Vive le cinéma : Western Union de Fritz Lang (1941)

Publié le par O.facquet

 

https://www.ecranlarge.com/uploads/image/001/237/ifahjvdeag6zwba69crykqwwqhm-843.jpg

 

Revoir Western Union (1941) un jour de Noël peut éveiller une profonde nostalgie tout en suscitant une crainte récurrente : qu'un certain cinéma tombe définitivement dans l'oubli. En l'occurrence un film de Fritz Lang sorti en 1941. Fritz Lang, le cinéaste qui a dit non à Goebbels, donc à Hitler et son régime. F. Lang, le réalisateur de Metropolis (1927) et de M. le Maudit (1931). Tout un monde.

Les pionniers de la Western Union (1941), synopsis, casting, diffusions tv,  photos, videos...- Télé-Loisirs

Edward Creighton, sa soeur Sue et Vance Shaw

Nous sommes en 1860 dans l'Ouest. Edward Creighton (Dean Jagger), un ingénieur de la compagnie télégraphique Western Union, est chargée de diriger les travaux d'installation d'une ligne de télégraphe à travers les territoires de l'Ouest, vers la Californie : il s'agit de relier les villes d'Omaha et Salt Lake City. Sa sœur Sue (Virginia Gilmore) l'aide dans sa mission. Il recrute du personnel dans une petite ville du Far-West. Il embauche en particulier Vance Shaw, un repris de justesse, chargé de convoyer le troupeau servant à nourrir les travailleurs. Vance Shaw (Randolph Scott) est tombé quelque temps plus tôt au milieu des montagnes désertiques sur un homme blessé, et l'a emmené jusqu'à une cabane afin qu'il soit soigné. Cet homme n'était autre que Edward Creighton en personne. Le fils d'un magnat yankee, Richard Blake (Robert Young), vient compléter le tableau. Tous deux courtisent lourdement la séduisante sœur du patron, laquelle savoure ces prévenances flatteuses et assidues qui l'entourent, ne cachant pas une attirance civilisée pour le mauvais garçon, as usual. Les deux mâles tombent amoureux. Que le meilleur gagne -il n'empêche que voir les femmes confinées aux rôles de proies reste excessivement agaçant. 

Les Pionniers de la Western Union (Fritz Lang, 1941) - La Cinémathèque  française

Richard Blake et Vance Shaw

La région est dangereuse : les bandits pullulent, des renégats de l'armée sudiste s'agitent et les Indiens s'inquiètent.

Western Union s'inscrit dans la grande tradition des westerns épiques qui articulent l'action sur la construction et la lente émergence d'une nation, via ici la maîtrise de son territoire. Le fil qui chante, comme ailleurs le chemin de fer, affronte l'Ouest sauvage (On pense bien sûr ici au Fil qui Chante, le Lucky Luke de Goscinny et Morris). Le film accompagne la fin d'une époque et la naissance d'un nouveau monde. Les rudes pionniers bâtisseurs vont petit à petit céder la place à une société plus policée, placée à la tête de la modernisation du pays, lancée comme un cheval au galop.

Les Pionniers de la Western Union (1941) - CCSF

Richard, Sue et Vance

D'où cette nostalgie diffuse qui parcoure le film. D'autres westerns filmeront ces irréversibles bouleversements à la fois sociaux, politiques, géographiques et technologiques. Il serait excessif toutefois d'y voir uniquement une ode pessimiste au chevet d'un héros désabusé désormais démodé. Western Union est au contraire une célébration enthousiaste de la nation américaine, de son histoire et de ses valeurs, tout à la fois. Il marque l'apogée du style classique hollywoodien, par une mise en scène transparente finement soignée, un montage d'une redoutable efficacité, un jeu d'acteurs typés mais toute en retenue, et une palette de couleurs d'une rare beauté. En d'autres termes : un petit chef-d'oeuvre, injustement parfois décrié.

