Famille je vous aime : L'Homme qui en savait Trop (1956) d'A. Hitchcock.

Publié le par O.facquet

L'Homme qui en savait trop - Film 1956 - AlloCiné

"Le mensonge n'a qu'une jambe, la vérité en a deux"

Proverbe Hébreu

"A quoi sert-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme ? Que donnerait un homme en échange de son âme ?"

La Bible : Evangile selon saint Marc 8.36- 37

 

L'Homme qui en savait Trop est un thriller américain d'Alfred Hitchcock en couleur, en forme de film d'espionnage, sorti en 1956. Le réalisateur en avait déjà tourné en 1934 une première version. Communément, cela se nomme un remake.

 

The Man Who Knew Too Much (1956) - YouTube

 

Après des vacances en Europe (Paris, Lisbonne et Rome), une famille lambda nord-américaine, composée du docteur Benjamin « Ben » McKenna (James Stewart), de son épouse « Jo», Josephine McKenna (Doris Day), une chanteuse autrefois de renommée mondiale, et de leur fils Hank (Henry, Christopher Olsen), séjourne quelques jours en Afrique du Nord, plus précisément au Maroc, qui reste encore pour quelques mois un protectorat français au moment du tournage. Le drapeau tricolore flotte sur les bâtiments officiels, et les forces de l'ordre françaises patrouillent dans les rues.

 

L'Homme qui en savait trop (Alfred Hitchcock, 1956) - La Cinémathèque  française

 

Dans un car qui les mène de Casablanca à Marrakech, ils font la rencontre de Louis Bernard (Daniel Gélin), un homme d'affaires amène mais énigmatique, qui les presse sans répit de questions de toutes sortes, ce qui éveille la suspicion de Jo.

 

L'Homme qui en savait trop - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

Le couple ignore que Louis Bernard travaille comme agent pour le Deuxième Bureau (service de l'armée française chargé de l'analyse du renseignement). L'espion les a confondus avec Edward Drayton (Bernard Miles) et sa femme (Brenda de Banzie), tous deux agents secrets britanniques en mission qui se font passer pour des touristes.

 

L'Homme qui en savait trop - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

Le corps de Louis Bernard, travesti en autochtone, est retrouvé sans vie planté d'un couteau dans le dos près de la célèbre place publique Jemaa el-Fna à Marrakech, au Sud-Ouest de la médina.

 

L'homme qui en savait trop » d'Alfred Hitchcock (1956) - IN THE MOOD FOR  CINEMA

 

Peu de temps avant de se mourir, dans un ultime souffle, Louis Bernard confie à Benjamin McKenna qu'un projet d'attentat contre un homme d'État étranger se prépare à Londres, où il serait opportun de prendre contact avec un certain « Ambrose Chappell ». La famille McKenna est convoquée par la police française du coin comme témoin du meurtre de Louis Bernard. Afin de les faire taire pour qu'il ne révèle pas le secret, des espions ennemis enlèvent leur fils Hank.

 

Prime Video: L'homme qui en savait trop (1956)

 

Après avoir quitté le pays pour se rendre à Londres, une fois sur place le couple se met immédiatement à la recherche de leur progéniture.

 

L'Homme qui en savait trop - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

Le couple sillonne la capitale britannique, leur enquête les conduit tout d'abord sur une fausse piste, chez des taxidermistes nommés Ambrose Chappell, qui n'ont jamais entendu parler de Norman Bates -une séquence que son inutilité même rend précieuse. La famille poursuit sa quête dans un quartier populaire de Londres, à la chapelle Saint-Ambroise ; elle y déniche le repaire des Drayton, les ravisseurs, un couple de pasteurs, flanqué de deux complices : Edna, une femme disgracieuse qui est chargée de surveiller Hank et s'applique à jouer de l'harmonium, et un ombrageux et patibulaire tueur à gages aux aguets.

