Mise au vert (2)

Publié le par facquet

Quelle mouche les a piqués ? Ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère. Le nouveau film de M. Night Shyamalan (Le Sixième sens, Incassable, Signes, Le village, La Jeune fille de l'eau) clive comme toujours et le publc et la critique. Emmanuel Burdeau (Les Cahiers du Cinéma) et Jean-Baptiste Thoret (Charlie Hebdo), à cet égard, chacun avec son style, ses arguments, éreintent sévèrement Phénomènes, le dernier chef-d'oeuvre du cinéaste américain (subitement, un mal frappe sans dicernement : des milliers de personnes meurent aux Etats-Unis d'Amérique dans d'étranges circonstances).
-Le titre du papier rédigé par J.B.Thoret (Charlie du 18 juin) annonce la couleur : "Arrogant + creux = subtil". Vaste programme se serait exclamé le Général. Un coup de griffe en passant aux copains des Cahiers qui jugent seuls subtils les films du moment technologiquement en phase avec leur époque. Bonjour l'ambiance.
-Le rédacteur en chef de la revue (Les Cahiers) ne ménage pourtant pas Phénomènes, tant s'en faut  (en gros, pas grand-chose à sauver). Pour la subtilité, il faudra repasser, Phénomènes devra faire des efforts. Il tire à boulets rouges comme en quarante : "Le découpage a perdu sa force de fer. Il n'est pas aisé de recadrer en pleine verdure. Le pressentiment d'un bougé de feuilles ne vaut pas la survenue d'un fantôme sur le pas d'une porte. Tout cela est bien étrange" ; ou encore, "les gags et les trouvailles de cadre se comptent sur les doigts d'une main" ; ça décoiffe, sans convaincre toutefois.
Emporté par sa dextérité intellectuelle, E.Burdeau ne s'entend pas proférer une énormité : "L'humanité multiraciale de ses films est absente de Phénomènes". Soit nous n'avons pas vu le même film, soit la consultation urgente d'un ophtamologiste s'impose. Laissons les lecteurs/spectateurs seuls juges (voir Phénomènes, vraiment). N'empêche ! La diversité ethnique du film saute aux yeux. Passons (avant d'y revenir bientôt). Bien sûr il a été charcuté avec minutie au montage, il nous arrive donc bancal, ce qui en fait un grand film malade, un grand film tout court, finalement. On en veut pour preuve les séquences rurales tournées dans la maison interlope d'une vieillarde acariâtre, d'une étrangeté inquiétante, où échouent trois survivants en petite forme, un brin tendus (on le serait à moins). Par la virtuosité de la mise en scène (sobre), du montage (au cordeau) -pas d'artifices surperflus-, grâce à une direction d'acteurs maîtrisée, voire aboutie (la scène du repas, époustouflante), M.N.Shyamalan (au sommet de son art, n'en dépaise à nos deux critiques germanopratins) filme-là un précieux moment de suspens -le temps suspend son vol-, et une déclaration d'amour d'anthologie (pas de plaisir sans gêne). Rien que pour ça, Phénomènes vaut le détour. Ne pas s'en priver, entre autres pour le bruissement du vent dans le feuillage des arbres, son souffle sur les prés, comme  vous ne les avez sans doute jamais vus. Sans oublier les fausses pistes, autant de pièges à gogos : les tourments écologiques, les angoisses d'apocalypse, voire le terrorisme pandémique. Le cinéma a les serviteurs qu'il mérite. Tant mieux.   of

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article