L'humanité, en fait : Empathie, fin de la 1ere saison (épisode 9 et 10).

Publié le par O.facquet

Empathie, un succès pour Crave et pour la psychiatrie | Brève | Radio-Canada

"Les gens se vengent toujours des services qu'on leur rend"

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

 

Autant les épisodes 4, 5 et 6 furent des sas indispensables et déconcertants dans la construction du récit de la série Empathie -mélange de rom-com et de série hospitalière décalées-, et non une baisse de régime qualitatif comme un temps nous l'avions craint, force ici est pourtant de constater que les deux derniers épisodes ( 9 et 10), avant une éventuelle deuxième saison, souffrent de quelques faiblesses, non en ce qui concerne la direction d'acteurs, comme pour ce qui a trait à la mise en scène, toujours de grande valeur, uniquement pour les hésitations scénaristiques qui nous laissent quelque peu sur notre faim, osons l'avouer, sans pour autant fragiliser en aucune façon la qualité d'une fiction sérielle exceptionnelle dans son ensemble, au sein du tout venant sériel assommant de l'époque.

 

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Un mot en passant, pour renvoyer d'éventuels lectrices et lecteurs aux trois articles précédents qui disent tout le bien qu'il faut sans doute penser d'Empathie, série québécoise, du travail de Florence Longpré (créatrice et actrice) et de Guillaume Lonergam (le réalisateur), de son inventivité narrative, sans oublier les actrices et acteurs (la mode est exigeante), dont Thomas Ngijol. Entre autre chose (la mise en scène). Précisons toutefois, au risque de nous répéter, que les nombreux dialogues sont bien mis en images, habilement écrits, jamais superfétatoires (superficiels si besoin est), toujours pertinents.

 

Empathie nous laisse sur cette scène coup de poing

 

Oui, dans les deux épisodes diffusés le lundi 22 septembre, vraiment, le bât blesse ici ou là. Comme le disaient ceux qui finissaient autrefois leur service militaire : ça sent la quille ; cela transpire quoi qu'il en soit l'indécision, en cause des choix narratifs un tantinet paresseux, voire peu ou prou convenus, jamais putassiers, pour tout dire.

 

Empathie nous laisse sur cette scène coup de poing

 

L'idylle malhabile entre Suzanne et Mortimer (serviable, généreux et indulgent), tous deux maladroits, parsemée de doutes, de cauchemars et d'hésitations multiples, se poursuit cependant favorablement, n'était l'inconvénient de devoir partager le même lieu de travail ; dans une configuration originale en l'espèce : l'un est le garde du corps de l'autre, ce qui ne manque pas de sel. Rien de nouveau sous le soleil.

 

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Émilien confirme sa rédemption (toujours donner une chance aux protagonistes d'une fiction), il contrôle ses faits, ses dires et ses gestes, jadis maladroits, sous le regard sourcilleux, voire inquisiteur, de Suzanne et Mortimer. Émilien n'est plus le fat plein de prétention à la stupidité parfois satisfaite. Le pompeux soporifique s'est mué en collègue respectable et respecté. Il devient affable, attentionné, organise même un apéritif dinatoire afin de renforcer les liens entre les membres de l'équipe ; il sera l'occasion de retrouver Diane Tétrault, la préposée à l'accueil au poste de sécurité, partie un temps prendre du recul. Nous en reparlerons. Est-il sincère ? Agit-il de la sorte pour complaire aux uns et aux autres ? Allez savoir. En attendant, son initiative ne fait de mal à personne.

 

Empathie - Série - SensCritique

 

Suzanne, une miraculée trouvée dans une poubelle, veuve de son épouse, éplorée des années après la mort de son enfant, fait montre d'une force de caractère en germe dans les épisodes précédents, nonobstant les écueils qu'elle a dû et doit toujours surmonter : lors d'un procès où une juge doit décider si Charles Villeneuve est un tueur sûr de lui-même et dominateur, comme le suggère Suzanne, ou un malade privé d'une partie de ses facultés, comme le défend son avocat, la psychiatre est désavouée ; elle ne s'effondre pas pour autant, toisant même un peu plus tard du regard, dans les couloirs de l'institut, le soi-disant patient, pour ne pas se faire voler sa liberté.

 

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Disons que Suzanne, en femme libre, se fout souvent de certaines déconvenues qui pourraient l'abattre. Touchée mais pas coulée. Elle revient des enfers -tout en étant athée. Elle sait le prix de la vie. Gageons ainsi qu'elle se moque souverainement de ce que les autres vont penser d'elle, ce qui la rend fascinante, un modèle positif en somme. Elle fait montre d'une matière intellectuelle souple, tout en sachant se raidir quand besoin est. En parvenant, en toute circonstance, à rester digne, malgré ses problèmes avec l'alcool, qu'elle assume : « je suis alcoolique » dit-elle sans ambages à sa mère.

 

C'est confirmé: Empathie revient pour une deuxième saison

 

D'où une capacité exemplaire à maîtriser finalement ses émotions quand c'est indispensable, lorsque la situation l'exige, une féminité faite d'humanité, nourrie d'une exigence d'égalité et de liberté, quelle soit mentale ou physique. Suzanne mêle à l'institut fragilité assumée et excellence dans son travail, dans sa capacité d'écoute, dans les résultats obtenus collectivement, ce qui lui permet au bout du compte d'asseoir son autorité, petit à petit, sans drame rédhibitoire. Une structure précaire qu'elle maintient en équilibre, au risque d'un possible ébranlement, après avoir lors de son arrivée déstabilisé quelque peu son monde par des choix pittoresques, et c'est un euphémisme.