 

L'homme qui en savait trop, The man who knew too much, Alfred Hitchcock,  1956 - Le blog d'Alexandre Clément

 

Durant un concert donné au Royal Albert Hall, Benjamin McKenna parvient de justesse à faire capoter l'attentat qui visait un premier ministre étranger. Plus exactement, c'est Jo McKenna qui le fait échouer in extremis en devinant le tireur, puis en poussant un cri lors d'un silence, juste avant le moment que le tireur attendait pour commettre son assassinat. Lors d'une rixe avec Benjamin McKenna, le tueur chute et meurt. La suite appartient aux curieux.

 

Film » Der Mann, der zuviel wußte | Deutsche Filmbewertung und  Medienbewertung FBW

 

Avec L'Homme qui en savait Trop, Alfred Hitchcock, ce cinéaste qu'on dit misogyne, fait de son actrice principale une femme perspicace et courageuse, à ne pas confondre toutefois avec cette soi-disant intuition féminine. Jo est également une mère équilibrée, loin des portraits de furies auxquels le cinéaste nous a habitués. Jo perce les gens à jour, l’œil acéré et l'intelligence vive. Son mari a souvent un avion de retard sur son épouse. Benjamin paraît généralement empoté et hésitant. Au risque de mettre son fils en danger, Jo contrecarre la tentative d'assassinat, puis sauve Hank par la hardiesse de sa voix dans les salons d'une ambassade, avec une chanson qu'ils fredonnent souvent ensemble, Que sera, sera. Du reste, Jo tranche avec les blondes hitchcockiennes hypersophistiquées, plus ordinaire ou d'apparence plus accessible qu'une Grace Kelly par exemple. Exceptionnellement, hormis la disparition momentanée de son fils, l'interprète féminine est considérablement moins malmenée qu'à l'habitude et ne profite pas à la libido frustrée d'Alfred Hitchcock.

 

L'Homme qui en savait trop - Film (1956) - SensCritique

 

Doris Day a d'ailleurs insisté pour que son personnage soit le moins possible sexualisé -cela est consigné dans le contrat-, à telle enseigne que le léger flirt envisagé avec Louis Bernard disparaît du scénario. Il n'empêche que lors de leur rencontre dans l'autocar, le regard de Jo ne trompe pas sur la séduction qu'exerce sur elle le passager français.

 

L'HOMME QUI EN SAVAIT TROP* - LES ENFANTS DU CINOCHE

 

Ne faisons pas du film cependant une œuvre féministe, ce serait aller vite en besogne : Benjamin McKenna met en valeur sa virilité à deux occasions, en envoyant ad patres deux méchants. Surtout, Jo a abandonné sa carrière pour vivre avec son époux à Indianapolis où elle se morfond et le fait savoir, ce qui laisse entendre que l'existence d'une femme n'en serait dispensée que dans le sillage d'un homme. Ben, avec insistance, malgré le refus de Jo, la calme à l'aide d'anxiolytique lorsque l'inquiétude l'envahit après la disparition de Hank. Agit-il de la sorte quand elle se languit dans l'Indiana, dépérit, loin de New York où elle souhaiterait vivre ? Espérons que ce ne soit pas le cas.

 

L'Homme qui en savait trop”, un Hitchcock au suspense magistral

 

N'importe : Jo est un personnage solaire et positif, qui fait avancer le film, donc son intrigue. Ce n'est pas la première fois que chez Alfred Hitchcock une femme fasse preuve d'une bravoure ingénieuse à l'égal de la gent masculine : dans Les Enchaînés (Notorious) en 1946 ou dans Fenêtre sur Cour (Rear Window) en 1954, entre autres.

 

L'homme qui en savait trop - La Cinémathèque québécoise

 

Hank (Henry), quant à lui, n'est pas un personnage périphérique. Il se fait remarquer d'entrée en retirant par inadvertance le voile d'une femme musulmane dans le bus qui les mène à Marrakech. Le couple frôle l'incident diplomatique à la suite d'un geste maladroit mais involontaire. C'est dans ce contexte que le couple fait la connaissance de Louis Bernard. D'ordinaire, les enfants n'apparaissent que furtivement dans les films d'Alfred Hitchcock (voire l'adolescent irritant et raisonneur dans L'Ombre d'un Doute en 1943), quand ils n'en sont pas tout simplement absents. Nous retrouvons Hank à la toute fin de L'Homme qui en savait Trop manifester une vaillance stoïque remarquable, à l'instar de son père.

