sophie et jean

Publié le par facquet

s.s.jpg                                                           Sophie et jean : années 40

 Du 8 avril au 3juillet 2006, à l'occasion du 20ème anniversaire de sa mort, Jean genet est à l'honneur au musée des Beaux-Arts de Tours. Une ex position lui est consacrée. sa vie, son oeuvre : un écrivain majeur du 20ème siècle, à n'en pas douter. Genet a également fait un bout de chemin avec le cinéma. Il a réalisé en 1950 Un Chant d'amour. Sa durée : 25 minutes. Enkystés, deux tôlards communiquent à l'aide d'un trou creusé dans le mur, sous l'oeil lubrique du maton qui les zieute par le Judas. Judas un mot qui tombe à pic : lui qui se définissait comme "le traîte, le lâche, le voleur, le pédé". Les progressistes patentés chérissent celui qui a été enrôlé dans un grand nombre de causes. Il est de tradition d'être au côté des opprimés. De la dénonciation du carcéral déshumanisé, jusqu'à la défense des droits légitimes du peuple palestinien, en passant par celle de la dignité des homosexuels, Genet fut de tous les combats, ou presque. Un grain de sable grippe pourtant cette machine bien huilée : sa fascination pour Hitler et le nazisme, son dégoût des Juifs polluent son oeuvre : "On me dit que l'officier allemand qui commanda le carnage d'Oradour avait un visage doux, plutôt sympathique. Il a fait ce qu'il a pu -beaucoup- pour la poésie. Il a bien mérité d'elle" (Pompes funèbres, 1947). Sans parler de son apologie de la vie dangereuse, de la lutte pour la vie, de son exécration de la démocratie... Alors la contestation des bonnes moeurs...Cela va mieux en le disant.

Le 21 février 1943, deux jeunes étudiants allemands, Sophie Scholl (21 ans) et son frère Hans, militants chrétiens antinazis, fondateurs du groupuscule secret La Rose Blanche, sont décapités en compagnie d'un de leurs camarades. Le film de Marc Ruthemund, Sophie Scholl, Les derniers jours (2005), a été quelquefois égratigné. De facture  trop classique pour certains, pour d'autres : une nauséabonde odeur d'encaustique ; tous s'accordent pour trouver la mise en scène paresseuse. Aveuglés par leurs certitudes, ils sont passés à côté du portrait bouleversant d'une jeune femme qui choisit de mourir pour des idées, pour une cause qu'elle pense juste. En conscience. La vraie Sophie Scholl est interprétée avec toute la conviction possible par l'étonnante Julia Jentsch (à suivre) : à la fois intense et délicate, désarmée et indestructible. Les nazis la dévisagent avec rage : jamais elle ne perd la face. Là réside la force admirable du film : les images servent l'humanité d'un visage, reflet éclairé de la foi en un idéal de liberté. C'est le sort du visage au cinéma qui en cause ici. De quelque façon qu'on l'envisage, rien ne vient défigurer l'obstination crâne de ces jeunes résistants.
Sophie Scholl sort de l'atelier clandestin, le soleil darde ses rayons sur Munich (Adolf),  elle en saisit toute la douceur : la lumière éclaire avec une extrème netteté son joli minois. Emprisonnée, digne et silencieuse, elle fixe les nues à travers une fenêtre qui laisse entrer un filet de lumière, irradiant, un regard soudain apaisé. Les exemples sont légion.  Les lumières de la foi? Sophie Scholl était  protestante ; les lumières de la raison? elle était aussi une démocrate invétérée. Tout à la fois. Sophie et Jean : années 40.
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Publié dans pickachu

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