Zéro de conduite (2)
En parler une dernière fois, ici, puis se taire, partout ailleurs, avec qui que ce soit, et pour longtemps. Being W de Karl Zéro et Michel Royer sur Arte ce mardi 28 octobre. A l'instar de
l'odieux M.Moore, Zéro et Royer utilisent la même rhétorique propagandiste que ceux qu'il fustigent dans leur film -le Président G.W.Bush et son clan-, d'où un malaise certain, une vraie nausée
même (ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous), devant cet antiaméricanisme primaire, aussi bête que mêchant. Le commentaire off est d'une arrogance stupide toute française. Le montage est
un cas d'école de manipulation cinématographique. Il ne s'agit pas ici de défendre le bilan catastrophique de huit années de présidence républicaine, non, loin de là (cf. le Charlie Hebdo de
cette semaine). Uniquement défendre une certaine probité artistique et intellectuelle. Dans le film, le mensonge assumé (Bush est méthodiste, pas évangéliste, ce qui change pas mal de choses), la
caricature simplette comme arme de destruction massive (Bush n'est pas idiot -réac, oui! Un acharnement manichéen petit bras), la démagogie à tout va (mentons, mentons, il en restera toujours
quelque chose), le populisme latent (seul l'intérêt financier et/ou personnel guide le politique, une ironie un brin xénophobe), la psychologie de comptoir (papa et maman n'aiment pas W), les
raccourcis en tous genres (les attentats du 11 septembre sont évoqués avec beaucoup de légèreté), la méchanceté gratuite (les attaques ad hominem stériles faisant fi des circonstances historiques),
les falsifications grotesques (Sadam Husein n'était pas un facteur de troubles au Moyen Orient...), les approximations délibérées (exagération de l'hyperpuissance américaine), les citations
tronquées (lambeaux de déclarations publiques ou privées), un procès à charge contreproductif (les mêmes, il y a 25 ans, préféraient déjà Andropov à Reagan) sont un bon fond de commerce dans un
pays comme le nôtre, où la haine des Etats-Unis d'Amérique est un sport national. Font-ils pour autant avancer le débat ? Accouchent-ils de films qui resteront ? A l'évidence non. Un empilement
poussif, un bricolage laborieux, à défaut d'une mise en scène appropriée : voilà le résultat. Bush a été réélu en 2004 malgré M.Moore et sa Palme d'or à Cannes (honteuse). L'un et l'autre dans leur
domaine et avec leur style ne laisseront pas une image positive de leur travail. Le mensonge à ce niveau est un crime difficilement pardonnable. Mentir pour la bonne cause, disent les fans de
Moore. Sans nous, définitivement. Nul ne ment innocemment. Moore, Sauper, comme Zéro et Royer, ont jeté pour longtemps le discrédit sur un genre cinématographique qui avait pourtant ses lettres de
noblesse (Ivens). La suspicion rôde à présent. L'incrédulité gagne. Nous sommes en droit de le leur reprocher. Désormais, silence radio. Le combat fut âpre toutes ces années. Grosse fatigue, énorme
déception. Etrange lassitude. Vraie solitude, surtout. Coupez.
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