 

L'homme qui en savait trop, The man who knew too much, Alfred Hitchcock,  1956 - Le blog d'Alexandre Clément

 

A ce titre, L'Homme qui en savait Trop est un film familial, nul besoin d'attendre la fin pour voir un couple se former dans la douleur comme souvent chez le réalisateur, puisque nous savons avec Jean-Luc Godard qu'Alfred Hitchcock est « un cinéaste du couple », un faiseur de couple. Ben et Jo forment un binôme assorti, une complicité sans accroc les lie, un respect mutuel les porte, la venue d'un deuxième enfant est même envisagée sereinement ; en somme, pas de doute : ils s'aiment. Un bien-être conjugal plutôt rare chez le réalisateur anglais. Le plus souvent des couples se font après moult péripéties, mais d'autres se défont sans délicatesse, d'une manière ou d'une autre. Jo, Ben et Hank forment une famille nucléaire modèle de l'Amérique des années 1950. En outre, les deux partagent équitablement l'éducation de leur enfant.

 

L'homme qui en savait trop

 

Il n'est pas fortuit à cet effet qu'Alfred Hitchcock leur ait donné des surnoms qui font oublier au fil du film leurs prénoms de naissance. A telle enseigne que le couple choisit de se passer la plupart du temps de la police (Scotland Yard) afin de retrouver la trace du fiston. Il se sent assez soudé pour l'accomplir par ses propres moyens : capables d'accès d'héroïsme, les McKenna ne sont pas de simples observateurs en marge de l'action, ballottés par les événements, tant s'en faut.

 

L'Homme qui en savait trop - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

L'escapade au Maroc, souvent jugée insipide par des critiques empressés, ne plante pas seulement le décor, elle est essentielle à la suite londonienne du film. Le cinéaste accorde beaucoup de liberté à ces interprètes et laisse sa caméra s'attarder, là sur un chameau, ici sur un spectacle sur la place Jemaa el-Fna, voire sur un objet insolite.

 

Voici une scène tournée à Marrakech dans les années 50 ... du film "L'Homme  qui en savait trop" (The Man Who Knew Too Much) ... un film américain  d'Alfred Hitchcock, sorti en

 

Ils voyagent comme des millions d'occidentaux commencent à le faire à cette époque. Découvrir l'Afrique du Nord sur un grand écran reste néanmoins une expérience incomparable pour ceux qui majoritairement n'ont pas encore la chance de pouvoir parcourir le monde, et qui plus est ne possèdent pas de poste de télévision à la maison : une forme de tourisme par procuration au sein d'un exotisme à grand spectacle. Ne pas oublier que nous sommes à l'orée seulement des Trente Glorieuses. Surtout, dans la dernière scène du film, lorsque les MC Kenna retrouvent leur chambre d'hôtel, où les attendent des admirateurs de Jo, leur attitude décontractée suggère qu'ils vont simplement raconter un séjour paisible dans la capitale du Royaume Uni. Des touristes ordinaires impatients de relater par le détail leurs pérégrinations londoniennes. Sans plus.

 

L'Homme qui en savait trop (The Man who knew too much) d'Alfred Hitchcock -  1956 - Shangols

 

De surcroît, la première partie du film permet à des gens ordinaires de vivre bientôt une expérience extraordinaire. Ce qui n'est pas négligeable, et pour le spectateur, pour lequel l'aventure se trouve peut-être au coin de la rue, et pour l'intrigue proprement dite. Le rocambolesque comme remède à l'ennui du monde moderne. Alfred Hitchcock regarde le monde autour de lui, et nous intime à faire de même. Tout se marie dans L'Homme qui en savait Trop : la rêverie contemplative et l'action, le tournage en extérieur ou en studio, le spectaculaire et le sentimentalisme domestique, le document et la ruse. Le cinéaste tourne un film composite, d'où qu'il cherche par moments à recueillir l'attention du spectateur, quand d'autres fois, il le laisse facétieusement livré à lui-même. Un subtil équilibre.

