Aux Voleuses ! Voleuses de Mélanie Laurent (2023). Netflix.

Après moult hésitations, la fréquentation récente de la plate-forme Netflix réserve des surprises plus ou moins heureuses. Voleuses, le dernier film de Mélanie Laurent (adaptation d'une BD à succès), sorti le premier novembre dernier, déçoit. Il n'est pas en tout cas à la hauteur de ses précédentes réalisations. Avant toute chose, une petite digression en forme de question : un film qui ne sort pas sur les grands écrans, est-ce encore un film de cinéma ou déjà/d'abord autre chose ?
Un duo charmant de voleuses hors-pair (gang de filles à la mode), lassé de vire dans la clandestinité, souhaite mettre un terme à leur jeune carrière dans le but d'affermir une amitié pourtant sans faille pour davantage de calme, donc de sérénité. Il va leur falloir toutefois réussir un casse ultime pour parvenir à leur fin -une dernière mission qui va se révéler pleine de rebondissements. Sam (Manon Bresch), une pilote de talent impétueuse, vient s'adjoindre au binôme désabusé : Carole (Mélanie Laurent) et Alex (Adèle Exarchopoulos). Isabelle Adjani, fantomatique, campe une marraine interlope impitoyable
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Voleuses fait montre des qualités et des défauts d'un cinéma jadis honni par la critique germanopratine -qui se voyait comme dépositaire de l'héritage de la modernité cinématographique-, un cinéma dont Luc Besson dans les années 1980 fut le représentant le plus emblématique. Le film doit beaucoup à Subway (1985), Nikita (1990) ou Léon (1994). Il était de bon ton autrefois de moquer le cinéaste dans les dîners en ville : il suscitait quelques haut-le-coeur au sein de la cinéphilie consciencieuse urbaine qui allait bientôt se rallier au quinoa. Un sarcasme sans doute excessif : il faudra un jour raconter pourquoi les quelques films susmentionnés ont permis l'entrée en cinéphilie de certains d'entre nous, quitte certainement à s'en être éloigné par la suite.
Disons d'emblée que ce qui séduisait à la marge chez Besson n'intéresse plus vraiment chez Mélanie Laurent, dont le film frôle plus qu'à son tour l'académisme pompier d'un cinéma depuis longtemps périmé, d'autant que le réalisateur du Grand Bleu (1988) ne faisait déjà pas toujours dans la dentelle, tant s'en faut.

Assez paresseusement, à l'instar de Luc Besson, Mélanie Laurent film des « êtres de synthèse » sans densité, au passé indéterminé, au présent primesautier, et à l'avenir grand-guignolesque. L'habillage cinématographique (papier-glacé) ne fait guère illusion. Voleuses recycle une esthétique publicitaire peuplée d'individus post-modernes sans attache, faussement autonomes, aux sentiments frelatés, avec un mélange changeant de trivialités et de faux épanchements : des robots séduisants, tout sauf des sujets. Le nous -toujours un abus de langage- l'emporte malheureusement sur le je.
Or un personnage est toujours plus que l'histoire de son groupe -un individu à facettes. Ne reste que la présence animale d'Adèle Exarchopoulos pour racheter les errances du projet. Alex habitée par le fantôme de Nikita (Anne Parillaud) dans le maniement des armes, entre autres. Le cabotinage de Philippe Katerine (Abner) vaut également le détour.

Une imagerie sans épaisseur, ni profondeur. Le film cherche à fuir l'originalité féconde pour se réfugier dans la facilité impersonnelle de tous les concepts visuels de la pub, au risque sinon d'agacer, du moins d'ennuyer, sans jamais parvenir à convaincre. Certes, il existe des universitaires pour défendre la figure de ce cinéma post-moderne, un des rares, selon Marie-Thérèse Journot, à donner une représentation idéologiquement incorrecte d'un espace social en plein bouleversement, la société européenne de la fin du XX° siècle, portée par un fort souci de visibilité. D'une part, il est permis de trouver cette représentation plutôt dérisoire, et le souci de visibilité un alibi commode, d'autre part : il ne faut sans doute pas mettre dans le même sac J.J.Beinex, Léos Carax et Luc Besson. Passons.

La cinéaste enfile les clichés comme d'autres les perles : Mélanie Laurent filme une Corse stéréotypée, elle sait une fois pour toutes à quoi ressemble l'Île de beauté et ses habitants, leur look pour tout dire, comme elle semble savoir intuitivement ce qu'est une femme enceinte angoissée, un plan cul à trois, un barbotage sanglant, une fête de village ou des petites frappes de banlieue agressives, sans s'embarrasser de subtilités -tout a déjà été regardé.

Ce n'est plus une aventure du regard, seulement une aventure en forme de défit sportif, ce qui somme toute est bien mince. Le tout saupoudré d'une sororité saphique d'atmosphère, doublé d'un humour décalé omniprésent très bessonien, entre parodie et érotisme-soft. Histoire de dire que tout ça finalement n'est pas très sérieux -la désinvolture des années 1980-, sans jamais vraiment l'assumer : une comédie qui se voudrait également un thriller qui se conclurait tragiquement, dans un patchwork de séquences mal agencées, et à ce sujet Luc Besson était plus habile. La revue Télérama voit dans le film « une réjouissante alternative à la lourdeur des nombreuses comédies d'action sous testostérone, plus franchouillardes qu'elles ne voudraient l'admettre ». Chacun se réjouit comme il peut. Bien entendu. Qui plus est, la lourde charge idéologique contre le mâle blanc made in France aveugle le critique (copinage parisien?), ce qui est son droit. Le nôtre de penser différemment, au sujet de quelque chose qui a à voir avec l'esthétique.
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En outre, l'actrice et réalisatrice Mélanie Laurent est en ce moment l'objet par chez nous d'un bashing en passe de devenir un sport national. Ce qui est parfaitement injuste. Un faux-pas artistique n'enlève rien à un talent par ailleurs incontestable.
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Nikita de Luc Besson