Génie de Pixar ? Les feux de l'amour : Elémentaire (2023)

Élémentaire (Elemental) est le 27e long métrage d'animation américain de la maison Pixar Animation Studios. Sorti cette année et produit par Walt Disney, il a été réalisé par Peter Sohn à qui nous devons déjà Le Voyage d'Arlo en 2015.
Élémentaire met du temps à décoller, bien que visuellement ambitieux : la première partie est poussive, et avec un scénario aussi étique doublé d'une mise en scène à ce point paresseuse, l'on se dit qu'on va s'ennuyer ferme : l'histoire tourne vite en rond. A l'instar du précédent, Buzz L'Éclair sorti en 2022, un spin-off sans saveur, la déception s'impose rapidement.
Nous sommes loin, mais alors très loin de Wall-E, le maître étalon indiscutable en la matière, lequel repoussait une nouvelle fois les limites esthétiques et narratives du cinéma d'animation (un nivellement par le bas voulu par les principaux actionnaires, sur fond de tensions entre Disney et Pixar ?).
Au mitan du film toutefois, le scénario se renforce, la mise en scène se complexifie, l'oeuvre retrouve quelques couleurs, sans renouer malgré tout avec sa grandeur passée ; il était temps. Ouf !

De quoi est-il question ?
Un jeune couple, Bernie et Clinder Lumen, des éléments de feu, quittent Fireland après une catastrophe naturelle. Ils arrivent à Elemental City où ils sont confrontés à des réactions de rejet venues des autres éléments : terre, air et eau. Les éléments cohabitent sans se côtoyer. Le mot d'ordre est simple : « Les éléments ne peuvent pas se mélanger ». Ah bon ?
En butte à la xénophobie, ostracisés, ils finissent par trouver à se loger dans un quartier habité par leurs congénères. Ils créent une boutique appelé le foyer où grandira leur fille Flam. Précisons que le cinéaste a lu dans le détaille et pillé goulûment le dictionnaire des jeux de mots pour les nuls, et c'est trop parfois, vraiment. Passons -Walt Disney en 1997 avec son Hercule avait su pourtant trouver un juste équilibre à ce sujet.

Flam devient une jeune fille vive d'esprit et intrépide, aux accès d'humeur explosifs. Elle fait la connaissance de Flack, un garçon aquatique sentimental et drôle, suiveur prudent (à la faible rusticité, donc), en tombe amoureuse, le jeune homme s'enflamme également, par chance elle affiche un caractère bien trempé. Le regard que porte Flam sur le monde est ébranlé au contact de l'altérité. Ils se tournent autour, se reniflent, s'effleurent, dans l'espoir de se dompter, de donner tord surtout à une possible incompatibilité, somme toute une jolie mise en images du vertige de l'amour, bien que les deux protagonistes manquent singulièrement d'épaisseur.
Si la famille de Flack fait preuve d'une tolérance sans faille, celle de Flam, par son traditionalisme quelque peu étriqué, fait montre d'un communautarisme obtus, surtout le père : sa fille est vouée à reprendre le commerce avant de se marier dans la communauté. Bon.

Le film met 90 minutes afin de marier l'eau et le feu après moult péripéties (une histoire de canalisations défectueuses à l'image du récit quelquefois) et quelques rebondissements prévisibles (trop). Le père s'apaise, le couple s'accorde, finalement bien assorti, avant de prendre le large, de voler de ses propres ailes.
Une des rares très belles scènes du film voit à cet égard les deux jouvenceaux se prendre amoureusement la main pour constater avec bonheur que l'alchimie opère. Dans l'ensemble, malheureusement, le récit glisse sur des rails thématiques par trop rectilignes.

Élémentaire en outre semble a priori se plier sans nuance à la doxa multiculturaliste du moment : le film est une ode un brin opportuniste à la créolisation, au respect de l'Autre, au dépassement des clivages. Comme toujours avec Pixar les niveaux de lecture sont pluriels et se conjuguent. D'un côté l'entertainment américain (show must go on), de l'autre le clin d'oeil politico-social sous-jacent (une fable sur l'immigration et la différence, sans oublier les migrations climatiques). Entre autre chose, bien entendu.
Force est cependant de remarquer que le film encourage moins le communautarisme anglo-saxon, qu'il dénonce au contraire un repli sur soi mortifère, d'autant plus que la défiance est le fruit, non pas du racisme supposé des indigènes, mais de la frilosité identitaire des anciens migrants récemment installés dans leur pays d'accueil, une volonté qui a dû certainement provoquer quelque urticaire chez les tenants de la woke culture nord-américaine.
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Ce programme narratif (passablement balisé) fait la force du dernier Pixar par son choix appuyé d'un universalisme humaniste, et ce n'est pas la première fois : voyez la séquence où Flack fait la connaissance de son futur beau-père en délayant crânement le feu dans l'eau au grand damne de celui-ci. Une prise de risque enthousiasmante : une métaphore du métissage. Précisons que si Flam porte régulièrement le voile lorsqu'elle sort de son quartier, elle s'en débarrasse aussitôt. Elle fait également remarquer à sa belle-famille qu'elle parle la même langue qu'eux : une manière élégante de leur faire comprendre qu'ils partagent une même culture, malgré ses origines.

L'allégorie d'une assimilation réussie ? Sans doute. Notons que la terre et l'air sont pour le moins négligés une heure trente durant, relégués au second plan. Ce qui manque pas de sel pour une œuvre qui se veut inclusive. Comme quoi : nul n'est parfait. Un mot encore. Le film tente prudemment parfois d'échapper au clivage identitaire pour aborder la vieille question sociale, c'est-à-dire la lutte des classes, puisque Flack appartient la bourgeoisie quand Flam est une enfant de l'immigration sans entregent ni fortune. C'est un sujet. Vite abandonné. Au reste, malgré la place éminente occupée par l'élément aqueux, Element City s'oppose en tout au monde liquide peint par le sociologue Zygmunt Bauman, car pour Flam, Flack et les leurs, le consumérisme n'est pas un but en soi, partant, le travail, l'amitié ou l'amour restent des structures solides à chérir.
Et Dieu dans tout ça ? Nonobstant quelques prières dans la famille de Flam, il est aux abonnés absents, comme toujours chez Pixar, où chacun va au ciel par le chemin qui lui plaît.
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![Pixar] Wall-E d'Andrew Stanton - ☆Le Coin des Critiques Ciné☆](https://lecoindescritiquescine.com/wp-content/uploads/2017/06/Wall-e-Affiche.jpg)