Série gagnante
Il est de bon ton de dauber la qualité des séries télévisées françaises, à juste titre
au demeurant. Force nous est de reconnaître qu'en ce domaine, les Américains ont toujours placé la barre très haut, pour garder une longueur d'avance sur leurs concurrents malheureux, et ce, de
Colombo à Prison break, en passant, entre autres, par Les Envahisseurs ou Les Soprano. La concurrence est âpre. La médiocrité crasse et tenace des sitcoms (comédie de
situation au Québec) made in France est notoire, personne n'a oublié à cet égard l'épouvantable Miel et les abeilles, et bien sûr l'indigent Hélènes et les garçons, pour ne rien dire
de Plus belle la vie, ne pas se faire plus d'ennemis encore. A preuve du contraire, il va sans dire. Là aussi, les médailles d'or ne sont pas légion. Franchir en conséquence l'Atlantique :
se consoler avec Friends, par exemple. Plus tout à fait, cependant. La chaîne du cable Série Club rediffuse en effet en boucle, depuis de nombreuses semaines désormais,
Faites comme chez vous, un truc bien de chez nous. Surprise, ça tient la route, et on en redemande (ce qui, du reste, ne veut strictement rien dire, accordé). Continuons donc.Les figures imposées du genre, bien que respectées (dérision tous azimuts, ironie de rigueur, joutes verbales piquantes systématiques, unité de lieu, dédramatisation des enjeux, personnages stéréotypés, scénarios balisés et consensuels) sont toutefois un tantinet bousculées, ce qui donne un certain charme à Faites comme chez vous, et, osons l'avouer : un certain prix.
Deux soeurs décaties et aigries ; Un couple homosexuel bobo (la trentaine environ), un autre hétéro bobo (la vingtaine, peut-être) ; une mère, son fils, père d'une gamine de 10 ans ; le président du syndic (Monsieur Costa) et son épouse (Madame Costa), leur ado de fils et une jeune fille très jolie ; le concierge Gilles, unique ; deux jeunes femmes célibataires et charmantes, Babette et Elsa, une bombe blonde ; bientôt un couple de parvenus ruiné, flanqué de leurs deux fils, très jeunes adultes ; sans oublier le loueur de DVD, leur voison ; tout ce petit monde cohabite cahin caha dans un immeuble parisien plus tout frais, où règne dans la difficulté une certaine mixité sociale et sexuelle vraisemblable. L'utilisation habile de l'exiguïté des lieux est surprenante : une mise en scène nerveuse et primesautière séduit. Les dialogues sont bien écrits, efficaces, toujours drôles, souvent intelligemment incisifs, ils offrent en outre plusieurs degrés de lecture, il y en a ainsi pour tout le monde, pas de jaloux. Nos petits travers sont subtilement moqués, mis en relief sans lourdeur. Faites comme chez vous n'est pas coupé du monde, le sitcom, entre burlesque et satire sociale, se fait au contraire l'écho de nos joies, nos peines et autres mesquineries du temps présent. Les personnages sont tous bons, et, quoique typés, jouent effrontément avec les lignes, cherchent à les déplacer, frôlent plus qu'à leur tour l'atypie, d'où parfois ce joyeux bordel ambiant communicatif, ce ton timidement libertaire, un brin subversif. De là à affirmer que Faites comme chez vous résiste à l'air du temps, aux idéologies dominantes, voire à la pensée unique (c'est quoi ?), il y a un pas que nous ne sauterons pas (savoir se tenir).
Une mention particulière pour Monsieur Costa ("Président du syndic", aime-t-il se présenter au tout venant), et pour Gilles et sa copine par intermittence, Babette, qu'on reverra très bientôt, à coup sûr. Des personnages hauts en couleur, généralement à la hauteur de ce qui les fait tenir debout (c'est rare), et attachants, oui, car plus complexes qu'à l'accoutumée. Sans démagogie, tout en finesse, en douceur même. Une réussite raffraîchissante. of
Publicité