Négationnisme rouge/brun/niais
Il y a quelque chose de pourri au royaume de France : ça sent l'Etat français, Vichy 1940-44, donc ça pue. "Mort aux Juifs" entendu dans certaines manifs parisiennes et
provinciales, des artistes d'origine juive contraints d'annuler des spectacles (Arthur et Macias très récemment, pour Dieudonné, tout va bien, merci pour lui). Bientôt les Arabes à la
mer et les métèques dehors. Et les pédés au bûcher. C'est n'importe quoi. Des cimetières musulmans profanés. Le Pape tend la main aux intégristes. La gauche
défile avec le Hamas. Le gouvernement expulse. Fait du chiffre. Où va-t-on ? Pourquoi tant de haine ? Sans parler de la trahison des clercs. A quelques exceptions près. Une poignée
de jeun's, ce samedi 24 janvier 2009, distribue devant l'entrée de la Fnac, à Tours, des tracts niant la réalité des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis (un
jour, sur le territoire de la République, ou ailleurs, des malfaisants feront de même avec les traites négrières, les exactions de l'armée française en Algérie ou de
la CIA en Amérique latine, la collaboration, le colonialisme, la Saint Barthélémy, le génocide arménien ou cambodgien, voire le Goulag, on peut tout nier). Ils ont
vu ça sur internet, disent-ils, avant de se faire jeter par quelques passants scandalisés. Du révisionnisme bon enfant, ô combien pernicieux : le protocole des mages du
fion. Des images, sur internet, insistent-ils en partant, qui montrent qu'il y a eu manipulation de la part des Yankees, et qu'une nouvelle enquête doit être diligentée. Rien que
ça. Se sont-ils déjà rendus sur place ? Jamais. Internet qu'on vous dit ! Des individus, des groupes d'individus, autoréférents, qui ne s'astraignent à aucune rigueur
scientifique. Le journalisme de notre temps ? Un siècle d'épistémologie historique pour rien. Cinquante années de sémiologie pour du beurre. Le conspirationnisme relève
la tête. Le complot judéo-maçonnique hier, aujourd'hui les manipulations israélo-américaines. Demain ? Les extrêmes se rejoignent une nouvelle fois, avec les mêmes objectifs, et les mêmes
boucs émissaires : une même haine les habite. Sans parler des suiveurs, comme d'habitude, plus bêtes que méchants. Le pacte germano-soviétique en micro (nul doute que l'arrivée au
pouvoir de Barack Obama les rend malade, ils ont perdu gros avec le départ de G.W.B.). Pour le moment. Dangereux quand même. En arrière plan : les images, leur place à l'heure du
numérique, leur rôle, leur pouvoir, en somme, un invariant dans un monde qui change. Le lâche silence munichois des intellectuels laissent pantois. Ils n'ont que ça à faire ces jeunes
étudiants, au look baba cool seventies ? Le Proche Orient ? C'est loin ! Le Darfour ? Connaissent pas. Le Zimbabwe et le choléra ? Non plus. Le Tibet ? Le quoi ? Pas d'images, pas de
déballage de l'horreur : aucune existence, alors... La paupérisation de nos sociétés ? Tu rigoles, mec. Le Che ? Hasta la victoria siempre ! A gerber. Honte. Nos jeunes
élèves valent mieux que ça.
L'analyse de l'image enseignée dans le secondaire montre ici ses limites. Tout comme l'enseignement de l'Histoire -"L'Histoire ne nous apprend rien" dit le grand historien Paul
Veyne dans la revue Science humaines de décembre, qu'en penser ?-, et, bien sûr, l'instruction civique. Notre époque de basses eaux idéologiques va devoir tout
repenser. Qu'est-ce qu'une image en 2009 ? Les iconologues, et autres cinéphiles, ne peuvent pas rester sourds à ce défi, indifférents à ces ignominies. En
attendant, relire l'excellent ouvrage de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, "L'Effroyable mensonge, thèses et foutaises sur le 11 septembre" et celui de Régis Debray
"L'Intellectuel face aux tribus". Et l'incontournable bande dessinée de Will Eisner, "Le Complot, l'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion". Nous
en sommes là (las ?).
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