Portrait de Femmes : Lire Lolita à Téhéran de Eran Liklis (2025)

Publié le par O.facquet

Lire Lolita à Téhéran - Film 2024 - AlloCiné

Peut-être qu'ils me puisent de la source

Peut-être qu'ils me cueillent de la branche

Peut-être qu'ils me condamnent comme

une porte sur les instants à venir

Peut-être...

je ne vois plus rien

 

Forough Farrokhzâd, poétesse iranienne, Une autre naissance,

 

à ma fille Lucie,

On ne sort pas indemne de la lecture de Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi paru en 2003 où elle raconte sa propre histoire. L'adaptation cinématographique du roman ne pouvait donc en aucune sorte laisser indifférent au moment où les luttes protéiformes contre les vestiges néfastes du patriarcat agitent l'Occident tous azimuts. S'il existe une terre où la masculinité toxique sévit sauvagement, c'est bien dans dans l'Iran des ayatollahs depuis 1979.

Reading Lolita in Tehran | movie | 2024 | Official Trailer

Reading Lolita in Tehran, classique dans sa forme, de Eran Riklis, un cinéaste israélien, est sorti récemment sur les écran. La scénariste est américaine et le tournage s'est déroulé principalement en Italie. Eran Riklis a réalisé de nombreux films salués et par la critique et par le public, parmi lesquels La Fiancée Syrienne en 2004 ou Les Citronniers sorti en 2008 où il égratigne la brutalité de l'administration israélienne à l'égard d'une veuve palestinienne qui cherche à protéger sa propriété foncière.

Azar Nafisi et son mari rentrent plein de naïveté en 1979 en Iran après avoir passer quelques années aux États-Unis pour suivre leurs études. Elle enseigne la littérature de langue anglaise. Il est ingénieur. Ils placent beaucoup d'espoir dans la révolution populaire qui vient de chasser du pouvoir le Shah, un dictateur soutenu par les États-Unis. Rapidement les islamistes monopolisent le pouvoir : une théocratie sanguinaire se substitue à une autocratie policière. Une certaine gauche, aveuglée par un anti-américanisme indigent, commence par collaborer, avant de se faire définitivement dévorée par l'ayatollah Khomeini et ses sbires.

Reading Lolita in Tehran (2024) - IMDb

Professeure à l'université de Téhéran, Azar Nafisi réunit chaque semaine dans le plus grand secret plusieurs de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature anglo-américaine, les étudier, les analyser et en débattre librement. Alors que les fondamentalistes (chiites) sont au pouvoir, et souillent l'islam, l'appartement de Azar, plus précisément son salon, devient un havre de paix et de liberté pour des femmes désormais privées de tout ce qui fait le sel de l'existence. Celles qui croient au ciel ; celles qui n'y croient pas. Une sororité apaisée et apaisante. Elles se débarrassent du voile, évoquent leurs espoirs, interrogent leur place dans une société qui les exclut, parlent sans retenue de leurs amours, heureux ou déçus, de leur rapport aux hommes, de sexualité, avec pudeur mais sans tabou : une résistance dans la sphère intime dans laquelle les hommes ont souvent ici et ailleurs cherché à les cantonner. Pour elles toutes, lire Nabokov (Lolita), Jane Austen (Orgueil et Préjugés) ou Henry James (La Coupe d'Or), à l'abri du regard coercitif des hommes, revient à célébrer en toute liberté le pouvoir libérateur de la littérature, le pouvoir émancipateur de l'art. L'une d'entre elles finira par fuir définitivement le pays. La professeure finit par abandonner l'enseignement universitaire devant la répression féroce du régime qui voit dans son enseignement une déviance morale.

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Azar et sa famille repartiront vivre en Amérique où elle publiera l'ouvrage susmentionné, lequel va connaître un grand succès. L'Éducation nationale française à cet égard s'honorerait à le faire lire à tous les lycéennes et lycéens. Si l'on osait, nous dirions : à rendre au moins obligatoire sa lecture, d'une manière ou d'une autre.

