A l'Est, du nouveau !
Bref rappel : le cinéma, disions-nous récemment, s'est
rarement aventuré sur les terres inhospitalières du goulag soviétique sibérien -aucun film majeur notoire (à preuve du contraire, bien sûr). Pourquoi ? Différons dans l'immédiat la réponse, si
réponses(s) il y a, présenter plutôt les oeuvres des quelques cinéastes qui ont permis un véritable travail d'introspection de l'histoire russe contemporaine, du goulag en
particulier.Au royaume du nanar, Ilsa, la tigresse du goulag (1977), règne en maître. Ce porno soft canadien de Jean Lafleur (sic), goulûment imbécile, certainement se regarde d'une main, sans doute s'oublie sans mal, répond surtout aux mêmes pulsions perverses que "La louve chez les SS", en moins putassier, paraît-il. Pas vu, pas pris... Du crétinisme en barre, assurémént. Passons.
ZEK, l'international du goulag (1994, France3), est un documentaire de Thibault d'Oiron et Peter Hercombe : des prisonniers politiques du monde entier dans les geôles communistes, ils étaient Américains, Allemands, Britanniques, Chinois, Français, Italiens ou japonais, ils croupirent des années durant en Sibérie, l'abandon lâche de ressortissants étrangers par leur gouvernement, une plongée dans l'histoire récente russe, encore brûlante, voire douloureuse, sous la neige et la glace, une plongée dans les archives secrètes du KGB, en compagnie de survivants de l'Archipel, d'anciens ZEKS, toujours emprisonnés, d'une manière ou d'une autre, dans l'ex-URSS. Indispensable (Sollers a raison, si "le goulag est une revanche par rapport à l'Inquisition, où est le progrès ?"). A voir.
Découverte du documentaire Goulag (2000, 2x120mn), d'Hélène Châtelain et Iossif Psarenak (coréalisateurs en 1995 d'un remarqué Makhno Nestor, un paysan d'ukaraine) : images d'archives en noir et blanc et entretiens en couleur de survivants, entremêlés. Les grands camps du Nord, ceux de la Kolyma, surtout :15 millions de déportés, la moitié n'est jamais revenue. Un documentaire d'une sobtiété abrasive. Donner voix et figures aux victimes anonymes de la déportation et de la terreur érigées en système. Le voir très bientôt.
Commen, enfin, avoir pu l'oublier, celui-là ? Le cinéaste russe Pavel Lounguine (Taxi blues, Luna Park, Un nouveau russe), se rend en 1991 dans un goulag pour Envoyé spécial (France2), à la rencontre des prisonniers, à Pylim, près de Sverdlovsk, la capitale de l'Oural. Un reportage terrible et dérangeant (malaise moral), tout à la fois. Des individus incarcérés dans des conditions inhumaines ; leur force, leur dignité, leur joie aussi, le bonheur parfois, et des caïds menaçants au milieu de pauvres hères apeurés : la fin d'une époque qui ne veut pas mourir. Une obsolescence embryonnaire. Se le procurer rapidement.
L'enquête se poursuit. Toujours aucune fiction digne de ce nom sur le goulag. A votre bon coeur ! of
Publicité