 

L'homme qui en savait trop | Le blog de Xavier Denecker

 

Les mêmes critiques ont jugé l'humour de l'entame du film guère raffiné. Il s'agit de s'inscrire en faux contre cette observation injuste et injustifiée. La séquence qui se déroule dans un restaurant marocain est impayable, laquelle voit Ben ne pas savoir quoi faire de ces jambes interminables, engoncer dans un costume qu'il ne quitte jamais, s'affaisser dans des coussins traditionnels, inconfortables eu égard à sa stature, changer de place en vain avec son épouse Jo, mi dépitée mi amusée, le tout fait penser à un film muet d'antan, avec Charlie Chaplin ou Buster Keaton à la manœuvre. Une réussite incontestable. Dans la même séquence, les Mc Kenna peinent comiquement à manger avec les mains la tajine qu'on leur propose. Un moment irrésistible, où le touriste de passage est moqué avec une tendre ironie.

 

L'homme qui en savait trop, The man who knew too much, Alfred Hitchcock,  1956 - Le blog d'Alexandre Clément

 

Il serait raisonnable de revenir sur cette scène d'anthologie au Royal Albert Hall. Soyons déraisonnable et posons une question : comment filmer l'immatériel ? Précisons notre propos. Quand dans les salons de l'ambassade Jo se met à entonner Que sera, sera, un air que son fils reconnaîtra, Alfred Hitchcock suit l'écho de sa voix en faisant gravir la caméra, d'étage en étage, jusqu'à la chambre où les kidnappeurs retiennent le jeune Hank qui distingue enthousiaste le timbre chantant étouffé de sa mère. L'ascension dure quelques secondes insupportables, personne à l'horizon, et qu'est-ce que le suspense, si ce n'est un vide qu'il faut combler. Hank appelle à l'aide.

 

Trailer [OV]

 

Ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Ben profite de cette diversion musicale pour s'élancer dans les escaliers afin d'explorer les lieux. Une des séquences les plus fortes du cinéma d'Alfred Hitchcock. De presque rien constituer un tout.

 

Histoire de la musique de film | Ciclic

 

Du grand art. L'art de la mise en scène brut, sans ressort métaphysique : Claude Chabrol et Rohmer, dans leur incontournable Hitchcock (1957), estiment cependant que l'intrigue du film sert surtout de prétexte à enregistrer une terreur d'ordre métaphysique ; les plongées sur le couple dans Le Royal Albert Hall figureraient ainsi la force du destin se mêlant soudain de contrarier ou de rehausser des vies ordinaires ; quoi qu'il en soit, le cinéaste est un poète autant qu'un professeur de style.

 

L'Homme qui en savait trop : Pourquoi Alfred Hitchcock a-t-il décidé de  remaker son propre film ? | Premiere.fr

 

Bien sûr, ne pas oublier les fameuses cymbales qui devaient couvrir la détonation criminelle. D'autant qu'Alfred Hitchcock a été élevée dans un strict catholicisme : il n'est pas sans connaître ses paroles de la Bible qui disent que sans amour le tintement des cymbales est dérisoire. Elle teintent dans L'Homme qui en savait Trop pour honorer un couple qui en sait suffisamment sur l'amour et ses pouvoirs. La religion est néanmoins égratignée dans le film pour la possible duplicité de ceux qui l'incarnent : Edward Drayton est pasteur dans un temple qui sert de repère aux truands, et dans une habile mise en scène, le cinéaste le montre prêcher devant une assistance fournie, au sein de laquelle Jo et Ben McKenna attendent leur heure pour dévoiler son imposture et retrouver surtout leur jeune fils. Osons ceci : un chef-d’œuvre.

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L'Homme qui en savait trop - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

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Publié dans pickachu

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