Leggere Lolita a Teheran (film) - Wikipedia

Il faut laisser à d'autres le soin de jauger les forces (la direction d'actrices et d'acteurs par exemple) et faiblesses (un didactisme parfois envahissant) d'une œuvre parasitée à juste titre par son caractère extra-filmique.

Reading Lolita in Tehran (2024) - IMDb

Il faudrait parler de la séquence où la professeure et ses élèves improvisent dans le salon des pas de danse maladroits mais jouissifs, allégorie inattendue de la libération de corps au quotidien en garde à vue. Il faudrait sans doute évoquer les scènes de tortures infligées aux jeunes rebelles, des scènes qui esquivent la pornographie martyrologique. Il faudrait ensuite décrire la reconstitution des paysages sublimes qui environnent Téhéran, les montagnes enneigées, la séquence onirique du retour des jours heureux, où le mode de vie à l'occidental n'est pas toujours synonyme d'aliénation, tant s'en faut : filles en jupe et en cheveux attablées à la terrasse d'un café où le soleil darde ses rayons, devisant sans fin, de ceci ou de cela, sourire aux lèvres, indifférentes aux regards alentour. Il faudrait également trouver les mots pour décrire l'amitié solaire que Azar noue avec un professeur au rancart, plus âgé qu'elle, un père de substitution, un grand frère protecteur, un confident subtil, un guide attentionné, délicat, profond et lucide, surtout, tout à la fois. Il faudrait enfin nommer le soutien sans faille que lui apporte son mari, tout en retenue, patience et intelligence des situations, sans jamais tomber dans la caricature contemporaine de l'homme déconstruit insipide : une belle personne amoureuse d'une intellectuelle au courage sans pareille. Ce qui déjà n'est pas rien. Cette fois-ci en effet, derrière une femme d'exception se cache dans l'ombre un homme protecteur et compréhensif, plein d'humilité et de calme, au rôle essentiel. Il faudrait surtout faire revivre avec les mots ces furtifs moments de grâce durant lesquels ces femmes réunies pour quelques instants seulement dans un quotidien pénitentiaire, retrouvent le sourire, se réapproprient leur vie, donc leur destin, ce qu'on appelle communément la liberté. Laissons cela à d'autres, à l'oeil et à la plumes alertes certainement plus acérés.

Festival Scope Pro - Film Reading Lolita in Teheran

Notons tout de même que les gros plans, voir les très gros plan, abondent dans Lire Lolita à Téhéran, et que ce ne sont pas des facilités filmiques pour se dispenser d'un effort de mise en scène. Ces gros plans sur le visage de femmes emprisonnées dans de vastes et longues tuniques noires ne sont pas innocents : seuls ils permettent de les identifier, seuls ils leur offrent l'occasion et le pouvoir de se distinguer quand le reste du corps est porté disparu, fantomatique. Il faut tout le talent et du cinéaste et de ses actrices (Zar Amir Ebrahimi) afin qu'elles expriment avec le visage seul -tout y est nuancé-, la joie, l'amertume, parfois l'espoir, la tristesse souvent, et tant d'autres choses encore qu'il nous faut déchiffrer. Est-il nécessaire de s'appesantir sur le visage de Golshifteh Farahani (Azar) et s'encombrer de clichés et autres stéréotypes superfétatoires. Il parle de lui-même. Le regard est l'enseigne de l'âme, dit-on, comme nos mains sont des cartes de visite. L'actrice vit à Paris loin de la brutalité du régime des mollahs, mais toujours solidaire du combat de ses compatriotes.

Reading Lolita in Tehran | Rotten Tomatoes

Une pensée pour le mouvement iranien Femme, vie et liberté, qui lutte depuis 2022 pour l'instauration d'une démocratie libérale en Iran. Où les femmes pourraient vivre, et vivre libres.

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Lire Lolita à Téhéran Bande-annonce VO STFR

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Publié dans pickachu

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