Fausse piste (génie de Raoul Walsh)

Publié le par facquet

       

     

 

                                                                                                                                                                                                                                                      

Un lieu commun fait des Etats-Unis d'Amérique une nation structurée essentiellement par une religiosité rétrograde toute-puissante. Le médiologue Régis Debray à tout bout de champ l'assène ad nauseam : l'Amérique tient en équilibre sur deux jambes : le dollar (toujours plus) et Dieu (in God they trust).
Entre autres, serions-nous tentés de dire, tant la simplification appauvrit la réflexion, comme l'excès confine à l'insignifiance.
N'empêche ! Prenez La piste des géants (1930), de Raoul Walsh, avec le jeune John Wayne, film matrice des westerns épiques sur le Farwest. Breck Coleman (J.W.) accepte de guider un convoi du Missouri à l'Oregon. Il soupçonne Flake et Lopez, les deux chefs de la caravane, d'être les assassins d'un des ses amis. Les deux hommes cherchent par tous les moyens à l'éliminer. En vain. Breck mène à bien sa mission, ne faillit pas à ses responsabilités, après moult péripéties. Il n'oublie pas en route de tuer Flake, quant à Lopez, il meurt gelé. Bon débarras.
Vient ensuite le repos du guerrier. Breck épouse la jolie Ruth Cameron rencontrée pendant le périple. C'est en Ruth que Breck trouve le bonheur.
Une prière au départ, une autre à l'arrivée, l'affaire semble a priori expédiée en cinq sec. Méfiance. Walsh filme moins le Farwest que l'Exode, 26 ans avant Cécil Bount DeMille et ses Dix Commandements. Voyons voir.
D'abord il y a Ruth (signifie amitié, réconfort), la jeune mariée. Personnage biblique, Ruth la Moabite, parangon de courage et d'abnégation, a fait elle aussi un long voyage semé d'embûches. En outre, le film durant, chacun évoque, avec ses mots, la Terre promise, leur but commun, tout à l'Ouest.
Breck, tel Moïse ou Josué, mène ses ouailles avec détermination, se fâchent lorsqu'ils le rejettent ou ne cessent de maugréer sur les conditions difficiles des pérégrinations, en est souvent déstabilisé, rend la justice à l'occasion, avec sévérité, voire tout seul.
La séquence de la traversée du désert est à cet égard exemplaire (tel Moïse, encore, Breck aide les siens à se surpasser afin de surmonter les épreuves nombreuses qu'ils rencontrent). Les vallées de l'Oregon, enfin, avec à l'horizon les Montagnes Bleues, sont magnifiées par la caméra de Walsh (Breck et les rescapés, à l'image du prophète monté sur le Mont Nébo, contemplent de loin les terres fertiles), elles témoignent de la beauté et de la richesse possible du pays promis, pays d'abondance : une vision mysthique de l'histoire nationale (la qualifier de Terre promise oblige Walsh à en refouler les aspects négatifs). Vous cherchez Buffalo Bill, vous trouvez Dieu. En piste les géants, les pieds sur terre, la tête dans les cieux : Yahveh reconnaîtra les chiens. Jericho via Portland. Quid des Indiens ? Ils font tâche dans le décor, forcément.
                                                                                                                                                                      of 

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Publié dans pickachu

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