Western Union 1941 1080p.Randolph Scott HD. - YouTube 

Quelques hommes de l'Ouest rugueux

Fritz Lang rend sans aucun doute hommage au pays qui l'a accueilli. En 1934, il a quitté l'Allemagne nazie pour la France où il a réalisé Liliom avec celle qui sera sa dernière compagne, Lilly Latté. Le 6 juin 1934, il s'est envolé pour les États-Unis, suivant la trace de Friedrich Murnau, Ernst Lubitsch, Josef von Steinberg et Erich von Stroheim, autres cinéastes allemands et viennois, émigrés à Hollywood, où il réalise tout d'abord une trilogie réaliste et sociale : Furie en 1936, un pamphlet sur le lynchage et l'hubris, J'ai le droit de vivre en 1937, une tragédie sur un couple pourchassé par la police (un clin d'oeil à Bonny and Clyde), et Casier judiciaire en 1939, une fantaisie enlevée sur l'inutilité du vol. Il tourne son premier western en 1940 : Le Retour de Frank James.

DVDFr - Le Retour de Frank James (Édition Spéciale) - DVD

En 1941 la guerre fait rage en Europe. Fritz Lang va tourner à partir de cette date des films d'espionnage anti-nazis, très en vogue à Hollywood durant la Seconde Guerre mondiale. Puis il se lancera au mitan des années 1940 dans le genre du film noir, pour y exceller. En 1941, avec Western Union, il salue son pays d'accueil, sans réserve, avec sobriété cependant. Deux trois mots à ce sujet.

Les Pionniers de la Western Union (Western Union) (1941) de Fritz Lang -  Shangols

Au rebours de bien des films américains de l'époque, les Indiens sont traités sinon avec déférence, du moins avec respect : noyés dans l'alcool par les envahisseurs, ils sont manipulés par des margoulins sans scrupule. Le cinéaste salue et leur bonne volonté et leur intégrité, ce qui n'est pas si fréquent ; cela méritait en conséquence d'être relevé. Et une image forte : les Indiens électrocutés.

Dans ce western voué à la gloire du télégraphe, Fritz Lang loue au passage l'esprit d'entreprise, l'opiniâtreté et le courage du peuple américain. Bien entendu.

Le Nouveau Monde, terre de tous les espoirs, de toutes les renaissances : ce western ne dit somme toute rien d'autre, là où précisément d'aucuns auraient voulu voir transparaître le conservatisme viscérale du cinéaste à travers un héros soi-disant désenchanté, incarné par Randolph Scott, lequel s'efforce toujours au contraire de faire bonne mine à mauvais jeu.

Test Blu-ray / Les Pionniers de la Western Union, réalisé par Fritz Lang –  Homepopcorn.fr

Voyez à cet égard de quelle façon Vance Shaw, continuellement rattrapé par son passé de hors-la-loi, parvient sur le fil à lui échapper. La mort du héros au grand coeur ne marque pas l'échec d'une forme de rédemption -totalement profane, pas de christian reborn céans. Elle symbolise simplement le passage d'une espace temps à un autre. Une subtile allégorie cinématographique. Richard Blake, le yankee de bonne famille, propre sur lui et bien élevé, abat le meurtrier de Vance Shaw. Une page de l'histoire du pays est définitivement tournée. Place aux aventuriers vêtus d'un costume trois pièces, aux ingénieurs sans aspérité sortis des grandes écoles, les cow-boys et autres fines gâchettes sont désormais ringardisés, appelés à se ranger des diligences. Autres temps, autres mœurs. Au début du film, lorsque Richard Blake est présenté au personnel de la compagnie, il faut voir certains employés cracher de bon coeur comme des lamas, s'exprimer avec un accent à couper au couteau. Ce qui tranche violemment avec l'élégance du nouveau venu, moquée par ses hôtes. Nous voilà prévenus.

Les Pionniers de la Western Union "Blu-ray Cinéma" - Les Chroniques de  Madoka

Tout compte fait Western Union ne montre pas le Far-West tel qu'il était, mais tel que le cinéaste voulait qu'il soit montré à un public américain exigeant, mais également accueillant en ces temps troublés. En d'autres termes, ne pas trahir la main qui vous nourrit.

Dix ans plus tard, Fritz Lang reviendra une dernière fois au western, avec L'Ange des Maudits.

of

Fritz Lang réalisateur de génie - ✡️Juifs célèbres

Fritz lang

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :