AÏE Hitler ! (rétrovision)
Papy fait de la résistace (1983,
de Jean-Marie Poiré, d'après une histoire originale de Christian Clavier et Martin Lamotte), avec ses 1 500 000 entrées, est l'un des plus gros succès du cinéma français. La
distribution explique en partie le phénomène : dans le désordre, Michel Galabru, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Martin Lamotte, Jacqueline Maillant, Dominique Lavanant, Jacques
Villeret, Josiane Balasko, Bernard Giraudeau, Jean-Claude Brialy, Michel Blanc, Jean Carmet, Pauline Lafont, Thierry Lhermitte, Jean Yanne, Roland Giraud (inoubliable Général Spontz), Jacques
François, Roger Carel, Julien Guiomar... C'est tout dire. Une liste à la Prévert. Ils sont tous irréprochables. Plus une répartition démocratique et sans douleur des apparitions de
chacun. Ce n'était pas gagné d'avance.
Paname 1940 : les Bourdelle, musiciens virtuoses notoires, refusent de jouer devant les nazis. En 1943, leur hôtel particulier est réquisitionné pour accueillir le
Général Spontz. La cohabitation est houleuse. Elle est d'autant plus difficile que l'un des membres de la famille n'est autre que le "Super-Résistant". La suite vaut sérieusement
le détour, vu que Papy fait de la résistance est d'une redoutable drôlerie, sans jamais tomber dans le mauvais goût, paradoxalement. Le comique de situation
fonctionne à plein régime, même s'il s'essouffle un peu vers la fin. Quant aux dialogues, ça déménage. La troupe du Splendide -elle s'est auparavant illustrée en 78-79 dans
les Bronzés de P.Leconte et dans Le Père Noël est une ordure, 1982, de J.M.P., déjà-, plus quelques pointures confirmées de notre cinéma national, et le tour est
joué. Un bémol cependant. D'accord, le film s'attaque assez adroitement aux images d'Epinal jusque-là majoritairement véhiculées sur la Résistance et la collaboration par le cinéma français.
Il évite, et ce n'est pas rien, le "Tous pourris" , style Uranus de feu Claude Berri. Soit. Malheureusement, une nouvelle fois, de La Grande
vadrouille (1966, Gérard Oury, très bien), jusqu'à Papy, en passant par La Septième Compagnie ou Opération Lady Marlène (73-78,
Robert Lamoureux) voire Le jour de Gloire (Jacques Besnard, 1976), force est de constater qu'ils le font en gommant systématiquement le tragique de l'Occupation (en
particulier la déportation des Juifs de France) à travers des oeuvres vaudevilesques parfois réussies (protéger le spectateur de la cruauté du monde ou/et ne pas effrayer le client ?). D'où un
deuil impossible, un passé qui ne passe pas : une zone d'ombres recouvre ces Années Noires de notre histoire. La vie politique française s'en fait de temps à autre l'echo ad
nauseam. Malsain et peu ragoûtant. Un film grave et grand-public sur le sujet est sans conteste envisageable, trente ans après la sortie de L'Armée des ombres de Jean-Pierre
Melville et de Lacombe Lucien de Louis Malle (sans oublier son Au Revoir les enfants, autobiographique, en
1988).
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