Ne sois pas en retard, mousquetaire ! Les Trois mousquetaires : d'Artagnan de Martin Bourboulon (2023)

Publié le par O.facquet

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Un pour tous, tous pourris

Coluche, exagérément

Le film décevra les cinéphiles consciencieux -trop populaire, donc pas assez profond, tout comme il irritera les historiens implacables -une histoire qui prend trop de liberté avec l'Histoire, la grande et la petite (les événements, les costumes, les décors, entre autres). Aux uns, il fait d'emblée un clin d'oeil un brin provocateur en glissant dans la bouche d'un des protagonistes une citation de Churchill sur le déshonneur et la guerre, aux autres, bravache, il fait dire à la toute fin à Milady de Winter (Eva Green revancharde) : « Le diable, probablement », titre d'un film de Robert Bresson sorti en 1977, du cérébral de talent, estampillé art et essai.

Les Trois Mousquetaires : D'Artagan est un film franco-germano-hispano-belge réalisé par Martin Bourboulon, sorti récemment sur nos écrans.

Il s'agit du premier volet d'une saga en deux parties adaptée du roman Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, paru en 1844. Le deuxième volet, Les Trois Mousquetaires Milady, sortira le mercredi 13 décembre, jour de la sainte Lucie.

En images : Les visages des personnages des « Trois Mousquetaires » au  cinéma

Un western ?

Quelques mots du roman pour les plus jeunes.

Il narre les aventures d'un gascon impécunieux de 18 ans, d'Artagnan, venu à la capitale pour intégrer le corps prestigieux des mousquetaires du roi Louis XIII (1610-1643). Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, qui appartiennent à une compagnie de la maison du roi. D'Artagnan devient cadet. Les quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le sinistre cardinal de Richelieu, et à ses agents, dont la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France, Anne d'Autriche.

Les Trois Mousquetaires", un film avec des capes et des épées en 2023

Le film s'appuie sur ce canevas. Il s'en écarte certainement -c'est une fiction-, comme le prouvent les interventions précieuses et urgentes des spécialistes.

Le film est bon, drôle, très bien joué, bien mis en scène, monté comme il se doit, ni trop long, ni trop court, une fois lancé, comme le veut le genre : rien ne peut l'arrêter ; osons même dire qu'il est souvent jubilatoire et roboratif.

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Le jeune d'Artagan (François Civil), entêté, charmeur et intrépide, arrive de sa province : une fois à Paris, il commence à fréquenter trois mousquetaires vieillissants, Athos (Vincent Cassel), dépressif et suicidaire, Porthos (Pio Marmaï), épicurien attrape-tout, et Aramis (Romain Duris), mi ange mi démon, des bagarreurs impénitents et gouailleurs. Le film dresse le portrait d'une belle et solide amitié virile. Une indestructible camaraderie.Tous ont le verbe haut et la fraternité chevillée au cœur. Tous vouent une fidélité sans faille au couple royal et au royaume de France, et une haine inexpiable au Cardinal de Richelieu et ses séides, souvent mis en pièces. Le salut de leurs âmes ne les préoccupent guère, ne les empêchent jamais en tout cas de dormir -quand il en trouvent le temps, ce qui est rare : la chair n'est jamais triste et les duels sont légion.

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Vive la reine !

D'aucuns ont reproché au cinéaste certains de ses choix : l'âge des trois mousquetaires, la bisexualité de Porthos, le protestantisme d'Athos ou les blasphèmes d'Aramis. Force est de constater qu'ils ont forcé le trait. Des points de détaille sans conséquence. Reconnaissons toutefois que les combats enregistrés dans le monastère au mitan du film et ceux mis en scène en guise de conclusion dans la cathédrale ne sont pas très catholiques. Des combats toujours filmés avec une dextérité jamais prise en défaut. Du grand art. Des chorégraphies dignes des meilleurs films du genre. Amen. Dieu reconnaîtra les siens.

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Eva Green campe une Milady écorchée vive, consumée par d'anciennes blessures, un passé qui ne passe pas. Louis Garrel en Louis XIII est épatant, il oscille adroitement entre fausse naïveté, autoritarisme grotesque et fragilité déconcertante. Une réussite. La reine de France, Anne d'Autriche, est jouée avec beaucoup de délicatesse par Vicky Krieps au beau regard suppliant, diaphane, amoureuse et vulnérable, chacune de ses apparitions irradient le film : impossible en effet de résister à ce tendre accent germanique ainsi qu'à sa frêle apparence. Les liens de tendresse, malgré tout, qui lient le roi et la reine, sont filmés avec une subtile habilité, tout en nuances.

Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan" - un grand film de divertissement  populaire quoique impersonnel

Il est question d'une histoire d'amour entre une reine et un prince anglais, d'une idylle entre un futur mousquetaire et une première dame, Constance Bonacieux (séduisante Lyna Khoudri), d'un collier baladeur, de protestants protestataires, de vieilles plaies qui peinent à cicatriser, du temps qui passe, de la lassitude du pouvoir, de la vie de couple et ses contradictions (nombreuses). De plein d'autres choses encore. Le film n'est jamais lourdaud, putassier, facile ou fainéant. Certaines attaques fielleuses ne sont donc que coups d'épée dans l'eau. En somme, Martin Bourboulon souffle le show et l'effroi.

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Le spectateur s'attend à un film de cape et d'épée, en bonne et due forme, il tombe sur un western bien troussé (les mousquetaires et leurs chapeaux, par exemple, leurs pistolets également, les longues chevauchées), doublé d'un thriller sentimental à suspens (le collier reviendra-t-il à temps, le teasing de fin), voire une fiction politique : rivalités à la tête du pouvoir, complot, tentative de coup d'État, lutte d'un chef contre des mouvements centrifuges séparatistes. La Rochelle la rebelle.

Le comble. De quoi enrager de nouveau les puristes. La fiction lorgne en outre de temps à autre vers la télévision, Kamelott plus précisément, quelques saillies et autres mots d'auteurs parcourent en effet avec bonheur le film, sans trop en faire. Un dosage équilibré.

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Le roman de Dumas a également inspiré au cinéma Sergueï Jigounov en 2013, Paul W.S. Anderson en 2011, dans un style rétrofuturiste steamunk, voire clockpunk ; Stephen Herek en 1993, Richard Lester en 1973, Bernard Borderie en 1961, André Hunebelle en 1953 (avec Bourvil), George Sidney en 1948, Rowland V. Lee et Otto Brower en 1935, Henri Diamant-Berger en 1921 (film muet), la même année Fred Niblo, ou M ario Casenari en 1909 (muet bien sûr).

A chacun d'aller y faire son miel.

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Finalement, que nous dit le film ? Qu'il faut par dessus tout cultiver de solides amitiés (le Un pour tous), chérir la vie, et l'aimer même si le temps est assassin et emporte avec lui le sourire des princesses, rester fidèles à certaines valeurs, et que face à l'odieux, la solution n'est pas la vertu, mais simplement le non-renoncement aux plaisirs. Ce qui, déjà, n'est pas rien.

Suite au prochain épisode.

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Publié dans pickachu

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