, Imamura pense que la sexualité est révélatrice de l'organisation d'une société, de ses rapports de force". On est loin des Dossiers de l'écran. On pourrait l'écouter encore et encore, mais il se fait tard. Il glisse quelques mots encore avant de couper définitivement le micro, sur la force des liens parentaux au Japon, le respect des traditions et la soumission au(x) maître(s), l'esthétisation de la mort, la mort comme mise en scène, comme rite, comme règles à respecter scrupuleusement :" Le père a failli à sa tâche. Le fils doit laver l'honneur de la famille. La mère, dans l'épreuve de la mort, peut mourir en paix, elle a rétabli la lignée, "réussit" son fils, le moment fusionnel est d'ailleurs très fort".
Les spectateurs se lèvent silencieusement : il va falloir à présent digérer tout cela. Merci, vraiment, à toutes celles et ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Dix ans déjà : bon anniversaire au Festival de cinéma asiatique des Studio de Tours. Et longue vie !
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Publié dans pickachu

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