 

Empathie : saison 1 épisode 10 - TéléObs

 

Empathique : elle l'est incontestablement ; voyez comme elle suit avec une joie contenue la première sortie de sa chambre de monsieur Koskov, cloîtré depuis beau temps, comme elle le regarde discrètement partir à la recherche de son seul ami, Jacques Dallaire (Louise va lui avouer la vérité sur leur relation passée), dans le but de partager une soupe en sa compagnie.

 

Crave | Empathie aura une deuxième saison | La Presse

 

Est-elle toutefois plus empathique avec les autres, qu'avec elle-même ? A coup sûr. C'est le défi que s'est fixée la série, voir Suzanne adoucir ce dilemme, et ce n'était pas gagné, tant elle revient de loin en l'espèce : nous pouvons régulièrement le constater au fil des épisodes, Suzanne y est parvenue.

Il faut l'accompagner s'éclater avec Mortimer lors de leurs nombreux covoiturages : ils chantent, ils dansent, ils reprennent goût à la vie. Une complicité réconfortante. Un exemple parmi d'autres. Elle tient également tête à sa mère sans esclandre homérique, ce qui conduit cette dernière à présenter des excuses à sa fille pour l'ensemble de son œuvre (négligence psychologique, autoritarisme, reproches infondés et ironie déplacée, entre autres). Une mère à la vie bourgeoise, où tout quelquefois semble faux, mesquin et vulgaire.

 

Bienvenue à l'institut Mont-Royal. Chat va-tu bien? 😎 Découvrez les deux  premiers épisodes de la nouvelle série Empathie avec Florence Longpré et  Thomas Ngijol, maintenant sur Crave.

 

Son intervention nocturne pour calmer son père juché sur le toit de la maison familiale, est exemplaire de la capacité d'écoute de Suzanne, qui d'instinct sait communiquer à son interlocuteur qu'on est tous quelque part un peu paumés, sur le même bateau, à la merci de courants contraires, et que s'il fait l'effort de l'écouter, ensemble, ils s'en sortiront, rentreront à bon port. Au petit matin, le père fend l'armure, avoue à sa fille combien il l'aime, et inversement. Il part apaisé se coucher. Un beau moment de télévision, sans fioriture sentimentale. Une des forces de la série.

 

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Il n'empêche que parfois une impression de remplissage s'impose à nous. Les showrunners savent que la série touche à sa fin, et qu'il ne va pas falloir se louper. Pourtant, nous les trouvons soudain empotés, quand nous les avions connus précédemment si habiles et inventifs. D'où quelques flashbacks superflus car redondants (la violence du père de Mortimer en France, la mort de l'épouse de Suzanne, sa mère la trouvant dans une poubelle près d'un pub), des cauchemar incongrus (le fantôme de la femme de Suzanne dans la chambre à coucher), et surtout l'accident domestique inapproprié, dans les toutes dernières minutes, de la mère de Mortimer, tombée violemment dans un escalier, qu'il faut emmener sans attendre à la clinique la plus proche, en la portant maladroitement, la voiture étant en panne.

 

Empathie nous laisse sur cette scène coup de poing

 

Soit la série n'aura pas de suite, et la séquence finale manque d'éclat, donc de profondeur, soit une deuxième saison se profile, et le cliffhanger est dénué et de sagacité et de perspicacité, dans les deux cas, de toute façon, le contraste avec la veine générale de la série, avec son souffle, est par trop flagrant, en d'autres termes décevant.

 

Empathie nous laisse sur cette scène coup de poingCeci posé, mesurons néanmoins notre propos. Lors de l'apéro susmentionné (l'occasion pour la série de réunir tout le casting avant de tirer sa révérence), le directeur de l'institut présente sa fille, tout juste diplômée en psychologie, bientôt membre de l'équipe, accorte et souriante, elle serre la main de Suzanne, présentations d'usage : gros plan sur le visage de l'impétrante, puis sur celui de Suzanne, interdite et blême, d'emblée séduite, sinon un coup de foudre, du moins une attirance physique, à telle enseigne que Mortimer, qui caressait du regard sa chérie, s'aperçoit aussitôt du trouble érotique qui s'affiche en direct et sans filtre. Ses traits se figent. Il part furieux. Sa voiture le lâche. Peu de temps après sa mère fait un malaise et Suzanne le rejoint. Départ à pied pour la clinique, accompagnés des danseuses venues de nulle part. Clap de fin.

 

Les défis qui attendent la suite d'Empathie | La Presse

 

L'indécision sexuelle de Suzanne – une jeune femme toujours aussi décousue, bien que franche dans sa façon d'affronter ses propres désirs-, comme cliffhanger ultime ? Pourquoi pas. Suzanne et Mortimer : passion naissante ou simple amitié ? Il nous faudra patienter. Ou faire avec une fin ouverte. Un mot encore en forme de question : le lieu de travail dans le monde moderne serait-il l'unique espace témoin des vicissitudes de nos existences ?

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Publié dans pickachu

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